# Le lagon turquoise né d’une erreur d’ingénieurs
Dans un champ de lave du sud-ouest de l’Islande fume depuis 1976 un lagon turquoise que les touristes prennent pour une merveille de la nature. Personne ne l’a pourtant dessiné, creusé ni imaginé. Il est le sous-produit d’une centrale électrique, un accident industriel devenu l’une des attractions les plus photographiées du pays.
À retenir
- Le lagon bleu d’Islande résulte d’une erreur d’ingénierie : l’eau géothermale n’a pas pu s’infiltrer dans la lave comme prévu.
- La silice présente dans l’eau a colmaté les pores de la roche et donné naissance à ce bassin opaque et turquoise inexisté initialement.
- Le site attire 1,3 million de visiteurs annuels depuis le boom touristique des années 2000, transformant un accident industriel en marque mondiale.
Sommaire
Une erreur d’ingénierie qui a mal tourné, dans le bon sens
Tout commence avec la mise en service de la centrale géothermique de Svartsengi. Cette construction démarre en 1976. L’installation exploite la chaleur du sous-sol islandais pour produire électricité et eau chaude, une ressource abondante sur cette île posée à cheval sur la dorsale médio-atlantique.
La centrale rejette alors son eau géothermique excédentaire dans un champ de lave voisin. Le plan initial était simple : laisser l’eau s’infiltrer dans la roche poreuse et disparaître. Rien de plus.
Mais la roche ne l’a pas entendu ainsi. La teinte laiteuse de l’eau vient de sa forte concentration en silice, qui réfléchit la lumière du soleil de façon particulière. Cette même silice, en se déposant jour après jour, a fini par colmater les pores de la lave. Le drainage prévu par les ingénieurs ne s’est jamais fait. L’eau s’est mise à stagner, puis à s’étendre sur la roche noire, jusqu’à former ce bassin opaque et bleuté qui n’aurait jamais dû exister.
Le premier baigneur n’y croyait pas vraiment
Les Islandais des environs regardaient ce plan d’eau grandir avec méfiance. On parlait d’eaux usées de centrale, pas franchement une invitation à la baignade. Les habitants du coin considéraient l’eau bleue qui s’étendait comme ce qu’elle était officiellement : de l’effluent de centrale électrique, et évitaient de s’y baigner.
Un homme a changé la donne. En 1981, un employé de la centrale atteint de psoriasis, Valur Margeirsson, a demandé la permission de se baigner dans l’eau chaude rejetée, pensant que l’eau minérale pourrait apaiser sa peau. Le pari était risqué. Il s’est révélé payant.
Les jours suivants, d’autres curieux ont suivi son exemple. Au début des années 1980, quelques hommes du coin atteints de psoriasis, dont Valur Margeirsson et Gísli Kristjánsson, se sont mis à se baigner dans l’eau et ont rapporté que cela soulageait leurs symptômes. Le bouche-à-oreille a fait le reste.
D’un trou dans la lave à une entreprise de plusieurs centaines de salariés
Les installations de bain ont ouvert en 1987, et en 1992 la société Blue Lagoon a été créée. Ce qui n’était qu’une flaque tolérée par quelques baigneurs opiniâtres devenait une structure organisée, avec vestiaires et personnel.
La science a suivi le mouvement populaire plutôt que de le précéder. Des études menées dans les années 1990 ont confirmé que le lagon avait un effet bénéfique sur le psoriasis, et une clinique dédiée à cette maladie de peau a ouvert en 1994, avant que l’entreprise ne commence à commercialiser en 1995 des produits de soin contenant silice, algues et sel. L’accident industriel s’était mué en marque, avec sa propre gamme cosmétique tirée directement de la boue qui avait colmaté le bassin.
La fréquentation a suivi une courbe presque verticale. Le site restait confidentiel jusqu’aux années 2000, avant que le boom touristique islandais ne le propulse au rang d’incontournable absolu. Le lagon a enregistré 1,3 million de visiteurs en 2017, contre 919 000 visiteurs en 2015. Deux ans, et près de 400 000 baigneurs supplémentaires : la progression donne le tournis pour un pays qui compte à peine plus de 300 000 habitants.
Une centrale toujours en activité, juste à côté des baigneurs
Le détail qui surprend le plus les visiteurs, c’est la proximité brute entre le spa et l’industrie. La centrale de Svartsengi fonctionne toujours juste à côté, entourée de coulées de lave récentes, et les visiteurs peuvent constater comment cette association improbable entre science et nature a créé l’une des attractions les plus célèbres d’Islande. Pas de mise en scène, pas de décor artificiel : les tuyaux et les bâtiments techniques sont visibles depuis le bassin.
Le renouvellement de l’eau, lui, obéit à un rythme industriel plutôt que naturel. Le bassin ne stagne jamais bien longtemps, alimenté en continu par les rejets de la centrale voisine, ce qui explique aussi pourquoi sa couleur reste stable d’une saison à l’autre malgré des dizaines de milliers de baigneurs qui s’y relaient chaque mois.
Voilà ce qui rend l’histoire du Blue Lagoon si particulière dans le paysage touristique mondial. Ce n’est ni un site classé, ni un phénomène géologique préservé depuis des millénaires, mais le résultat d’un calcul d’ingénieur qui a raté sa cible. La prochaine fois qu’un lieu semble trop parfait pour être naturel, la question mérite d’être posée : et si c’était justement le cas ?
Sources : scandinaviastandard.com | perlan.is


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