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En analysant l’ADN des arbres tordus de Verzy, des chercheurs ont trouvé un arbre que tous les promeneurs ont déjà croisé en forêt

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Dans la forêt de Verzy, au sud de Reims, grandissent depuis des siècles environ 800 arbres qui semblent avoir tout fait de travers : troncs, branches et rameaux tortueux, torsadés ou coudés, souvent entremêlés. Les comparaisons d’ADN sont pourtant claires. Ces « faux » sont des hêtres, et l’espèce est celle que le promeneur croise dans bien des forêts de France.

Même espèce, même ancêtre commun.

À retenir

  • Les faux de Verzy sont des hêtres, de la même espèce que ceux des forêts françaises.
  • Environ 800 spécimens poussent sur 14,48 hectares classés depuis 1932.
  • Une mutation génétique expliquerait leurs branches tordues, mais le mécanisme reste à préciser.

Sommaire

  1. Un hêtre ordinaire sous une silhouette de sorcière
  2. Des branches qui redeviennent droites
  3. 800 arbres sur 14,48 hectares

Un hêtre ordinaire sous une silhouette de sorcière

Le travail rapporté par La Libre Belgique en décembre 2022 s’appuie sur des analyses statistiques, des prélèvements d’échantillons, des séquençages de génomes et des études comparatives des ADN de hêtres communs et tortillards sur différents sites. Leur conclusion : les deux types partagent un ancêtre commun et forment une seule et même espèce. Les botanistes les rangent d’ailleurs sous le nom Fagus sylvatica var. tortuosa, une variété du hêtre et non une espèce à part. La DREAL Grand Est évoque de son côté une mutation du hêtre commun, vraisemblablement apparue dans la forêt de Verzy, qui expliquerait cette morphologie.

Le contraste visuel est pourtant saisissant. Le hêtre commun file bien droit, comme un pilier de cathédrale gothique, alors que le fau prend l’allure d’un petit parasol très dense ou d’un igloo de feuilles, et ne dépasse pas 4 à 5 mètres de haut à l’âge adulte.

Le nom lui-même contenait l’indice. En ancien français, un fau est un hêtre. Les habitants de la Montagne de Reims avaient donc nommé ces arbres d’après leur espèce, sans savoir à quel point ils voyaient juste. La génétique n’a fait que confirmer ce que le vocabulaire disait depuis des générations.

Avant les séquenceurs, il y a eu les semis. Au XXe siècle, des travaux sur la reproduction sexuée du hêtre ont orienté les chercheurs vers une origine génétique de ces silhouettes. Il a fallu attendre les comparaisons d’ADN pour que l’hypothèse se transforme en résultat.

Des branches qui redeviennent droites

Un détail a beaucoup compté dans ces recherches : sur certains faux, une branche part soudain bien droite, comme sur un hêtre commun. Ce retour de rameaux droits sur des branches tordues est assez connu pour figurer en légende d’une photo dans la fiche de la DREAL Grand Est.

Le phénomène porte le nom de réversion. Le site Visit Grand Est avance que les faux seraient des mutants du hêtre commun, un élément génétique mobile incorporé au génome provoquant l’expression du hêtre en tortillard. Le même texte précise que des travaux de génétique moléculaire restent nécessaires pour aller plus loin. L’enquête n’est donc pas close, et l’on aurait tort de prendre la parenté établie pour une explication complète du mécanisme.

Autre particularité, l’anastomose. Les branches de ces arbres peuvent se souder entre elles ou avec celles du voisin, ce qui donne ces masses enchevêtrées que décrit la DREAL, avec des arbres qui vivent plusieurs siècles. Le hêtre commun, lui, vit 100 à 150 ans, 200 au maximum, selon La Libre. Or, les soudures compliquent le décompte : savoir s’il s’agit d’un seul individu ou de plusieurs devient parfois impossible.

À Verzy, certains faux vont jusqu’à s’enlacer avec des chênes.

800 arbres sur 14,48 hectares

Selon la fiche de la DREAL Grand Est, le site est classé depuis le 20 février 1932, sur 14,48 hectares, soit une vingtaine de terrains de football. Environ 800 spécimens y sont recensés aujourd’hui, de quoi remplir un collège de taille moyenne. D’autres sources avancent 900 ou environ un millier ; nous retenons ici le chiffre de la DREAL, source publique.

Le classement repose sur des critères artistiques, historiques, scientifiques, pittoresques et légendaires. Les faux sont aussi, d’après la DREAL, les seuls vestiges de l’ancienne abbaye bénédictine de Saint-Basle, détruite à la Révolution. Les moines de cette abbaye les mentionnent déjà, rapporte la fiche, mais il s’agit d’une tradition qui ne date pas les arbres actuels, dont l’âge se compte en siècles sans qu’on puisse le fixer arbre par arbre. Toute intervention sur le site classé exige d’ailleurs une autorisation spéciale de l’État.

Les plus marquants portent un nom : le fau parapluie, le fau de la mariée, le fau tête de bœuf. L’office de tourisme de Reims indique qu’un sentier aménagé, sans fort dénivelé, en présente une cinquantaine sur l’itinéraire principal.

Verzy n’a pas le monopole des tortillards, mais presque. Deux autres sites sont répertoriés en Europe, autour d’Hanovre en Allemagne et de Malmö en Suède, et Techno-Science les juge trop peu fournis pour assurer leur descendance. Le hêtre droit qui borde votre prochain sentier de forêt appartient à la même espèce que ces arbres noueux.

Sources : jardindupicvert.com | reims-tourisme.com

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