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Des entreprises canadiennes mobilisées pour l’exploitation pétrolière au Groenland

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Un petit groupe d’entrepreneurs et d’ingénieurs a accompagné Robert Price, un spécialiste américain du pétrole, lors d’une visite à Jameson Land, une péninsule isolée située à mi-chemin de la côte est du Groenland. L’entreprise texane Greenland Energy se prépare à y exploiter deux puits plus tard cette année.

Si l’on en croit le pétrole qui suinte naturellement du sol, ils pourraient bien avoir affaire à un puits jaillissant.

«Ce sera comme les champs pétrolifères des années 1920, 1930 et 1940. La pression et le pétrole vont nous sauter aux yeux», a déclaré M. Price, directeur général de la société nouvellement créée Greenland Energy.

Les entreprises canadiennes jouent un rôle clé dans cet effort visant à exploiter ce qui pourrait être l’un des plus grands bassins pétroliers du monde, selon M. Price.

La plate-forme de forage est fournie par Stampede Drilling, une entreprise basée à Calgary qui opère habituellement en Alberta et en Saskatchewan. La société Desgagnés, établie à Québec, s’occupe quant à elle du transport.

Le gisement pourrait être énorme, de l’ordre de 13 milliards de barils de pétrole brut, selon une estimation indépendante du cabinet de conseil en énergie Sproule ERCE. M. Price compare ce potentiel au gisement de Prudhoe Bay en Alaska, découvert il y a une soixantaine d’années et qui constitue depuis lors l’épine dorsale économique de l’État.

M. Price a rapporté que les échantillons prélevés à Jameson Land montrent que le pétrole est similaire au brut produit depuis longtemps plus à l’est, au large des côtes du Royaume-Uni et de la Norvège. Le pétrole de la mer du Nord est léger, non sulfureux et facile à raffiner. Son indice de référence, appelé Brent, s’échangeait récemment bien au-dessus de 100 $ US le baril.

«Je travaille dans le secteur du pétrole et du gaz depuis longtemps et j’ai visité de nombreux puits. Lorsqu’on sent ce brut léger et non sulfureux, il dégage une odeur douce. Son arôme est incroyable», a affirmé M. Price.

La logistique du forage à venir est ahurissante, l’équipement devant être acheminé depuis l’Alaska, le Danemark, l’Alberta et l’autre côté du Groenland. Les cargaisons sont entreposées au port de Valleyfield, puis expédiées vers le site.

«C’est comme jouer à Tetris. C’est une opération colossale», a déclaré M. Price en décrivant la manière précise dont le matériel doit être chargé.

Le spectre d’une annexion

Alors qu’une guerre ravage une grande partie du Moyen-Orient et bouleverse les marchés mondiaux du pétrole, on peut facilement oublier qu’une éventuelle annexion du Groenland par les États-Unis était au centre de l’actualité géopolitique il y a à peine quelques mois.

M. Price s’oppose à cette idée. «Nous respectons le peuple groenlandais, sa culture et son indépendance. Notre rôle est de l’aider à devenir plus autonome et à générer des revenus», a-t-il indiqué, ajoutant que les interactions avec les autorités locales avaient été positives.

M. Price a déclaré qu’un boom des ressources pourrait aider la population — 56 000 personnes, principalement des Inuits — à devenir moins dépendante économiquement du Danemark.

«Les personnes à qui j’ai parlé au Groenland veulent savoir s’ils possèdent l’un des plus grands gisements pétroliers au monde.»

Mais l’exploration aurait lieu cinq ans après que le gouvernement groenlandais a déclaré que «l’avenir ne réside pas dans le pétrole» et interdit toute nouvelle exploration pétrolière et gazière.

Les terrains sur lesquels Greenland Energy prévoit de forer font l’objet de licences appartenant à son partenaire de coentreprise, la société britannique 80 Mile PLC, qui sont antérieures à la politique de 2021 et sont donc toujours valides.

Le premier puits devrait prendre 30 jours à réaliser. Un puits de profondeur similaire en Alberta prendrait environ une semaine, a souligné M. Price.

«Comme nous sommes dans le cercle arctique et qu’il s’agit du tout premier puits jamais foré dans ce bassin, nous allons prendre notre temps, nous allons y aller doucement», a-t-il expliqué.

Pour un homme d’affaires américain cherchant à exploiter le pétrole du Groenland, M. Price a passé beaucoup de temps au Canada, plus précisément à Calgary et à Montréal.

Terry Kuiper, directeur des opérations de Stampede Drilling, a indiqué que l’entreprise avait été contactée il y a environ un an pour se joindre au projet.

Le Groenland serait la première incursion internationale de Stampede Drilling, a-t-il précisé.

L’entreprise s’apprête à acheminer l’une de ses plates-formes vers un chantier au sud d’Edmonton afin d’y effectuer les modifications nécessaires pour l’équiper du matériel de prévention des déversements requis. Elle sera ensuite transportée par camion jusqu’au port de Valleyfield, puis expédiée au Groenland.

«Nous sommes vraiment ravis de participer à ce projet. Il n’y a pas beaucoup d’occasions comme celle-ci en Amérique du Nord», a déclaré M. Kuiper.

Stampede prévoit de déployer au Groenland des équipes de 7 personnes travaillant en rotation sur 2 quarts de 12 heures. En Alberta, une plate-forme serait généralement exploitée par cinq ou six personnes, mais l’entreprise renforce ses effectifs compte tenu de l’éloignement du site.

Une expertise québécoise

Greenland Energy a annoncé le mois dernier avoir conclu un accord avec Desgagnés pour assurer le transport maritime.

Desgagnés compte 50 ans d’expérience dans le transport de marchandises dans les environnements arctiques hostiles. L’entreprise québécoise a déjà opéré au Groenland, mais jamais à l’échelle de ce projet, a rapporté Étienne Duchesne, gestionnaire de projet en développement des affaires chez Desgagnés.

«La côte ouest du Groenland est beaucoup plus développée en matière d’infrastructures et il y a plus de villages sur la côte ouest que sur la côte est. La côte est est très exposée aux conditions météorologiques», a-t-il déclaré.

«En général, l’Arctique est une région très difficile à parcourir, mais certains endroits sont pires que d’autres. La côte est du Groenland est particulièrement difficile en raison des vents, qui peuvent durer des semaines, et des grosses vagues», a-t-il ajouté.

L’équipe d’exploration devra être totalement autonome, car elle travaillera en «pleine nature sauvage». Tout ce dont elle a besoin — carburant, nourriture, hébergement, lubrifiant pour les machines et bien plus encore — est en cours de regroupement au port de Valleyfield.

Il sera crucial de s’assurer que chaque article provenant de plusieurs fournisseurs différents est suivi de près. M. Duchesne prévoit que le navire sera chargé en septembre et que le voyage durera environ un mois.

Le navire sera probablement le cargo polyvalent Miena Desgagnés, équipé de 2 grues pouvant soulever ensemble 500 tonnes. Il jettera l’ancre aussi près que possible du site de forage et les cargaisons seront acheminées vers la côte par barge.

La livraison se fera sur «une plage choisie au hasard» plutôt que dans un hameau, un village ou un site industriel existant, comme c’est habituellement le cas pour les missions de Desgagnés dans le Grand Nord canadien, a précisé M. Duchesne. Le chef de bord ira repérer les lieux à l’avance afin de déterminer la meilleure façon d’aménager une zone de déchargement.

Le navire battra pavillon canadien et aura un équipage canadien. Les employés se bousculent déjà pour participer à la mission au Groenland, selon M. Duchesne.

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