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Dans des fosses d’un village du Sichuan dormaient depuis 3 000 ans des masques de bronze géants et un arbre de métal de près de 4 mètres

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Un paysan qui creuse une rigole d’irrigation près de Guanghan, dans le Sichuan. Sous sa pelle, des fragments de jade et de poterie qu’il ne sait pas identifier. C’était en 1929, et personne ne se doutait alors que ce coin de campagne chinoise allait livrer, des décennies plus tard, l’un des trésors archéologiques les plus déroutants du XXe siècle : des masques de bronze aux yeux exorbités, un arbre métallique de près de quatre mètres, et toute une civilisation dont l’histoire officielle chinoise n’avait jamais parlé.

À retenir

  • Des fosses souterraines gardent depuis trois millénaires des objets d’une splendeur inexpliquée
  • Les masques découverts defient les proportions humaines : le plus grand mesure 1,32 m de largeur
  • Une civilisation entière semble avoir volontairement détruit et enterré ses trésors — mais pourquoi ?

Sommaire

  1. 1986, le jour où tout bascule
  2. Des masques plus grands que nature, un arbre pour relier ciel et terre
  3. Une civilisation fantôme, absente de tous les textes

1986, le jour où tout bascule

Il faudra attendre près de soixante ans pour que le site révèle son vrai visage. En 1986, des fouilles systématiques mettent au jour deux fosses sacrificielles bourrées d’objets qui n’ont rien à voir avec ce que l’on connaissait du Sichuan de l’âge du bronze. La découverte de deux fosses remplies d’os animaux, de défenses d’éléphants, de jades, de bronzes brisés et brûlés a surpris l’ensemble de la communauté archéologique. Pourquoi ces objets précieux avaient-ils été volontairement fracassés, calcinés, puis enterrés avec un tel soin ? La question divise encore les chercheurs, entre catastrophe subie et rituel funéraire délibéré.

Le butin, lui, ne laisse aucun doute sur l’ampleur de la trouvaille. Plus de 1 000 trésors nationaux, dont des masques en or, des objets en bronze, des tablettes de jade, des pièces d’ivoire et un arbre sacré, ont été exhumés en 1986 dans deux fosses sacrificielles des ruines. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait que la plupart des sites de cette période n’offrent, au mieux, quelques dizaines de pièces isolées. À Sanxingdui, c’est un monde entier qui ressurgit d’un coup, figé sous la terre depuis trois millénaires.

Des masques plus grands que nature, un arbre pour relier ciel et terre

Ce qui frappe d’abord, ce sont les visages. Des masques de bronze au format qui dépasse toute proportion humaine, avec des oreilles démesurées, des pupilles qui jaillissent du visage sur plusieurs centimètres. Certains masques mesurent un incroyable 1,32 m de largeur et 0,72 mètre de hauteur, pour le plus grand masque de bronze jamais trouvé, avec des oreilles identiques à celles d’animaux et des pupilles monstrueusement en saillie. Difficile d’imaginer, en les observant, qu’ils datent d’une époque où les artisans du reste de la Chine coulaient surtout des vases rituels sobres et géométriques.

Et puis il y a l’arbre. Une pièce reconstituée à partir de fragments brisés, qui culmine à près de quatre mètres une fois restaurée. Un arbre des esprits en bronze brisé, pouvant atteindre 4 m de haut dans sa reconstitution, relatant le culte du soleil, se dresse comme la pièce maîtresse d’un culte cosmologique disparu, peut-être conçu comme un axe reliant le monde des vivants à celui des dieux. Les archéologues qui l’ont restauré parlent d’une remains rarely seen in East Asia, such as sacred trees, bronze altars, large human figures and gold masks : rien de comparable n’existe ailleurs en Chine ancienne.

La prouesse technique impressionne tout autant que l’esthétique. Ces objets ont été créés en utilisant une technologie de bronze coulé remarquablement avancée, obtenue par addition de plomb à une combinaison de cuivre et d’étain, un alliage capable de supporter des pièces massives sans se fissurer à la coulée. Pour des artisans de l’âge du bronze, sculpter un arbre de quatre mètres relève de l’exploit technique pur, à une époque où la moindre variation de température pouvait ruiner des mois de travail.

Une civilisation fantôme, absente de tous les textes

Le plus troublant n’est pas la taille des objets, mais leur silence. Aucun texte chinois ancien ne mentionne cette culture. Les chercheurs ont été surpris de trouver un style artistique complètement inconnu dans l’histoire de l’art chinois, dont la référence était jusqu’alors l’histoire des civilisations du fleuve Jaune. Sanxingdui appartiendrait au royaume de Shu, une entité politique qui a prospéré en marge des dynasties classiques, sans laisser une seule ligne d’écriture déchiffrable derrière elle.

L’histoire ne s’arrête pas en 1986. En 2021, six nouvelles fosses sacrificielles refont surface, révélant encore plus de 500 items dating back about 3,000 years, dont des masques d’or, des feuilles d’or et de nouveaux arbres de bronze. Un responsable de l’institut de recherche sur le patrimoine culturel du Sichuan confiait alors : « Étonnamment, nous avons déterré des articles en bronze jamais entendus auparavant ». Parmi ces trouvailles récentes, un masque géant excavé dans la fosse n°3 s’impose comme la plus grande pièce jamais découverte sur le site : ce masque de bronze mesure 71 cm de haut sur 131 cm de large et date d’environ 1300-1100 avant notre ère. Des traces de soie ont même été repérées près d’un œil, laissant penser que ces masques étaient fixés sur des structures aujourd’hui disparues, peut-être en bois ou en tissu.

Reste une question que les archéologues n’ont toujours pas tranchée : pourquoi tout casser avant d’enterrer ? Certains y voient les traces d’un conflit interne ou d’un exode forcé, d’autres un rituel de destruction volontaire visant à « libérer » la puissance sacrée des objets avant de les offrir à la terre. Le site, lui, continue de livrer ses secrets au compte-gouttes, fosse après fosse, comme si le royaume de Shu avait pris soin d’échelonner ses révélations sur plusieurs générations d’archéologues.

Sources : chine-magazine.com | french.peopledaily.com.cn

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