Dans une vitrine du musée historique du Palatinat, à Spire, une bouteille de verre attend depuis 1867 qu’on décide de son sort. Elle date d’environ 325 apr. J.-C., soit près de 1 700 ans, et renferme toujours du liquide. Personne n’a jamais osé la déboucher.
Depuis sa découverte, elle n’a jamais été ouverte.
À retenir
- La bouteille date d’environ 325 apr. J.-C. et contient environ 1,5 litre de liquide.
- Elle a été découverte en 1867 dans une tombe romaine au sud-ouest de Spire.
- Un bouchon formé au fil des siècles, mêlant vin, huile et herbes, l’a conservée.
- Le liquide est présumé être du vin, mais son éthanol a disparu.
Sommaire
2 tombes romaines, 1 seul récipient resté plein
Tout commence en 1867, au sud-ouest de Spire, ville allemande de Rhénanie-Palatinat bâtie sur le Rhin. On y construit une petite cabane de vigne, et le chantier met au jour 2 tombes romaines. Selon la promotion des vins allemands, 6 récipients de verre reposaient dans celle de la femme et 10 dans le sarcophage de l’homme, soit 16 pièces au total. Un seul contenait encore du liquide, précise la fiche du musée : tous les autres étaient vides.
La pièce est une bouteille de verre jaune-vert, de forme cylindrique, dont les 2 anses prennent la forme de dauphins. Elle contiendrait environ 1,5 litre selon plusieurs sources, l’équivalent de 2 bouteilles de vin actuelles, un chiffre que la fiche du musée ne précise pas. Le musée la date d’environ 325 apr. J.-C. (d’autres sources avancent 325 à 350) et la range sous le numéro d’inventaire HM_C_9c.
Sa survie tient à un bouchon formé au fil des siècles : le reste de vin, une grande quantité d’huile et des herbes ont constitué une masse assez dense pour conserver le contenu, d’après la fiche du musée. Plusieurs publications évoquent en plus un scellé de cire, que la fiche ne mentionne pas.
Les Romains enterraient volontiers leurs morts avec du vin, comme provision pour l’au-delà. Selon plusieurs récits, la bouteille de Spire aurait accompagné un légionnaire, une identité qui reste une hypothèse. Entre la fermeture de la tombe vers 325 et sa découverte en 1867, il s’est écoulé environ 1 540 ans. Depuis, 159 années sont passées sans que le bouchon bouge.
Du vin, ou ce qu’il en reste
L’analyse du Deutsches Weininstitut, l’institut allemand du vin, décrit un liquide clair dans le tiers inférieur de la bouteille. Sa composition reste compatible avec celle d’un vin, au moins en partie. On parle donc de vin présumé plutôt que de vin avéré, ce qui n’empêche pas l’objet d’être surnommé Römerwein, le « vin romain ».
Quant à l’éthanol, il s’est perdu.
Reste la crainte d’une réaction du liquide au contact de l’air, qui explique le statu quo. Des comptes rendus de presse rapportent que des microbiologistes déconseillent d’y toucher. En 2011, le conservateur Ludger Tekampe confiait au site The Local n’avoir constaté aucun changement en plus de 25 ans, soit depuis le milieu des années 1980.
À titre personnel, la prudence me paraît justifiée. Une bouteille de rouge laissée ouverte quelques jours sur un plan de travail donne une idée du choc que subirait un liquide resté 17 siècles à l’abri de l’air.
Ouvrir la bouteille permettrait de trancher sur ce qu’elle contient réellement, et sans doute de documenter les herbes mentionnées par le musée. Mais l’opération serait irréversible : personne ne saurait refermer un bouchon vieux de 1 700 ans.
La bouteille est exposée au musée du vin, une petite section du musée historique du Palatinat. Cette section documente 2 000 ans de viticulture sur le Rhin et dans ses vallées latérales, avec des pressoirs et de grands fûts en bois. On y voit aussi une bouteille du millésime 1687, retrouvée en 1913 sur un vignoble près de Naumburg, sur la Saale.
Spire a perdu un titre, pas l’autre
La formule reprise par le musée et la presse parle de la plus vieille bouteille de vin jamais débouchée. Pendant des décennies, Spire a porté en plus le titre de plus vieux vin liquide du monde. Ce second titre a changé de mains en juin 2024.
En 2019, une famille de Carmona, dans la région de Séville, découvre sous sa maison en rénovation un mausolée romain du Ier siècle. L’une des urnes funéraires, en verre et protégée par un caisson de plomb, contenait des cendres et plusieurs litres d’un liquide rougeâtre. Des chercheurs de l’université de Cordoue y ont identifié du vin, âgé d’environ 2 000 ans. L’écart avec Spire atteint donc 3 siècles.
Pour établir la nature du liquide, l’équipe a examiné son pH, ses sels minéraux et ses composés chimiques, puis l’a comparé à des vins actuels de la région de Montilla-Moriles, de Jerez et de Sanlúcar. Elle y a détecté 7 polyphénols, dont la quercétine et l’apigénine. L’étude a été publiée dans le Journal of Archaeological Science: Reports.
Mais cette urne-là a été ouverte et analysée, pas la bouteille de Spire.
Pour voir la bouteille, il faut se rendre au musée historique du Palatinat, Domplatz 4, à Spire, où elle est présentée dans la section consacrée au vin. Si l’on retient 325 comme année exacte, elle compte 1 701 ans en 2026, un chiffre que le musée arrondit à environ 1 700.
Source : x.com


5 hour_ago
32



























.jpg)






French (CA)