Sur les sentiers qui surplombent le village de Grächen, dans la vallée de Zermatt, il marche d’un pas sûr. Un peu partout dans la forêt, des blocs de roche recouverts de mousse témoignent des laves torrentielles qui ont remodelé le paysage en 1922. Markus Stoffel sourit: «Ici, je suis sur mes terres. C’est le premier site que j’ai étudié.» Professeur ordinaire à l’Université de Genève, ce spécialiste des dangers naturels et plus particulièrement des laves torrentielles vient d’obtenir une nouvelle chaire. Financée à hauteur de 2,5 millions de francs sur cinq ans par la fondation de l’assureur Axa pour le progrès humain, elle sera dédiée à l’impact des changements climatiques sur les dangers naturels. Pour lui, «c’est une opportunité unique». Son prédécesseur à l’Unige, le climatologue Martin Beniston glisse: «L’élève a dépassé le maître.» Il ajoute: «Il a une énergie incroyable.»
A 2600 mètres d’altitude, un glacier rocheux avance dans la pente. Plus bas, un faible filet d’eau serpente entre les pierres. Dans le Ritigraben, les laves torrentielles sont très fréquentes. Au début des années 2000, Markus Stoffel a étudié le site pendant huit ans. Formé en géomorphologie et en dendrochronologie, la science qui lit dans les cerneaux de croissance des arbres, il a prélevé 2450 échantillons sur 1102 conifères qui poussent sur le cône du torrent. «C’est beaucoup, mais ça nous a permis de reconstituer l’une des plus longues séries de données sur les laves torrentielles au monde», explique le spécialiste. Il a ainsi pu documenter 127 événements qui se sont produits depuis 1570 et les comparer avec les données de la station météorologique de Grächen, installée en 1864. Avec ces informations très précises, le site a acquis une réputation internationale.


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