Le saint Michel qui domine l’abbaye du Mont-Saint-Michel terrasse un dragon depuis 1897, mais son travail quotidien est tout autre : attirer la foudre. Ses ailes et son épée en font un paratonnerre, un détail qu’on oublie en levant les yeux vers cette silhouette dorée de 4,5 mètres. Elle pèse 520 kg selon The Art Newspaper et culmine à plus de 150 mètres au-dessus de la mer.
Tempêtes et foudre l’ont abîmée à plusieurs reprises.
Une commande d’architecte pour une flèche neuve
La statue est signée Emmanuel Frémiet (1824-1910), un sculpteur qui avait travaillé aux côtés de Viollet-le-Duc au château de Pierrefonds. C’est l’architecte Victor Petitgrand qui la lui a commandée pour couronner la nouvelle flèche, précise le Centre des monuments nationaux (CMN). Elle surplombe le clocher depuis 1897, soit près de 130 ans de vent marin.
Le matériau dit beaucoup de sa fonction : du cuivre doré, c’est-à-dire un métal conducteur recouvert de feuilles d’or. Cela représente plus d’une demi-tonne, l’équivalent d’environ 7 adultes juchés au sommet d’une flèche. Côté dimensions, 4,5 mètres de haut, soit un étage et demi d’immeuble. La préfecture de Normandie la range parmi les chefs-d’œuvre de Frémiet, sous le titre « l’archange Michel terrassant le dragon ».
Selon Aleteia, l’idée part d’une statuette en bronze réalisée par Frémiet en 1879, que Petitgrand lui demande de transposer en modèle de plâtre grandeur nature. Dans une lettre du 9 avril 1895, le sculpteur s’engage sur une statue de 2 à 2,2 m, ailes non comprises.
Pour un lieu de pèlerinage, la symbolique tombe sous le sens : le saint patron veille depuis le point le plus haut. Mais cette place d’honneur est aussi la plus exposée. La préfecture de Normandie parle de conditions d’exposition climatique extrêmes, auxquelles l’ensemble du monument a malgré tout résisté.
Ailes, épée, parafoudres : le vrai métier de l’archange
Le principe d’un paratonnerre est simple : offrir à la foudre un point d’impact privilégié, puis la conduire vers le sol par un chemin conducteur. Au sommet du Mont, ce rôle revient en partie à la statue elle-même, dont les ailes et l’épée font office de paratonnerre, rapporte 24matins.
Le CMN a profité de la restauration de 2016 pour remettre l’ensemble du dispositif paratonnerre aux normes. Le chantier ne se limitait donc pas à la statue. Un échafaudage avait été posé dès janvier 2016 pour préparer la dépose.
L’opération, chiffrée à 450 000 €, comprenait le renforcement des parafoudres, des ouvrages annexes en maçonnerie et des couvertures. Elle s’inscrivait dans une campagne de restauration et d’aménagement menée et financée par le CMN, dont les travaux achevés en 2015 représentent près de 7 millions d’euros. La part de ce volet dépasse donc à peine 6 % de l’enveloppe. Le CMN soulignait que la statue avait fortement souffert de la foudre et des intempéries.
Un vol en hélicoptère, puis un atelier en Dordogne
Le 15 mars 2016, l’archange prend l’hélicoptère.
Peu avant 9 heures, après une première tentative infructueuse, la statue s’est élevée au bout du câble. L’opération s’est déroulée sous la maîtrise d’ouvrage du CMN. La maîtrise d’œuvre revenait à l’architecte en chef des monuments historiques François Jeanneau. Un camion a ensuite pris la route pour Marsac-sur-l’Isle, en Dordogne.
Dans l’atelier Socra, l’archange devait être restauré et redoré, en raison d’une importante usure des feuilles d’or qui le recouvraient. La dorure a été confiée aux Ateliers Gohard, cités par The Art Newspaper. La repose était prévue en mai 2016, environ 2 mois après le départ.
Trois restaurations, des intervalles qui se resserrent
1935, 1987, 2016 : trois restaurations.
L’intervalle entre deux interventions est passé de 52 ans à 29 ans, d’après ces dates. La préfecture évoque une première dépose de la statue en 1987, et plusieurs opérations de restauration sur l’ensemble du monument depuis les années 1980. Avant le départ de 2016, des prélèvements et des analyses étaient programmés avec le Laboratoire de recherche sur les monuments historiques (LRMH). Leur but : comprendre les causes de la dégradation rapide de la dorure depuis la dernière restauration.
Les chiffres circulent d’ailleurs en ordre dispersé. Avant la dépose, certaines communications évoquaient 410 kg, la préfecture parle de plus de 500 kg et The Art Newspaper de 520 kg. Quant à l’altitude, le CMN et la préfecture s’en tiennent à plus de 150 mètres, quand d’autres sources avancent 156 ou 160 mètres.
Sources : prefectures-regions.gouv.fr | batiactu.com


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