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Alors que les jours passent et que les équipes de secours sont toujours à la recherche de survivants, notamment dans les tunnels ensevelis de la centrale hydroélectrique de Rasuwagadhi, les chercheurs, eux, tentent de comprendre les mécanismes exacts de la catastrophe qui a frappé la vallée de la Bhote Koshi au Népal.
Un glacier emporté par la montagne
Si une rupture de lac glaciaire, puis un effondrement d'un morceau de glacier avaient été les premières hypothèses avancées, l'analyse des données satellitaires et sismiques tend désormais à mettre en cause une autre origine. « Il est maintenant très clair qu'un glissement de terrain rocheux s'est déclenché, et qu'il a entraîné avec lui le glacier situé au-dessus », affirme Kristen Cook, géomorphologue à l'Université Grenoble Alpes et spécialiste des risques naturels dans cette région de l'Himalaya.
Latest high resolution drone pictures of the source area of the rock ice avalanche on the Langtang Lirung mountain that triggered the Nepal flood.
Photo by Guoxiong Zheng pic.twitter.com/30z6iEDsuj
Autrement dit, ce n'est donc pas le glacier qui aurait rompu en premier, mais le pan de montagne situé en dessous qui se serait effondré, emportant avec lui une importante masse de glace.
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Si les glissements de terrain sont courants dans ces régions de haute montagne, celui-ci serait toutefois d'une ampleur considérable. Kristen Cook et ses collègues, qui travaillent à décortiquer l'enchaînement des événements, estiment à l'heure actuelle que la masse de roches ayant chuté dans la vallée de la Lhende Khola représenterait « au moins cent millions de mètres cubes ». Le volume de glace ayant été emporté serait quant à lui de « plusieurs dizaines de millions de mètres cubes ».
À titre de comparaison, le célèbre glissement de Vajont, survenu en Italie en 1963, avait mobilisé environ 270 millions de mètres cubes de roches qui se sont effondrées dans le lac de retenue situé en contrebas. L'impact a créé une vague de tsunami qui a franchi le barrage et déferlé dans la vallée du Piave, détruisant le village de Longarone et causant près de 2 000 morts.
En 1963, l'Italie connaît un glissement de terrain de très grande ampleur qui causera la mort de près de 2 000 personnes. Connue sous le nom de catastrophe du Vajont, cet événement présente certaines similarités, en matière d'ampleur et de conséquences, que la catastrophe de la Bhote Koshi au Népal. © Wikimedia Commons, domaine public
Il s'agit de la catastrophe de ce type la plus meurtrière de l'histoire européenne. Cette comparaison montre d'ailleurs qu'aucun environnement montagneux n'est à l'abri face à cet aléa naturel, qui existe depuis toujours.
La vague qui s'est abattue sur la vallée du Piave a détruit de nombreuses habitations et laissé un paysage de dévastation semblable à celui du Népal. © US Army, Wikimedia Commons, domaine public
Des pentes fragilisées par le réchauffement
Ainsi, il est encore trop tôt pour savoir si le glissement de terrain du 26 août 2026 dans la vallée de la Lhende Khola est lié au réchauffement climatique qui affecte actuellement les zones de haute altitude. Dans cet environnement escarpé, où la végétation est rare, voire inexistante, la glace agit comme un ciment qui maintient une cohésion entre les blocs de roches. On appelle ce niveau de sol gelé le pergélisol. Or, les températures anormalement hautes que connaît cet environnement de haute montagne déstabilise le pergélisol.
« La fonte du pergélisol fragilise les pentes rocheuses, explique la chercheuse, mais nous devons évaluer de manière approfondie l'état du pergélisol et les caractéristiques de la roche et de ses fractures avant de conclure sur un lien avec le changement climatique. »
L'objectif de ces études est avant tout de permettre de prévenir ces événements catastrophiques et de sauver des vies. Mais ce glissement de terrain était-il détectable à l'avance ?
Pouvait-on prévoir la catastrophe ?
Dans un article publié le 2 septembre dans la revue Nature, le géophysicien Manoochehr Shirzaei de Virginia Tech, à Blacksburg, indique avoir identifié des indices dans les images satellites du glacier prises quelques jours avant la catastrophe. L'analyse des images révèle en effet une accélération dans le mouvement du glacier, signal d'une instabilité.
Mais comme le chercheur le souligne, un tel événement reste très difficile à prédire avec les techniques actuelles de surveillance. C'est également l'avis de Kristen Cook. « Pour l'instant, nous ne disposons pas de la technologie nécessaire pour détecter automatiquement des glissements de terrain sous-glaciaire. Avec le recul, nous pouvons certes identifier des précurseurs, mais c'est parce que nous savons a posteriori où les chercher. L'Himalaya est si vaste qu'il est aujourd'hui impossible de surveiller l'ensemble de la région, mais la science et la technologie progressent rapidement, et nous espérons donc que cela sera possible à l'avenir. »
Repenser les territoires de montagne
En attendant, les populations exposées ne peuvent compter que sur le déploiement de systèmes d'alerte précoce, même si la fulgurance de la coulée de débris a montré que ces systèmes avaient aussi leurs limites. Les stations déployées dans les vallées en amont des zones habitées ont en effet été balayées avant d'avoir pu envoyer leurs signaux. Pour Kristen Cook, il n'y a donc pour l'instant pas de solutions miracle. « Face à ce risque, il faudra repenser l'emplacement des infrastructures et des zones d'habitation, et trouver des solutions pour concilier gestion des risques et développement. »
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Car si la catastrophe de la Bhote Koshi n'est pas nécessairement liée au réchauffement climatique, l'augmentation des températures va modifier en profondeur les conditions de stabilité des régions de haute montagne. Fonte du pergélisol, recul des glaciers et déstabilisation des versants pourraient ainsi favoriser certains phénomènes naturels dangereux, comme les chutes de pierres, les glissements de terrain, les effondrements de glaciers ou les crues soudaines provoquées par la rupture de lacs glaciaires.
Les villages de la vallée de la Bhote Koshi ont été dévastés par la crue torrentielle du 26 août 2026. © PTI
La chercheuse souligne toutefois le caractère exceptionnel du glissement de terrain du 26 août : « La grande majorité des événements seront bien moins importants que celui-ci. »


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