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Life 25/02/2026 12:45 Actualisé le 25/02/2026 16:36
Métaux lourds, PFAS, acrylamide… De nombreux aliments contiennent des produits néfastes pour la santé.

JOEL SAGET / AFP
Face aux aliments contaminés, ces consommateurs essaient de « culpabiliser le moins possible » (photo d’illustration d’un charriot abandonné à Pont-Audemer en août 2025)
« J’ai l’impression que, si je ne fais pas attention, je vais réduire mon espérance de vie en mangeant une tartine ! » Lorsque Jade* se rend au supermarché, c’est toujours le même scénario : elle scanne compulsivement tous les produits qu’elle envisage d’acheter avec l’application Open Food Facts pour se renseigner sur leur indice d’ultra-transformation, leur NutriScore ou encore leur impact environnemental.
Comme de nombreuses consommatrices et consommateurs, la trentenaire ressent de l’anxiété en raison des nombreuses informations liées aux aliments contaminés. « Faire mes courses a pu être un moment assez fun pour moi par le passé… Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui »
Il faut dire que les révélations s’enchaînent ces derniers temps. Cadmium massivement présent dans le chocolat et dans les aliments à base de céréales, Méthylmercure dans de nombreux poissons, arsenic dans les algues alimentaires… : la liste est longue.
Dernière alerte en date, une vaste étude publiée mi-février par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) qui dresse un état des lieux en demi-teinte sur l’état de la contamination des aliments par des métaux lourds (cadmium, plomb, aluminium, mercure) et par l’acrylamide (un composé organique qui se forme lors de la cuisson à haute température). Si des progrès ont été réalisés depuis le début des années 2000, ces substances « restent trop élevées pour tout ou partie de la population ».
« Phase de maturité »
« Quand je fais mes courses, je suis insupportable. Je reste statique devant les frigos pour scanner des articles, ça prend du temps, et ça m’angoisse ! », raconte Jade. Pour cette Parisienne, les déclencheurs ont été les alertes sur les risques cancérogènes liées aux nitrates présents massivement dans la charcuterie – lancées notamment par la Ligue contre le cancer en 2020 et confirmées par l’Anses deux ans plus tard – puis, les études sur la contamination du thon au mercure en 2024.
« Je me suis dit que tous les produits faciles à cuisiner, que je mets facilement dans mon panier, contenaient des trucs craignos », se souvient-elle. Pour Thibault, 35 ans, la prise de conscience est intervenue quelques années plus tôt, au moment des révélations sur le glyphosate et la multinationale Monsanto, à la fin des années 2000.
« Lorsque j’ai commencé à m’y intéresser, j’étais très flippé », explique celui qui habite à Aubervilliers depuis quelques années. « Ma crainte s’est ensuite élargie à l’eau, avec les problèmes de plomb dans les canalisations de certains immeubles parisiens et les points de captage dans des nappes phréatiques contaminées par l’agriculture. J’ai alors adopté une forme de complet déni. »
Aujourd’hui, le Francilien estime avoir atteint « une phase de maturité » : « Je fais du mieux que je peux en essayant de culpabiliser le moins possible. » Il confie acheter des produits bio lorsque ses moyens le lui permettent, sans en faire une obsession.
« J’ai très fortement limité ma consommation de poisson, je sais qu’il y a plein de métaux lourds dedans », ajoute-t-il. Pour cuisiner, il a remisé ses poêles en téflon – contenant des PFAS – et stocke ses aliments dans des contenants en verre pour éviter les microplastiques. « Tu ne peux pas vivre en faisant attention à tout sans finir parano ou dépressif ! »
« C’est à nous d’être hypervigilants »
Du côté de Jade, les inquiétudes restent très fortes, d’autant que l’alimentation est « un sujet déjà pollué par les obsessions sur le poids ». « Hier et ce matin, j’ai fait des feuilles de bricks maison parce que j’ai vu qu’il y avait des additifs dans les bricks industriels ! », témoigne-t-elle. Dans les rayons du supermarché, c’est souvent la déception. « Je découvre parfois tristement que des aliments que j’adore sont ultratransformés… »
« Résultat, j’achète souvent des trucs différents de ce que je voulais initialement », poursuit Jade, qui privilégie des produits bruts à cuisiner elle-même, biologiques de préférence. Une démarche qui demande « beaucoup d’énergie ».
De manière générale, Jade et Thibault regrettent que les consommateurs et consommatrices soient livrées à elles-mêmes, comme l’illustre la recommandation de l’Anses de ne pas interdire les sels nitratés dans la charcuterie malgré le lien avéré avec le cancer colorectal. « Avec ce discours qui renvoie la responsabilité sur nous, je culpabilise si je n’arrive pas à faire tout parfaitement », dit Jade.
« C’est à nous d’être hypervigilants ! », abonde Thibault, qui aimerait voir un pictogramme déconseillant de passer les barquettes plastiques au micro-ondes pour éviter la contamination des aliments. « Il y a peu de choses sur les étiquettes », déplore le trentenaire. « Et même si mon angoisse est aujourd’hui maîtrisée, ça ne m’empêche pas de vouloir que les politiques publiques soient plus strictes : limiter l’usage plastique, imposer une réduction de l’utilisation des produits, protéger davantage les points de captage de l’eau… »
*Le prénom a été modifié


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