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"Une crise, quelle crise ?" À peu de chose près, c'est ainsi que l'on pourrait résumer la stratégie du PS, muré dans un quasi-silence radio au lendemain de l'énorme pavé jeté par Georges-Louis Bouchez dans la mare bruxelloise.
Ce jeudi, dans La Libre, le président du MR a sorti l'arme lourde pour forcer le PS à lâcher Lotfi Mostefa, président du Foyer anderlechtois, soupçonné de clientélisme. "Nous avons bloqué l'octroi des moyens de la SLRB (Société du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale). Ils ne recevront pas leurs moyens tant que Lotfi Mostefa est en place au Foyer anderlechtois", a asséné Georges-Louis Bouchez, alors que le socialiste a été réélu à la tête de l'intercommunale le 17 août, prenant les libéraux de court.
La position inconfortable de Dilliès
Certains s'attendaient à ce que le premier gouvernement de la rentrée, ce jeudi, soit particulièrement houleux. Il n'en a rien été. Selon plusieurs sources, la sortie médiatique du président du MR n'a même pas été abordée formellement par Boris Dilliès, le ministre-Président bruxellois n'ayant pas inscrit le sujet à l'agenda. Une ligne de crête délicate pour le chef de l'exécutif, soucieux de ménager la chèvre et le chou entre la continuité de son gouvernement et la ligne de son parti.
"Les ministres MR et PS ont cherché à éviter le conflit pour cette rentrée et à reporter le problème au grand conclave budgétaire des 3 et 4 octobre", glisse une source politique.
Violences liées à la drogue : Boris Dilliès se défend, "les fusillades ne sont pas arrivées avec mon gouvernement"La question s'y fera alors brûlante. Seul membre de l'exécutif à avoir abordé le dossier ce jeudi en gouvernement, Dirk De Smedt (Anders) a rappelé qu'un sérieux problème de liquidité se posera avant la fin de l'année — sans doute dès la mi-octobre — si les 131 millions d'euros de versements attendus ne tombent pas rapidement.
L'accord de majorité prévoyait pourtant d'injecter 400 millions dans l'opérateur via un "code 8", un mécanisme d'investissement hors déficit.
En conditionnant ces versements à la démission de Lotfi Mostefa, le président du MR remet de facto en cause l'accord de gouvernement.
Face à ce coup de force, on aurait pu s'attendre à voir Ahmed Laaouej, ministre des Pouvoirs locaux, et Karine Lalieux, secrétaire d'État au logement, monter au front.
Seul le PTB s'en est chargé depuis l'opposition : "Prendre en otage les locataires sociaux pour régler des comptes politiques, c'est scandaleux", a fustigé Françoise De Smedt, cheffe de groupe au Parlement bruxellois.
Les socialistes, eux, ont opté pour la stratégie du retrait. Ahmed Laaouej s'emploie à afficher sa bonne entente avec Boris Dilliès, pointant implicitement l'ingérence d'un président de parti externe aux affaires bruxelloises. Une manœuvre qui vise à déplacer la pression sur le ministre-Président. "Bouchez fait du Bouchez. Quant à Boris Dilliès, il est là pour faire appliquer un accord que son propre président remet en question, ce qui fragilise sa position", analyse une source socialiste.
Du côté libéral, on assume pourtant la ligne dure. La décision de bloquer la SLRB a bien été impulsée par Georges-Louis Bouchez, mais elle a été prise "en concertation avec le ministre-Président", confirme le cabinet Dilliès, qui veillera à l'appliquer strictement tant que la gouvernance ne sera pas assainie.
Plus de trois mois après l'enquête de Pano, et malgré les révélations, le PS n'a jamais lâché Lotfi MostefaUne position martelée dès jeudi matin par Audrey Henry (MR) sur BX1 : "L'encre des recommandations de la commission d'enquête sur le Foyer anderlechtois n'est même pas sèche que M. Mostefa est renommé président. Il est difficile de faire semblant de continuer à investir massivement dans le logement social alors qu'un personnage controversé reste en place." Un autre cadre libéral enfonce le clou : "On ne peut pas injecter 400 millions dans un secteur qui conserve l'apparence d'un mister cash du clientélisme."
Trop tard : la grenade est dégoupillée
La grenade est dégoupillée. Le PS peut jouer la montre, mais une solution devra émerger pour assurer la survie financière de la SLRB. Car en liant le refinancement à l'éviction de Lotfi Mostefa, Georges-Louis Bouchez a brûlé ses navires : s'il cède sans départ du président du Foyer anderlechtois, ce sera un sévère camouflet.
"Le maintien du statu quo n'est pas une option", résume une source gouvernementale.
Reste la question des représailles potentielles, qu'aucune mesure concrète n'est venue matérialiser ce jeudi. "D'ordinaire, le PS passe son temps à lier les dossiers entre eux. Si on demande l'achat de 25 pains au chocolat, le PS essaye d'obtenir en échange le blocage de l'électrification des taxis", observe un fin connaisseur de la machine bruxelloise.
Foyer anderlechtois - Le PTB bruxellois dénonce une "prise d'otage" du MR, au détriment des locataires sociauxMais cette fois, le PS n'active pas cet arsenal. La raison est pragmatique, assure une source gouvernementale : "Les socialistes peuvent difficilement bloquer des dossiers d'autres ministres cette fois. Ils sont en demande sur les taxis, ils veulent de l'air sur le budget. Ils ont donc plus besoin du gouvernement, et de son argent, que le MR."
Il serait par ailleurs périlleux pour Ahmed Laaouej de s'opposer aux mesures de sécurité portées par Boris Dilliès. "Je vois mal Ahmed Laaouej expliquer aux Bruxellois qu'on tire dans les rues et qu'il préfère sauver le soldat Mostefa que prendre des mesures."
Au gouvernement bruxellois, l'entente cordiale a donc une date de péremption : le mois d'octobre.
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