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Un groupe d’infirmières itinérantes dénonce le fait de ne pas avoir été payées pour des semaines de travail en Saskatchewan. Elles sont intervenues dans des hôpitaux ruraux et affirment que l’agence de placement qui les emploie a cessé de verser leurs salaires au début de l’été.
Shalu, qui a demandé qu'on ne mentionne pas son nom de famille par crainte de représailles professionnelles, a été affectée au Parkland Health Centre de Shellbrook, en Saskatchewan, en tant qu’infirmière-urgentiste. Comme d'autres soignantes itinérantes, elle pallie au quotidien les pénuries de personnel dans les établissements de santé du pays.
Le 18 avril, elle a signé un contrat de trois mois avec EZCare, une entreprise de placement établie en Ontario. Son entente a ensuite été prolongée jusqu’à la fin du mois d'octobre. L'infirmière explique qu’il ne s’agissait pas de sa première collaboration avec cette agence. J'ai travaillé avec elle en 2024 sans problème, à l'exception de quelques retards de paiement occasionnels, mentionne-t-elle.
Les inquiétudes ont débuté à la fin du mois de juillet. Plusieurs d’entre nous ont reçu une lettre de l’agence pour nous avertir que nous aurions un retard de paiement à cause d’une transition de l’entreprise. On précisait aussi qu’une autre entreprise avait déjà pris la relève, mais sans aucune explication, se souvient-elle. La demande de réponse est ensuite restée lettre morte.
Des appels sans réponse
Depuis, Shalu indique n’avoir touché aucune rémunération. Selon ses calculs, l'agence lui doit 50 000 $ pour environ sept semaines de travail et des frais de déplacement effectués entre le 14 juin et le 4 août. CBC a pu consulter ses relevés bancaires, qui corroborent ces montants.
L’infirmière précise que son contrat prévoyait un taux horaire de 86 $, majoré de 50 % pour les heures supplémentaires, en plus d’une indemnité quotidienne de subsistance de 40 $ et de 75 $ par jour pour les déplacements.
Certains jours, je déprime. Je réalise que j’ai travaillé pendant deux mois pour ne recevoir aucun salaire, affirme-t-elle.
Même constat amer pour Esther Nagaga, une collègue déployée dans le même établissement de santé rural. Elle réclame pour sa part 20 000 $ pour deux semaines d'arriérés. J’essaie de ne pas y penser, sinon ça me déprime vraiment trop. Mais je ne savais pas comment j’allais payer mes factures du mois suivant. Parce qu’on est au Canada, on vit de chèque de paie en chèque de paie. Je fais ce travail parce que j’ai besoin de cet argent supplémentaire, raconte-t-elle, d'une voix triste.

Une clinique de soins en collaboration se caractérise par le travail conjoint de plusieurs professionnels de la santé, tels que des médecins de famille, du personnel infirmier praticien et des travailleurs sociaux, selon les besoins de la communauté.
Photo : Radio-Canada / Esther Chaumont-Goneau
Les deux femmes indiquent que plusieurs infirmières du groupe ont tenté de contacter l’agence, son propriétaire, des avocats spécialisés en droit du travail et même le gouvernement provincial, sans succès.
On dirait que toutes les portes sont fermées, déplore Shalu. Durant cette période, plusieurs soignantes ont décidé de suspendre temporairement leur travail. Elles ont demandé à l'Autorité de la santé de la Saskatchewan de retenir les paiements destinés à EZCare afin de les rémunérer directement, ce que l'organisme public a refusé.
CBC a également tenté de joindre l’agence EZCare par téléphone et par courriel, sans obtenir de réponse.
Le recours aux agences privées en question
Selon le plus récent rapport de la vérificatrice provinciale de la Saskatchewan, 75,8 millions de dollars ont été consacrés au recours aux infirmières itinérantes en 2024-2025.
De son côté, l’Autorité de la santé de la Saskatchewan a confirmé être au courant du litige, tout en soulignant qu'elle ne peut intervenir dans les différends contractuels opposant un tiers à ses sous-traitants.
L’organisme public précise qu'il a retenu les services d’EZCare au terme d’un appel d’offres ouvert, mais qu'il ne fait plus affaire avec cette entreprise.
Pour David Camfield, professeur en études du travail et en sociologie à l’Université du Manitoba, cette situation soulève des questions sur le statut de ces infirmières itinérantes. Il y a une grande différence entre une personne qui est véritablement un travailleur autonome […] et une personne qui a été classée comme travailleur autonome, mais dont la relation réelle avec l’employeur est en fait celle d’un employé, explique-t-il.
L'expert soutient que, si l’agence demeure légalement l’employeur responsable de verser les salaires, la supervision clinique quotidienne exercée par la SHA brouille les cartes et rapproche cette dernière du statut d’employeur de fait.
Au-delà des contrats, David Camfield déplore la dépendance croissante du réseau de santé public envers ces agences privées, un modèle qui fragilise la stabilité des équipes soignantes en région.
Depuis, Shalu et Esther ont repris du service avec d'autres agences de placement, tout en continuant d'espérer une aide de l’Autorité de la santé de la Saskatchewan.
Avec les informations d'Aishwarya Dudha


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