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Vous procrastinez au travail et êtes débordé à la maison : ce signe discret peut révéler un TDAH adulte non diagnostiqué

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Quand on évoque le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, on pense généralement à un petit garçon en échec scolaire, incapable de rester assis et qui chamboule l'organisation de la classe.

Le TDAH a en effet longtemps été considéré comme un trait de l'enfance, touchant majoritairement les garçons. En réalité, il concerne autant les filles que les garçons, et dans un cas sur deux, il persiste à l'âge adulte. Ainsi, dans la population adulte, 2 à 4 % des personnes seraient concernées par le TDAH.

De difficultés d’organisation

Selon le professeur Nader Perroud, « le TDAH se manifeste tout au long de la vie. Durant l'enfance, il va s'exprimer plus ou moins intensément selon l'environnement dans lequel on évolue. Si cet environnement [notamment parental] est favorable et concilient, ce trouble peut être discret. Mais une fois adulte, si la personne se retrouve dans un environnement où elle doit se débrouiller seule, elle n'est plus capable de le faire. En fait, le trouble existait avant, mais il ne s'exprimait pas, ne l'handicapait pas. »

 les chercheurs appellent à la vigilance. © Andreswd, iStock

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L'exemple typique, selon lui, c'est l'adolescent qui quitte le domicile familial pour faire ses études : du jour au lendemain, il va devoir ranger son appartement lui-même, faire ses courses, payer ses factures... et se rendre compte qu'il n'y parvient pas. Le TDAH se traduit en effet chez l'adulte par de grandes difficultés à planifier et organiser le quotidien. On vit dans le désordre, on perd ses objets (portefeuille, clés, lunettes...), on est en retard aux rendez-vous, on ne parvient pas à atteindre ses objectifs... et on finit épuisé, stressé et complètement déboussolé.

Le saviez-vous ?

Chez l’adulte, il existe globalement trois grandes formes de TDAH :

  • la forme « hyperactive/impulsive » : prédominance d’une agitation intériorisée (pensées qui se bousculent, besoin constant d’être occupé, difficultés à se détendre…), fort besoin d’activité, impulsivité surtout verbale (on parle sans réfléchir, on interrompt les autres…), conduites à risque (on dépense sans compter, on conduit de manière imprudente…), etc. ;
  • la forme avec « inattention prédominante » : difficultés à se concentrer, attention fluctuante, distractibilité, esprit qui vagabonde… associées à des oublis fréquents, des erreurs d’inattention, une procrastination, des difficultés à gérer son temps, etc. ;
  • la forme « combinée » (hyperactivité/impulsivité + difficultés attentionnelles) qui est la plus fréquente.

Dans ces trois formes, il existe aussi souvent une dérégulation émotionnelle (irritabilité, changements d’humeur, forte émotivité…), une baisse de l’estime de soi associée à des conflits relationnels et des difficultés conjugales, des troubles du sommeil, des addictions (à la nourriture, aux vidéos, aux séries…), etc.

« Mes amis me charrient parce qu'ils pensent que je me la joue ministre, mais j'ai un agenda dans lequel je note tout pour ne rien oublier, raconte Awa, une infirmière anesthésiste de 40 ans qui a appris qu'elle avait un TDAH il y a seulement deux ans. Je fais aussi énormément de rangement pour éviter de perdre mes objets. »

Diagnostiquée à 38 ans, Awa sensibilise au TDAH. © AJ+français, YouTube

Procrastination et haine de l'ennui, deux traits majeurs du TDAH chez l’adulte

On retrouve aussi, chez les adultes qui ont un TDAH, une forte tendance à la procrastination - un des symptômes les plus prépondérants - ainsi qu'une tendance à ne pas supporter l'ennui. « Je venais d'être titularisée comme prof de math en collège quand j'ai fait mon premier burn-out, se souvient Noémie, 37 ans, qui a été diagnostiquée en 2023. Mon métier ne m'intéressait pas. Je m’ennuyais, les minutes étaient interminables... À la maison, j'étais excessivement agressive, je ne supportais pas la moindre contradiction. J'avais accumulé 3 mois de retard sur la correction de mes copies, j'étais dépassée, débordée... alors que je n'avais même pas d'enfant ! »

C'est sa mise en arrêt maladie et l'arrivée de son diagnostic qui lui ont permis de prendre conscience de son fonctionnement atypique. « A posteriori, je me suis rendu compte que je vrillais quand je m'ennuyais. J'étais au dehors de moi en permanence, mon attention était complètement dispersée. La moindre stimulation engendrait des pensées qui m'embarquaient ailleurs, parfois même très loin. »

© Gorodenkoff, iStock

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Elle se souvient que ses troubles se sont exprimés à partir de l'âge de 10 ans. « J'étais en mode pilote automatique. Pour compenser le fait que je partais dans tous les sens, j'avais complètement aseptisé ma chambre : rien sur les murs, aucun objet dans la pièce, juste mon ordinateur... J'avais supprimé toutes les sources de distraction pour continuer à être une bonne élève, même si, en sixième, je travaillais quatre heures par jour pour compenser ! Je me souviens aussi que, quand je rédigeais ma thèse en astrophysique, dont le sujet ne m'intéressait pas, je m'ennuyais terriblement, je n'arrivais pas ni à lire ni à écrire, je me sentais complètement déprimée. »

Le travail, source de structuration, mais aussi potentiel lieu de conflit

La structuration des journées est un facteur qui aide également énormément à contenir les difficultés. Lorsqu'une personne TDAH prend sa retraite par exemple, les contraintes professionnelles (se lever et partir au travail à heures fixes, faire ses courses en rentrant, s'occuper des devoirs...) disparaissent du jour au lendemain. Sans compter qu'à cet âge, les enfants ont généralement quitté le domicile, ce qui laisse aussi un grand vide. C'est à ce moment-là que tout devient difficile pour une personne touchée par le TDAH, avec un risque majoré de troubles anxieux, de dépression ou d'addiction.

C'est aussi parfois dans le cadre professionnel que le TDAH peut poser des problèmes. Awa en fait régulièrement les frais ! « Mon principal problème, c'est l'impulsivité. Mon cerveau ne freine pas correctement et je peux me montrer très désinhibée, explique la jeune femme. Je suis obligée de réfléchir trois fois avant de parler, de me retenir. Mais il y a toujours un moment où ça doit sortir ! »

C'est avec ses collègues et ses supérieurs que son TDAH se révèle le plus compliqué à gérer. « Je manque de filtres, je dis tout ce que je pense, je coupe la parole ; du coup on me rétorque que suis mal-éduquée, que je ne sais pas suivre les protocoles, que ‟ça ne se fait pas" de se comporter comme ça. On me reproche de ne pas mettre les formes, de ne pas faire d'effort, de ‟m'en foutre"... Heureusement, avec mes patients et leurs familles, je n'ai aucun problème, et pour moi c'est essentiel. Mais depuis que je sais que j'ai un TDAH et que j'ai informé mes collègues, certaines personnes ont mieux compris. Mais les relations restent encore souvent compliquées. »

Une vie de couple qui s’apparente parfois à un parcours du combattant

Le tempérament des personnes ayant un TDAH peut également générer des difficultés dans la vie de couple. Si le trouble est bien contrôlé, avec le bon traitement médicamenteux et le bon accompagnement, la vie commune peut se dérouler sans heurts. Mais quand l'intensité du TDAH est élevée, c'est beaucoup plus compliqué !

Pour François, qui a été diagnostiqué il y a un an, et sa compagne Amandine, la vie quotidienne est en effet loin d'être reposante. Entre le manque d'attention et d'écoute de François, qui génère quiproquos et problèmes de communication, ses oublis à répétition (il a réussi un jour à oublier son bébé au supermarché !), le fait qu'il coupe souvent la parole, rencontre des difficultés à prioriser et à anticiper, etc., la charge mentale d'Amandine est énorme. De plus, François est souvent anxieux (de l'avenir, d'aller au boulot...) et a beaucoup de mal à se « poser » et à être dans le présent, ce qui ne fait rien pour arranger les choses. 

Si le diagnostic leur a permis de mieux se comprendre mutuellement et surtout d'accéder à un traitement qui permet à François d'être plus calme physiquement, plus agréable à vivre et plus posé, certains traits persistent : le besoin d'entreprendre de nombreuses choses (multitasking) tout en refusant de s'occuper des choses qui l'ennuient.

Désorganisation, besoin permanent d’action, procrastination, difficultés à laisser parler les autres… Un TDAH peut rendre la vie quotidienne parfois très compliquée. © simona, Adobe Stock

Un traitement pour alléger les efforts de compensation

Si de nombreux adultes touchés par le TDAH semblent fonctionner plutôt bien, au travail comme en couple ou en famille, c'est souvent au prix d'efforts de compensation épuisants. Relire plusieurs fois les documents, travailler davantage pour obtenir les mêmes résultats, multiplier les « to-do lists », les Post-its de rappel et les stratégies d'organisation, lutter en permanence contre les sources de distraction et la fatigue mentale souvent intense, c'est physiquement et psychiquement épuisant et ça peut durablement fragiliser, avec un risque de burn-out et de dépression bien réel.

C'est pour soulager les tensions et diminuer les efforts à effectuer pour compenser - et ainsi éviter les burn-out ou la dépression - que les traitements à base de méthylphénidate (Ritaline) peuvent se révéler indispensables. En inhibant la recapture de la dopamine, ce traitement permet une amélioration de la circulation de l'information dans le cerveau, et donc de l'attention et la vigilance.

« Le traitement a eu un effet incroyable sur moi, explique Noémie. Pour la première fois de ma vie, j'étais ici et maintenant. Ça m'a ramenée dans mon corps. Je me suis posée sur une chaise et j'ai pu observer la montagne devant moi, leurs couleurs, tout était précis. J'ai même gagné des dioptries, un miracle ! Maintenant, je l'utilise ponctuellement, quand par exemple je sais que je vais devoir rester longtemps assise. »

Pour Awa, le traitement lui permet de continuer à fonctionner quand elle sent qu'elle ne parviendra pas à faire face à son environnement professionnel. « Les jours où je sens que je ne vais pas avoir la force de m'ajuster et de me censurer, que je n'ai pas envie de me sentir frustrée, ou de systématiquement réfléchir trois fois avant de m'exprimer, en prenant le risque que ça explose à un moment donné, je prends mon traitement, ça me permet d'avoir davantage de filtres, et de moins répondre du tac au tac. Ça me permet de compenser la grande fatigue liée à ma colère et à ma grande désinhibition. Avec le traitement, j'ai moins cette impression de censure et de frustration. Je me sens tout de suite plus calme, et mes collègues le remarquent. Ils acceptent mieux, parce qu'ils voient que je fais des efforts. »

Mais la jeune femme tient à préciser que son TDAH lui donne surtout des ailes. « Cette année, j'ai passé deux diplômes universitaires, dont un où j'ai été major, et j'ai écrit un livre pour enfant. En parallèle de mon métier d'infirmière, je suis coach en roller artistique, sport que j'ai pratiqué dix ans quand j'étais enfant et qui - avec l'écriture - m'a servi de véritable exutoire pour m'exprimer et me canaliser. Je fais aussi du mannequinat. Ma capacité à réfléchir vite me permet de prendre des décisions rapidement et à oser me lancer. Et le fait de pouvoir évoluer dans des environnements différents montre que, malgré mon TDAH - ou peut-être grâce à lui -, je peux m'adapter à des situations très variées. Je voudrais rassurer les parents : si leur enfant a un TDAH, rien n'est impossible, au contraire, ça peut être un vrai moteur !  »  

Merci à Hypersupers TDAH France pour son aide dans la réalisation de cet article. Cette association française aide les familles, les adultes et les enfants concernés par le trouble du déficit de l'attention/hyperactivité.

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