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4 862 cernes comptés après coup en 1964 : ce qui a condamné cet arbre du Nevada n’est ni la foudre ni la sécheresse

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Un doctorant a abattu, sans le savoir, le plus vieil arbre non clonal jamais recensé sur Terre. Ce n’est ni la foudre ni la sécheresse qui a eu raison de ce pin millénaire du Nevada, mais une simple tarière de carottage coincée dans le tronc, un été de 1964. L’histoire, aussi absurde que fascinante, reste l’un des plus grands regrets de la recherche scientifique moderne.

À retenir

  • Un arbre qui aurait dû survivre des millénaires détruit en quelques minutes par un chercheur
  • La tarière s’est coincée dans le bois : la décision fatale qui allait changer l’histoire
  • Des versions contradictoires subsistent encore aujourd’hui sur les vraies raisons de l’abattage

Sommaire

  1. Un chercheur, une carotteuse cassée, et 5 000 ans d’histoire perdus
  2. Un compte de cernes qui a fait vaciller les certitudes scientifiques
  3. Une controverse qui n’a jamais vraiment été tranchée

Un chercheur, une carotteuse cassée, et 5 000 ans d’histoire perdus

Don Currey était un étudiant diplômé de l’université de Caroline du Nord qui travaillait sur son mémoire de master concernant les mouvements glaciaires dans le Grand Bassin lorsqu’il est tombé sur un arbre à l’aspect particulièrement ancien. Son objectif n’avait rien d’exotique : dater des moraines glaciaires, ces traces laissées par les glaciers disparus, en utilisant les cernes de croissance des arbres comme calendrier naturel. En 1964, ce graduate student nommé Donald Rusk Currey a demandé la permission d’abattre un arbre poussant sur le versant d’une montagne du Nevada.

L’arbre en question portait un nom donné par des randonneurs quelques années plus tôt : Prometheus. Vers 1958 ou 1961, un groupe de naturalistes avait donné des noms à certains des plus grands ou des plus curieux spécimens du secteur, dont celui-ci. Officiellement, dans les registres de Currey, il portait la référence WPN-114, le 114e arbre échantillonné dans le comté de White Pine. Un numéro de série pour ce qui allait devenir, après coup, une pièce archéologique vivante.

Voici où l’affaire prend un tour presque comique. Pour obtenir les données de croissance recherchées, il faut utiliser une tarière pour extraire un cylindre de bois de la taille d’un crayon, appelé carotte. Currey avait obtenu l’autorisation du Forest Service américain pour prélever ces échantillons sur un groupe de pins poussant sous le pic Wheeler, Prometheus inclus. Mais son outil s’est bloqué dans le bois, trop dense, trop résistant. Le borer du doctorant s’est coincé dans le bois ancien ; il a alors coupé l’arbre pour récupérer l’outil, et c’est en comptant les cernes qu’il a réalisé son erreur historique.

Un compte de cernes qui a fait vaciller les certitudes scientifiques

Le chiffre a d’abord semblé énorme, puis il est devenu vertigineux. Le compte des anneaux effectué par Currey sur la section de l’arbre était de 4 844 ; quelques années plus tard, il a été porté à 4 862 par Donald Graybill, du Laboratoire de recherche sur les cernes des arbres de l’université d’Arizona. ce pin avait germé bien avant la construction des grandes pyramides égyptiennes. Ces cernes correspondaient à des couches de xylème qui avaient commencé à se former avant même l’édification des pyramides.

Le bois des pins de Great Basin (Pinus longaeva) n’a rien d’anodin. Ces conifères comptent parmi les arbres les plus résistants qui soient : à croissance lente, avec un bois dense qui les rend résistants aux intempéries, aux insectes et aux champignons, l’espèce Pinus longaeva est capable de vivre plusieurs milliers d’années. C’est précisément cette densité extrême qui a piégé la tarière de Currey, et qui a, par ricochet, condamné l’arbre. Pas une tempête, pas un incendie, pas un parasite : un simple outil de carottage mal adapté à la dureté du bois.

Ce qui frappe, avec le recul, c’est le décalage entre l’ampleur de la découverte et la banalité du geste qui l’a provoquée. Currey préparait une thèse sur le « Petit Âge glaciaire », un sujet qui n’aurait dû nécessiter qu’environ 600 ans de cernes à étudier. Six siècles suffisaient à sa recherche. L’arbre en contenait plus de huit fois plus. Le hasard avait placé sur son chemin, sans prévenir personne, le témoin vivant le plus ancien jamais documenté à cette époque.

Une controverse qui n’a jamais vraiment été tranchée

Les versions divergent sur les raisons exactes de l’abattage, et personne, aujourd’hui encore, ne peut trancher avec certitude. Il existe « plusieurs versions » des circonstances selon le parc national de Great Basin : dans l’une, Currey a dû abattre l’arbre pour récupérer sa perceuse coincée lors du prélèvement d’une carotte ; dans une autre, il a jugé nécessaire une section transversale complète pour une analyse exhaustive des cernes. Le parc lui-même reconnaît son incertitude : « nous ne connaîtrons peut-être jamais la véritable histoire de ce qui s’est passé », écrit l’institution.

D’autres récits évoquent des échantillons de carotte jugés insatisfaisants, ou la simple ignorance de l’âge réel de l’arbre au moment de la décision. Les versions vont d’outils de carottage brisés, à une méconnaissance de l’âge réel de l’arbre, en passant par des échantillons de carotte insatisfaisants, jusqu’au besoin de données plus précises nécessitant l’abattage complet. Ce qui est certain, c’est que le Forest Service a donné son feu vert, et que personne, sur le moment, n’a mesuré la portée du geste.

L’onde de choc, elle, a été bien réelle une fois la nouvelle connue. L’abattage de l’arbre a renforcé le mouvement de protection des bristlecones en général et des bosquets du pic Wheeler en particulier ; un mouvement existait déjà pour classer la zone en parc national, statut obtenu vingt-deux ans après l’incident. Currey lui-même a témoigné devant le Congrès américain pour soutenir la création de ce parc. L’erreur a, paradoxalement, sauvé les voisins de Prometheus.

Aujourd’hui, des fragments de la souche circulent encore, presque comme des reliques. Des sections de l’arbre se trouvent notamment au centre de visiteurs du parc national de Great Basin, au centre de congrès d’Ely, au laboratoire de recherche sur les cernes de l’université d’Arizona, et à l’Institut de génétique forestière du Service forestier américain à Placerville. Ce qui reste frappant, c’est que ce pin n’était probablement même pas un cas unique : d’autres spécimens de la même forêt, jamais carottés par manque de temps ou de budget, pourraient tout aussi bien dépasser les cinq millénaires sans que personne ne l’ait jamais su, ni ne le sache jamais.

Sources : monumentaltrees.com | nevadaappeal.com

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