Rouges-Truites, huitième roman de Pierric Bailly, s’inscrit dans la fidélité à l’ensemble de son œuvre autant que dans l’écart. On retrouve en effet les thèmes de prédilection de l’auteur de L’homme des bois et de La foudre, à commencer par la méticuleuse exploration des relations familiales et amicales, et l’évolution des personnages dans le long terme. Il y a comme souvent un narrateur à la voix qui sonne juste, qui s’adresse à nous avec ce qu’il faut d’oralité, de générosité et de familiarité pour en faire le bon copain idéal, que nous aimerions tout le temps avoir à nos côtés. Le paysage du Jura français si cher à l’auteur est une nouvelle fois célébré, magnétique et ambivalent comme jamais, au point de s’imposer comme un personnage à part entière.
Nous n’avions en revanche jamais vu Pierric Bailly s’intéresser à la figure du monstre. Après avoir louvoyé entre le récit d’apprentissage intimiste et le roman d’aventures, Rouges-Truites plonge soudainement dans les eaux saumâtres du thriller maléfique. Et on verra l’écrivain, s’il en est, de l’empathie, de l’écoute respectueuse, analyser dans des pages sombres et glaçantes l’emprise narcissique, violente et avilissante, exercée par un esprit déréglé.


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