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Ce jour où les Argentins ont joué avec de faux maillots à la Coupe du monde : "On était tous surpris"

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22 juin 1986, stade Azteca, Mexique. Les tribunes jaunes et bleues baignées par un soleil de plomb s'agitent à quelques minutes d'un match qui ne tardera pas à entrer dans la légende du football. 115.000 spectateurs sont présents pour ce quart de finale du Mondial 1986. Joueurs argentins et anglais débarquent sur le terrain bien conscients que les enjeux de ce match dépassent le cadre sportif.

La guerre des Malouines

Seules quatre années séparent cette Coupe du Monde de la guerre des Malouines. Celle-ci a aussi vu l'Angleterre et l'Argentine s'affronter sur un terrain bien plus sanguinaire. Comme souvent, l'objet de ce conflit n'est nul autre qu'une volonté de détenir plus de territoires. Si la Couronne anglaise possède les Malouines, l'Argentine en revendique la souveraineté tout au long du vingtième siècle. Cette guerre dure dix semaines et voit s'affronter les troupes de Margaret Tatcher et celles argentines dirigées par une junte militaire brutale depuis 1976. Le bilan de ces semaines d'affrontement est lourd, 907 personnes perdent la vie. Victorieuse, la "Dame de Fer" britannique ne fera que gagner en popularité dans son pays qui vient de subir plusieurs années de déclin impérial.

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Une soif de vengeance

Le conflit est encore récent pour les deux nations et la FIFA tient à ce que le match se déroule au mieux, déclarant qu'il ne s'agit "que de football". L'organisation demande à l'Argentine de jouer avec son maillot extérieur afin de se distinguer des couleurs blanches de l'équipe britannique.

Une requête qui peut paraîtra anodine mais qui créera une des anecdotes les plus étonnantes de l'histoire de la Coupe du monde. Pour en comprendre les raisons, il faut remonter aux conditions dans lesquelles les joueurs argentins se trouvent en 1986. Éliminés au second tour lors du dernier mondial, ils ont soif de victoire. Leur entraîneur, Bilardo, est largement critiqué par la presse qui le décrit comme trop calculateur et pas assez efficace. Les scores de l'équipe nationale ne sont pas bons lors des matchs précédant la Coupe du Monde et le pays est plongé dans une atmosphère plutôt pessimiste. Un joueur semble pourtant apporter un peu d'espoir à la nation, il s'agit évidemment de Diego Maradona. À 25 ans, le joueur est déjà une véritable star mais cela ne semble pas lui suffire, il a soif de vengeance. En 1982, l'homme avait dû quitter le terrain suite à un carton rouge lors du match contre le Brésil. Un souvenir amer qu'il veut réparer sur la pelouse. "Nous sommes ici pour nous battre. Je sens que c'est notre moment", confie-t-il aux médias.

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À cette soif de réussite s'ajoutent des conditions de jeux particulièrement complexes. Les matchs se déroulent dans des villes d'altitude et sous un soleil de plomb, ce qui demande un certain entraînement physique et un équipement adapté. C'est bien ce point qui fait tiquer les joueurs argentins lorsqu'ils apprennent qu'ils doivent porter leur second maillot. Ce dernier est non seulement plus sombre, mais également plus épais et donc peu adapté aux fortes chaleurs. Ce match a tant d'enjeux que chaque détail compte et l'entraîneur ne veut surtout pas perturber ses joueurs. Une idée lui vient alors : acheter d'autres maillots à Tepito, un quartier emblématique de Mexico. Emblématique, mais aussi réputé pour être plutôt dangereux et surnommé le "Barrio Bravo" (quartier dur).

Tepito

Des friandises, des chaussures, des films pirates, des faux maillots...On raconte que l'on trouve de tout au marché de Tepito. Un partie des intendants de l'équipe argentine s'y aventure accompagnée de Héctor Zelada, le gardien remplaçant. Le joueur Óscar Ruggeri expliquera plus tard : "Ils sont allés à Tepito parce que Zelada connaissait l'endroit. Il a envoyé un intendant avec un sac à dos qui est revenu avec un maillot très épais. Ils l'ont viré, mais il fallait bien qu'on joue… Alors ils sont repartis chercher d'autres maillots, et ceux-là nous ont plu."

Dans les témoignages recueillis par la suite dans les médias, on apprend que les vendeurs n'en croyaient pas leurs yeux. Des vrais joueurs qui viennent acheter de faux maillots, cela est loin d'être commun. Pressés par le temps, ils s'appliquent tout de même à trouver le maillot le plus similaire au vrai, avec le logo du Coq Sportif. Ils y parviennent mais un problème demeure : ceux-ci ne comportent ni le logo de l'AFA, ni le numéro des joueurs. C'est alors que le staff se met à découper, mesurer et coudre les écussons. C'est un travail de longue haleine qui maintient l'équipe éveillée jusque tard dans la nuit. Jorge Valdano raconte avoir été surpris par le produit final et sa similitude avec les vrais maillots : "Maradona a dit : quel beau maillot. On était tous surpris."

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Le match

Après une courte nuit, l'équipe de l'Argentine est prête à affronter l'Angleterre dans ce match au sommet. L'ambiance sur le terrain est tendue, la guerre des Malouines est encore dans tous les esprits et l'ancien sélectionneur anglais Alf Ramsey a qualifié les joueurs argentins d'"animaux" à l'issue de leur prestation à la Coupe du Monde de la FIFA 1966. Si l'équipe d'Amérique Latine mise tout sur celui qu'on surnomme "El Pibe de Oro", les Anglais connaissent cette stratégie et ne comptent pas lui laisser de l'espace. Les Three Lions enchaînent les fautes à son encontre, elle sont au nombre de six à la mi-temps. C'est après la pause que le joueur argentin entre dans la légende du football avec sa célèbre "main de Dieu" et le goal que l'on qualifiera ensuite de "but du siècle". Maradona met assez vite des mots sur cette action historique : " Ce but, je l'ai marqué un peu avec la tête et un peu avec la main de Dieu".

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A ce jour, cette performance de Maradona est considérée par beaucoup comme "la plus incroyable de tous les temps". Dans son livre "Mi Mundial, mi verdad", l'ancien numéro 10 de la sélection argentine revient sur ce match au sommet, expliquant qu'il voulait "rendre honneur à la mémoire des morts. Des soldats tombés au combat sur le petit archipel de l'Atlantique sud. Les Anglais se sont comportés en gentlemen avec nous. Y compris après la victoire, ils sont venus dans le vestiaire pour nous saluer et échanger les maillots". Si la "main de Dieu" restera un sombre souvenir pour les Anglais, ceux-ci ont montré leur auto-dérision en 1990 en baptisant le bar de l'ambassade du Royaume-Uni à Buenos Aires "The hand of God" en y faisant trôner une photo du célèbre joueur argentin.

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