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Voici l'étonnant phénomène océanique observé par la Nasa depuis l'espace au large de la côte est américaine

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Quelque chose semble envahir les eaux de l'Atlantique au large du nord-est américain. Depuis le mois d'avril, des panaches verdâtres serpentent dans les zones peu profondes du Mid-Atlantic Bight, cette portion de littoral qui s'étend du Massachusetts à la Caroline du Nord. Sur les images satellites de la Nasa, ces motifs bleu-vert évoquent une fumée colorée se diluant dans les baies du Delaware et de Chesapeake. Loin d'être un mystère inquiétant, le phénomène illustre un mécanisme naturel que les scientifiques peinent depuis longtemps à décrypter dans ces eaux côtières.

Des eaux dites « bruitées »

Ces régions sont réputées pour leur discoloration. Les spécialistes de la télédétection qualifient ces environnements de « bruités », car les fleuves y déversent sédiments et particules microscopiques charriés depuis les terres. Ce mélange brouille la lecture des images.

Le satellite Swot, ici en vue d’artiste, fournit aux scientifiques des données cruciales, entre autres, sur la topographie des océans. © Nasa

« Avec le satellite Swot, nous avons révolutionné l’océanographie »

Il y a des missions orientées vers l’espace. C’est le cas du très médiatique télescope James-Webb. Et puis, il y a les satellites d’observation de la Terre. Souvent plus discrets. Mais qui promettent tout autant de découvertes. Swot est de ceux-là. Les chercheurs s’attendent à ce qu’il révolutionne le regard que nous portons sur l’océan.... Lire la suite

Réchauffées par le retour des beaux jours, ces eaux voient la matière organique se combiner et nourrir des proliférations périodiques de phytoplancton, à l'origine des superbes volutes vertes et bleues observées depuis l'orbite. Comme l'explique Adam Voiland, de l'Earth Observatory de la Nasa, ce brassage crée une complexité optique qui a longtemps compliqué la tâche des chercheurs pour distinguer et classer ces efflorescences dans les zones côtières peu profondes, par rapport aux eaux plus sombres et uniformes du large.

De récentes images satellites montrent des tourbillons se diluant dans les eaux océaniques au large de la côte nord-est des États-Unis. © LaserLens, iStock

Une mission dédiée à la couleur des océans

Pour mieux cerner ces conditions, l'agence spatiale américaine s'appuie sur plusieurs missions. La principale, baptisée PACE, pour Plankton, Aerosol, Cloud, Ocean Ecosystem, a été lancée en 2024. Elle collecte des données sur la chimie et l'écologie des océans en observant leur couleur à l'échelle mondiale, livrant des informations précieuses sur le cycle du carbone et sur les facteurs qui influencent l'ampleur et la durée des efflorescences.

Vue d'artiste du satellite d'altimétrie Swot, dont les données ont permis de construire une nouvelle carte du fond océanique. © Cnes, Mira Productions

Les données de PACE sont complétées par celles d'autres satellites, comme Aqua et Terra, qui ont tous contribué à documenter ces traînées iridescentes apparues début avril.

Diatomées et coccolithophores, peintres de l'océan

Les scientifiques pointent d'abord les diatomées, une variété de phytoplancton qui connaît de brusques poussées de croissance au printemps. En cause, le ruissellement des rivières, souvent alimenté par la fonte des neiges en altitude, conjugué à l'allongement des journées et à divers facteurs environnementaux.

Selon Anna Windle, chercheuse au Goddard Space Flight Center, les diatomées dominent généralement les efflorescences en début de printemps, mais des signes laissent deviner la présence de coccolithophores. Les données de PACE et la cartographie de la chlorophylle ont confirmé que ces récents verts et bleus proviennent bien de proliférations de phytoplancton.

La relève de l'altimétrie satellite des océans sera assurée l'année prochaine par Sentinel 6B. La Maison Blanche maintient son engagement à couvrir les frais du lancement. © Copernicus, Nasa

Océans : pourquoi l’altimétrie spatiale échappe à la menace Trump

C’est une série de missions spatiales bien méconnue, pourtant l’altimétrie des fonds marins par satellite est une science cruciale dans la compréhension des océans. Née d’une forte relation franco-américaine, l’altimétrie spatiale échappe à la terrible coupe du budget de la Nasa par l’administration Trump.... Lire la suite

Parfois brunes ou indiscernables au niveau de la mer, les diatomées arborent à cette période des teintes vert et bleu éclatantes sur les clichés satellites. Les coccolithophores, eux, produisent plutôt cette coloration turquoise observée ces dernières semaines. Ces organismes microscopiques, semblables à des plantes, peuplent les couches supérieures de l'océan et possèdent une enveloppe épaisse et écailleuse, très réfléchissante, qui leur donne cet éclat iridescent visible jusqu'à la surface. Ils jouent par ailleurs un rôle majeur dans les cycles biogéochimiques marins, les scientifiques leur attribuant jusqu'à la moitié de la précipitation de carbonate de calcium dans nos océans.

Dans les semaines à venir, ces eaux devraient retrouver leur couleur habituelle, à moins qu'un nouvel apport de nutriments, charrié par une tempête ou un autre événement, ne vienne raviver le festin de ces organismes invisibles.

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