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Près de 9 répondants sur 10 d'un sondage de CBC/Radio-Canada mené auprès d'enseignants albertains croient que, malgré les promesses de la province et la récente grève, les difficultés rencontrées en classe vont continuer de s’aggraver.
Environ 2 % des répondants sont optimistes, croyant que la récente grève et les promesses de la province vont permettre d’améliorer la situation des écoles en Alberta.
CBC/Radio-Canada a mené un sondage entre le 7 janvier 2026 et le 22 janvier 2026 auprès de 6063 enseignants albertains.
Le questionnaire a été envoyé à 23 296 enseignants dont l'adresse courriel est disponible sur les sites internet d’écoles, il a pu être partagé sur d’autres plateformes.
Une marge d’erreur ne peut être attribuée à un sondage non probabiliste comme celui-ci.
Ces données sont assez similaires à celle d’un sondage mené par l’Association des enseignants de l’Alberta (ATA) auprès de ses membres, dans lequel la très vaste majorité des répondants étaient pessimistes face à l’avenir de leur profession.
Le président de l’ATA, Jason Schilling, avance que ce sentiment existait même avant la grève. C’est ce qui a mené les enseignants à prendre des mesures exceptionnelles de grève, il y avait beaucoup de frustration, du cynisme, du pessimisme, se rappelle-t-il.
Mais beaucoup de sentiments négatifs se sont ajoutés depuis que les professeurs ont été forcés de retourner dans leur classe de cette façon, avec l’utilisation de la disposition de dérogation par le gouvernement qui a retiré des droits protégés par la charte aux enseignants et sans que les conditions de classe aient changé.
Stéfan Kreiner, enseignant au Centre francophone d’éducation à distance, abonde dans le même sens. Il dit que le plus important changement depuis la grève est le manque d'optimisme, parce que les enseignants ont maintenant moins de droits que la majorité des personnes en Alberta.
Il ne croit pas que les promesses [de gouvernement] valent grand-chose, puisque, selon lui, l’Alberta a activement refusé de discuter de certains enjeux à la table des négociations, comme le ratio enseignant-élèves.
Quatre enseignants interrogés par Radio-Canada ont refusé d’être reconnus publiquement en raison de craintes pour leur sécurité d’emploi, trois d’entre eux ressentant le même pessimisme que la majorité.
Rien n’a changé depuis la grève. [...] L’année prochaine [le gouvernement] va continuer à manipuler les chiffres et ne pas tenir ses promesses, affirme cette enseignante du nord de l’Alberta qui a 9 ans d’expérience.
En ce qui a trait à la complexité des classes, elle observe aussi que les classes sont devenues plus difficiles avec les années. Je n’aime pas dire ça, mais les enfants ont beaucoup changé, ils sont beaucoup plus demandants, précise-t-elle.
Il y a quelques semaines, le ministre de l’Éducation de l’Alberta, Demetrios Nicolaides, a annoncé des investissements pour éviter ces classes difficiles. Or, selon cette enseignante au deuxième cycle du secondaire dans le sud de l’Alberta qui a 20 ans d'expérience, le plan du gouvernement est ridicule et ne changera rien de significatif dans les salles de classe.
Ce manque d'optimisme est parfois perceptible sur le terrain. Quelque 75 % des enseignants sondés se sentent démoralisés et sont réticents à accepter des tâches supplémentaires, comme la gestion d'activités parascolaires.
Bien que ce genre de tâche ne s’applique pas au poste de Stéfan Kreiner, il comprend les difficultés vécues par ses collègues. Je ne vois pas pourquoi on voudrait faire quoi que ce soit de plus que ce qu’on est mandaté de faire, dit-il.
De plus, environ un répondant sur trois dit chercher un nouvel emploi en dehors de la province ou songe à prendre une retraite anticipée. Des cinq enseignants qui ont accepté de donner une entrevue, trois ont mentionné avoir changé de profession ou vouloir aller enseigner dans une autre province.
Le rôle du syndicat
Alors que le moral des répondants est à la baisse depuis la grève, environ 75 % d’entre eux sont assez satisfaits du fait que l’ATA ne s'est pas contentée d'affirmer leurs revendications salariales, mais a aussi présentés certains sujets à la table de négociations, comme la taille des classes.
La proposition de l’ATA représentait exactement ce que les enseignants demandaient [...] et c’est la même chose qu’on demande depuis longtemps, affirme Stéfan Kreiner.
Trois des autres enseignants qui ont répondu aux demandes d'entrevue de Radio-Canada ont aussi soutenu les positions de l’ATA.
Toutefois, un enseignant qui pratique son métier dans le nord de l'Alberta depuis 3 ans a révélé avoir voté contre la grève. Ayant enseigné pendant 15 ans en France il s'est ditsatisfait de la proposition du gouvernement.
Selon lui, ses collègues n'avaient aucune chance de gagner cette grève étant donné la rigidité de la proposition du gouvernement. Il ajoute que les négociations syndicales étaient, à son avis, plus adaptées aux problématiques des écoles en milieu urbain, comme la taille des classes et la gestion des élèves qui ne parlent ni anglais ni français, plutôt que les questions touchant des écoles dans les régions rurales où il enseigne.
Notre problème en région dans les écoles francophones, [...] c’est le manque de ressources pédagogiques en français et la grave pénurie d’enseignants francophones, soutient-il.
Jason Schilling, le président de l’ATA, affirme pour sa part : Tous nos membres ne sont pas d’accord avec nos décisions [...] mais on continue d’avoir un débat sain pour définir ce qui s’est bien passé, ce qui n’a pas fonctionné et les changements qu’on devrait apporter.
Avec la collaboration d'Elise Stolte


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