Il a atteint le point le plus septentrional de son voyage le 3 septembre. Le porte-conteneurs Dubai Tower, exploité par la compagnie chinoise Sea Legend, a quitté Ningbo le 15 août. En franchissant le détroit de Béring pour longer les côtes russes, il a atteint un point de latitude extrême, transformant des traversées jusqu’ici anecdotiques en un axe de fret maritime régulier vers l’Europe de l’Ouest.
Le navire est attendu au Royaume-Uni le 7 septembre, avant de poursuivre vers Hambourg et Gdynia. Dans son sillage, le sud-coréen PanStar Arco a entamé un voyage d’essai depuis Busan. Cette navigation est rendue possible par la fonte accélérée des glaces, ouvrant une fenêtre de passage de plus en plus large d’août à octobre, parfois avec l’aide de brise-glaces.
L’attrait principal de ce nouvel itinéraire est logistique: il divise le temps de trajet par deux. Mais, les conséquences climatiques alarment. Entre 2024 et 2025, l’étendue de la banquise arctique a diminué de 5,8% lors du pic hivernal. Face à la vulnérabilité de cet écosystème, un front commun d’entreprises (le suisse MSC, le français CMA-CGM, l’allemand Hapag-Lloyd et le danois Maersk) s’est engagé publiquement à boycotter ces routes de transbordement.
L’Arctique encore marginal
Le deuxième écueil est géopolitique, particulièrement dans le contexte des sanctions occidentales frappant la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine. La Chine, qui se définit comme un État «quasi-arctique», doit obtenir l’aval de Moscou pour traverser ces eaux. Pour le Kremlin, cette route est une aubaine financière et stratégique. La Russie perçoit des redevances via sa compagnie nucléaire d’État, Rosatom, et s’érige en garante d’un axe considéré comme sûr face aux risques accrus en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz. Le gouvernement russe en profite également pour faire transiter les pétroliers de sa «flotte fantôme», échappant ainsi aux radars et aux sanctions européennes.
Si la Route maritime du Nord connaît un dynamisme certain, elle reste pour l’heure insignifiante face à la domination de la route égyptienne. La compagnie Sea Legend table sur le transport de 240 000 tonnes de marchandises pour la saison. À titre de comparaison, c’est l’équivalent de la cargaison d’un seul porte-conteneurs géant naviguant sur l’axe classique.


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