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À 2 700 kilomètres de la première côte gît depuis 2001 la station Mir, et plusieurs centaines d’autres engins l’y ont rejointe depuis

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En choisissant le coin d’océan le plus éloigné de toute terre pour y lâcher leurs engins en fin de vie, les agences spatiales ont littéralement tapissé un fond marin de centaines d’épaves. L’endroit s’appelle le point Nemo, une étendue du Pacifique Sud où rien ne pousse, où personne ne vit, et où tombent depuis des décennies les carcasses de satellites et de stations devenues inutiles.

Sur une carte, ce point ne ressemble à rien de particulier. Aucune île, aucun récif, aucun signe de vie humaine à des milliers de kilomètres à la ronde. C’est précisément cette absence totale de voisinage qui en fait un endroit unique sur Terre.

À retenir

  • Le point Nemo est le lieu océanique le plus éloigné de toute terre, situé à 2 688 kilomètres de la côte la plus proche.
  • Entre 250 et 300 engins spatiaux en fin de vie reposent au fond du Pacifique dans cette zone.
  • La Station spatiale internationale rejoindra ce cimetière spatial lors de sa désorbitation prévue au début des années 2030.

Sommaire

  1. Le point le plus seul du globe
  2. Un cimetière qui compte déjà plusieurs centaines d’épaves
  3. La prochaine grande arrivée : l’ISS

Le point le plus seul du globe

De ce point-là, la côte la plus proche se situe à quelque 2 688 kilomètres et les humains qui s’en approchent le plus sont dans l’espace. Ce sont les astronautes de la Station spatiale internationale qui, lorsqu’elle survole cette portion du Pacifique, se retrouvent statistiquement plus proches de ce bout d’océan que n’importe quel habitant de la planète. On appelle ce lieu le pôle océanique d’inaccessibilité, et son nom rend hommage au capitaine Nemo, le commandant du Nautilus imaginé par Jules Verne.

Les coordonnées exactes existent, précises au dixième de minute près. Elles ne mènent nulle part, sinon vers une étendue d’eau grise et vide.

La zone est si isolée qu’elle en devient biologiquement pauvre. Très éloigné des hommes et des côtes, le point Nemo est aussi dépourvu d’une vie marine florissante, coincé entre deux courants océaniques puissants qui laissent peu de poissons y vivre. Un océanographe de l’université de Rhode Island la qualifie même de région biologiquement la moins active du monde.

Un cimetière qui compte déjà plusieurs centaines d’épaves

Cette solitude a un usage très concret. Ce cimetière a déjà accueilli 250 à 300 engins spatiaux en fin de vie, selon les chiffres avancés par le Bureau des débris spatiaux de l’ESA. Le résident le plus célèbre reste incontestablement la station russe Mir.

Le gisant le plus célèbre est sans doute la station Mir, qui s’est écrasée dans le Pacifique en 2001, dont seulement 20 à 25 des 143 tonnes ont survécu à la chute selon la Nasa. Le reste s’est disloqué en vol avant de rejoindre le fond marin. Depuis, d’autres engins l’ont rejointe : la station chinoise Tiangong-1 en 2018, plusieurs cargos européens comme le Jules Verne de l’Agence spatiale européenne, et selon certaines estimations une bonne centaine de vaisseaux de ravitaillement russes Progress.

Chaque rentrée obéit à la même logique. Freiner l’engin, viser large, laisser l’atmosphère faire le travail de destruction avant que les débris restants ne finissent leur course dans l’eau.

Un spécialiste de l’Agence spatiale européenne, Stijn Lemmens, résume l’intérêt de la zone en expliquant que le point Nemo se situe au large de l’Antarctique, de la Nouvelle-Zélande, des îles Pitcairn et du Chili, loin de toute route maritime fréquentée. L’astronome Florent Deleflie, de l’Observatoire de Paris, précise d’ailleurs qu’il s’agit moins d’un point que d’une vaste zone, ce qui la rend particulièrement adaptée à ce type d’opération.

La prochaine grande arrivée : l’ISS

La Station spatiale internationale n’échappera pas à la règle. Sa fin de mission est prévue pour le début des années 2030, avec une désorbitation contrôlée qui la conduira vers le même point du Pacifique Sud que ses devancières.

L’engin est autrement plus massif que Mir. L’imposant vaisseau pèse 420 tonnes, quatre fois plus que Mir, ce qui pose de nouveaux défis techniques aux ingénieurs chargés de planifier sa chute. Une partie de la structure se consumera dans l’atmosphère, mais les segments les plus denses, comme certaines poutres, devraient atteindre l’océan.

Les agences spatiales continuent d’ailleurs de perfectionner leurs méthodes de rentrée ciblée. L’ESA a par exemple mené en 2024 la première rentrée contrôlée de précision de sa mission Cluster, en ajustant l’orbite du satellite pour maîtriser au mieux le lieu exact de sa désintégration au-dessus du point Nemo. Une manière de rassurer sur la sécurité de l’opération, avant l’arrivée bien plus spectaculaire de l’ISS.

Le point Nemo n’est donc pas près de se vider. Chaque décennie qui passe y ajoute son lot de ferraille, invisible sous des milliers de mètres d’eau, loin de tout regard.

Sources : dailygeekshow.com | franceinfo.fr

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