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Quelques semaines après des manifestations et l’annulation d’une exposition, la ministre des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation de Terre-Neuve-et-Labrador s'est prononcée pour la première fois sur le désaccord entre la Nation innue et le gouvernement provincial.
Dans une entrevue de plus de 15 minutes accordée jeudi à la journaliste Leila Beaudoin, de CBC, la ministre Lela Evans, originaire du nord du Labrador, a répondu aux questions portant sur ce qui a mené à ce différend et à l’annulation d'un événement très attendu par la communauté.
L’exposition qui a été annulée devait célébrer l’histoire et la culture innue. Elle devait s'ouvrir le 21 juin au Centre d’interprétation du Labrador, à North West River.
L'annulation est due au fait que le gouvernement provincial limite l'histoire des Innus à une période de 300 ans, a affirmé à la fin juin, à Sheshatshiu, la gardienne du patrimoine culturel à la Nation innue du Labrador, Jodie Ashini.

La gardienne du patrimoine culturel innu, Jodie Ashini, se tient à côté de la frise chronologique qui devait être présentée dans l’exposition innue Pakassiun, finalement annulée.
Photo : CBC / Andrea McGuire
Elle a ajouté qu’au fil des échanges avec le musée provincial The Rooms, également responsable du Centre d’interprétation du Labrador, il est devenu évident que le projet ne permettrait pas aux Innus de présenter librement leur propre histoire.
Dans son entrevue, Lela Evans a reconnu clairement que les peuples autochtones sont présents au Labrador depuis bien plus que 300 ans et souhaite mettre fin à ces disputes qui durent depuis bien avant, soit des années.
Il faut trouver des solutions rapidement. C’est un sujet extrêmement sensible et nous devons préserver la confiance.
La ministre affirme que le gouvernement provincial est déterminé à parvenir à une véritable réconciliation avec les Innus. Elle a répété à plusieurs reprises que son objectif est d'appuyer par toutes les façons possibles les Innus de Sheshatshiu et de Mushuau.

Des personnes se sont rassemblées devant l’aréna commémoratif E. J. Broomfield, à Happy Valley-Goose Bay, le 23 juin, pour réclamer la reconnaissance des droits et de l’histoire des Innus.
Photo : Andrea McGuire/CBC
Le premier ministre Tony Wakeham et Lela Evans se sont notamment rendus sur place le mois dernier afin de tenter de trouver des solutions. La démarche n’a toutefois pas donné les résultats escomptés.
Le fait que la ministre et le gouvernement n'emploient pas l’expression Nation innue et lui préfèrent le terme Autochtones constitue un enjeu, souligne par ailleurs Jodie Ashini.
Ils évitent carrément la question! C'est pourquoi nous en sommes toujours là!
Elle-même autochtone, la ministre Evans confie avoir d’abord été sceptique quant à la chronologie proposée.
Elle dit avoir cherché à obtenir davantage de précisions sur cette décision.
J’ai commencé à avoir des réunions avec le Bureau provincial d'archéologie pour comprendre d’où vient ce 300 ans d’histoire.
Lela Evans affirme que le différend sur la chronologie n'a aucune incidence sur les négociations en cours à propos des revendications territoriales des Innus, une affirmation que Jodie Ashini ne croit pas.
Cette chronologie, en fait, est liée aux revendications territoriales, a affirmé Jodie Ashini dans une publication sur sa page Facebook, jeudi.
J'ai été moi-même assise à la table avec la province et [le Bureau provincial d'archéologie] pour débattre des définitions archéologiques. On ne peut pas affirmer que nous n'avons aucun lien familial avec les personnes qui ont vécu il y a plus de 300 ans!, écrit-elle.
Des archéologues ne s’entendent pas
Depuis que la controverse a éclaté, de nombreuses voix se sont ajoutées au débat. Un groupe de huit anthropologues et archéologues de l’Université Memorial a notamment publié une lettre appuyant une présentation de l’histoire conçue par les Innus eux-mêmes.

Des artefacts analysés qui devaient être présentés lors de l'exposition innue Pakassiun, au Labrador. (Photo d'archives)
Photo : CBC/Greg Locke
Ces experts, de même que d’autres spécialistes, remettent en question l’approche adoptée par The Rooms et par le Bureau provincial d’archéologie.
Les traces de cette présence [des Innus] remontent tout simplement très loin dans le passé. Il n'y a pas de rupture soudaine ou magique il y a 300 ans, a déclaré Peter Whitridge, professeur d'archéologie.
Les huit coauteurs soutiennent que l'interprétation archéologique doit s'appuyer sur plusieurs types de preuves, dont les vestiges matériels, l'occupation du territoire, les traditions orales, les données linguistiques, l'ethnohistoire, les archives historiques, les savoirs autochtones et les recherches réalisées en partenariat avec les communautés concernées.
S'ils contestent cette interprétation, alors il faut examiner la question.
Elle ajoute aussi que la tradition orale des Innus doit être prise en considération.
Si certaines personnes remettent en question ce que disent The Rooms et les archéologues de la province, alors, par souci de transparence, nous devons nous assurer de réexaminer la question. Il s'agit avant tout de respect et de veiller à ce que rien ne soit perdu, a-t-elle déclaré.
À plusieurs reprises durant l'entrevue, Lela Evans a dit que certaines des questions devraient plutôt être posées à The Rooms. Jusqu'à présent, l'organisme a refusé de répondre directement aux médias et a renvoyé toutes les demandes d'information au gouvernement provincial.
La ministre du Tourisme, des Arts et de la Culture de Terre-Neuve-et-Labrador, Andrea Barbour, aussi responsable du musée The Rooms, n’a toujours pas accordé d’entrevue.
Avec des renseignements de Leila Beaudoin, de CBC


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