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Dans les forêts des Vosges vivent depuis 2024 seize oiseaux capturés en Norvège dont il n’en restait plus qu’un ou deux au premier bilan

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En relâchant seize grands tétras norvégiens dans les crêtes vosgiennes entre 2024 et 2025, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges a littéralement organisé une hécatombe silencieuse. Deux ans plus tard, sur cette première cohorte, sur les 16 individus introduits lors des deux premières années de lâchers, seulement un ou deux étaient encore en vie en 2026. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait que chaque oiseau a traversé plus de deux mille kilomètres, capturé vivant dans les forêts scandinaves, avant d’être lâché dans un massif censé lui offrir une seconde vie.

Le programme ne s’est pas arrêté là. Une troisième vague est venue s’ajouter aux deux premières : les dix-sept oiseaux réintroduits au printemps 2026 dans les Vosges seront les derniers. Au total, trente-trois grands tétras auront donc traversé l’Europe du Nord au Sud pour repeupler un massif dont ils avaient quasiment disparu. Le détail des premières captures donne une idée de la fragilité de l’opération : en 2024, dix grands tétras ont été capturés en Norvège, un est mort lors de la capture, neuf ont été relâchés dans les Vosges, et cinq sont morts en moins de six mois. La campagne suivante n’a rien arrangé : sur les seize individus réintroduits en deux ans, treize sont morts et trois ont disparu, c’est-à-dire que les équipes ont perdu leur trace GPS.

À retenir

  • Seize oiseaux relâchés en deux ans, mais à peine un ou deux survivants : le programme coûte-t-il trop cher pour ses résultats ?
  • Une femelle fait l’impensable : elle niche et donne naissance à quatre poussins après sept ans de silence reproductif
  • Le ministère ferme le robinet des translocations en 2026 : l’expérience norvégienne s’arrête, mais le suivi continue jusqu’en 2029

Sommaire

  1. 230 000 euros par an pour un pari norvégien
  2. Quatre poussins qui rebattent (un peu) les cartes
  3. Le ministère referme le dossier après 2029

230 000 euros par an pour un pari norvégien

Ce ballet aérien entre la Scandinavie et les sommets vosgiens a un prix. Le programme de réintroduction, dont le coût est estimé à 230 000 euros par an, permet la capture en Norvège d’un maximum de 50 oiseaux par an, et de 200 sur cinq ans. Sur la durée totale prévue du dispositif, cela représente un peu plus d’un million d’euros engagés pour une poignée de survivants confirmés. Le calcul est simple, et il dérange forcément les associations qui suivent le dossier depuis le premier lâcher.

Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, qui pilote l’opération, refuse pourtant de parler d’échec. Son argument tient en une phrase transmise à l’AFP : les experts scientifiques sont très partagés sur la question de l’adaptation au changement climatique. Une manière de rappeler que la mortalité observée ne condamne pas forcément le principe même de la translocation, même si elle interroge sérieusement ses modalités dans un massif où les températures grimpent plus vite que prévu.

Quatre poussins qui rebattent (un peu) les cartes

Mi-juin 2026, un événement inattendu vient bousculer ce bilan comptable. Un randonneur croise sur son chemin cinq silhouettes qui se révèlent être une poule adulte accompagnée de quatre poussins, une naissance que personne n’attendait plus dans ce massif. La dernière naissance répertoriée de grands tétras dans les Vosges remontait à 2019. Sept ans de silence reproductif, brisés par une femelle relâchée dès la première vague de 2024, celle-là même qui comptait parmi les rares survivantes.

Cette poule n’en était pas à son coup d’essai. Introduite en 2024, elle n’était plus suivie à la trace, les balises GPS posées sur les oiseaux cessant d’émettre au bout d’un an, et elle avait déjà niché en 2025, mais ses œufs avaient été détruits par des prédateurs. Pour Fabien Diehl, technicien du parc chargé du suivi de l’espèce, cette naissance a une valeur qui dépasse le simple symbole : « Ça montre qu’il y a un potentiel reproducteur chez ces oiseaux-là et que le milieu est favorable ». Un argument de poids pour les défenseurs du programme, même si un couple de poussins ne suffit pas à renverser une courbe démographique aussi défavorable.

Les associations environnementales, elles, restent prudentes face à cet épisode. Dominique Humbert-Beretti, de l’association SOS Massif Vosges, résume la position ambivalente de son organisation : « [SOS Massif des Vosges] se « félicite » des naissances des oisillons, « mais le bilan global est largement négatif » ». Reste à savoir combien de ces quatre poussins atteindront l’âge adulte, dans un massif où la prédation frappe en priorité les jeunes individus.

Le ministère referme le dossier après 2029

La décision est tombée fin août 2026, et elle a mis fin à des mois d’incertitude sur l’avenir du programme. Le ministère a annoncé l’arrêt immédiat des « translocations », c’est-à-dire des transferts de grands tétras depuis la Norvège. Les dix-sept oiseaux relâchés au printemps 2026 seront donc les derniers arrivants venus de Scandinavie, et le suivi se poursuivra jusqu’à l’échéance officielle du dispositif, en 2029.

Dans sa communication, le ministère de la Transition écologique justifie ce choix par deux facteurs cumulés. D’un côté, le retour d’expérience sur « la mortalité des individus déplacés » pèse lourd dans la balance. De l’autre, l’administration s’inquiète de l’évolution du climat local à moyen terme, un massif qui se réchauffe étant par définition de moins en moins hospitalier pour une espèce adaptée au froid scandinave. Plusieurs associations avaient réclamé un arrêt immédiat plutôt qu’une extinction du programme à petit feu jusqu’en 2029, estimant que la décision de ne pas reconduire le projet valait aveu d’échec.

Un comité de pilotage présidé par la préfecture des Vosges doit faire le point à l’automne 2026, avec en ligne de mire un bilan à mi-parcours attendu pour l’hiver. D’ici là, le sort des quatre poussins nés en juin reste suspendu à leur capacité à passer l’automne sans se faire repérer par un renard ou un rapace, seuls juges finaux d’un programme dont le coût annuel dépasse largement ce que rapporte, en comparaison, une seule saison de comptage naturaliste bénévole dans le massif.

Sources : appel-aura-ecologie.fr | letrois.info | kohesio.ec.europa.eu

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