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En contrepoint de l’exposition à la Fondation Vuitton, un beau documentaire diffusé sur Arte revient sur la vie de ce collectionneur et artiste hors norme.
De jolis dessins dans le style des fusains d’un Toulouse-Lautrec ou du jeune Bonnard s’animent dans ce documentaire signé Nadège de Peganow. Il conte la vie de Gustave Fayet (1865-1925). L’action et l’œuvre de ce collectionneur d’art doublé d’un artiste protéiforme sont également révélées en grand en ce moment au travers d’une exposition éblouissante montée à la Fondation Vuitton, dans le bois de Boulogne. Fayet ? Ce Pagnol à canotier, moustaches en guidon de vélo ou barbe de Zeus, paraît sympathique sur les images d’archives. Il fut un artiste sage, de ceux qui prônent l’art total pour qui entend vivre heureux.
Issu d’une lignée de vignerons bien établie du côté de Béziers, ce père de trois filles a passé le plus clair de son temps à cultiver ses ceps, ses affaires, ses créations et sa collection. Cette dernière a été si importante qu’il faut le compter parmi les principales chevilles ouvrières de la modernité. Songez : sont passées entre ses mains quelque 750 pièces, dont 200 tableaux, feuilles, céramiques ou bois sculptés de Paul Gauguin. Des lettres prouvent que sans ce soutien l’auteur de D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? n’aurait pas eu de quoi vivre en Polynésie. Ou encore : Fayet a eu près de 90 travaux de l’ami et mentor Odilon Redon, maître symboliste surnommé dès son vivant « le Prince du rêve ».
Des Degas de l’ultime période
Son premier coup d’éclat ? L’achat, au tournant du XXe siècle, effectué d’un coup, de 40 œuvres impressionnistes. Des merveilles signées Monet, Sisley, Renoir ou Pissarro. Cet ensemble, Fayet va en jouer, troquant pour mieux encore. Gagnent ses murs quelques rares Manet, des Degas de l’ultime période, des Cézanne parmi les plus radicaux. Mais encore à peu près tous les grands noms du postimpressionnisme. Tant dans le Sud qu’à Paris, les différentes demeures des Fayet scintillent de beautés nouvelles. Les amateurs, comme Jeanne Lanvin, Paul Poiret, Jacques Doucet et des dizaines d’autres esprits parmi les plus affûtés, dont les jeunes Matisse et Picasso, s’y précipitent pour les découvrir les yeux écarquillés.
Par exemple, Fayet a très tôt recherché des Van Gogh. Ses fiches d’inventaire en mentionnent seize, parmi lesquelles le mythique Autoportrait à l’oreille bandée. Comment expliquer tant d’audace dans les choix ? Pour Fayet, résume la voix off, « acquérir de l’art n’était pas posséder, mais révéler, défendre, transmettre ». On est donc loin avec lui du vulgaire spéculateur en art.
Côté plasticien, Fayet réalise des paysages maritimes, des motifs floraux, quelques portraits ésotériques. Côté pratique, face aux ravages du phylloxéra, il a diversifié ses investissements, créant ici un atelier de céramiques Art nouveau, là une manufacture de tapis. Ses illustrations de Mireille, l’hymne provençal de Mistral, il les fait éditer avec succès. Pareillement, il décline en papiers peints les motifs furieusement nabis nés de ses innombrables aquarelles sur papier buvard.
Mais le grand œuvre est l’acquisition en 1908, avec ses 900 hectares, de l’abbaye de Fontfroide, près de Narbonne. Ensuite, lorsqu’il fallait payer une toiture, quelques Gauguin étaient vendus. Reste que Fayet a réalisé là son utopie, dotant de fers forgés, de vitraux et de décors muraux contemporains ces austères murs cisterciens. Parmi ces commandes, l’ami Redon a laissé dans la bibliothèque trois immenses peintures La Nuit, Le Jour et Le Silence, son chef-d’œuvre testamentaire. Aujourd’hui encore, cette manière d’abbaye de Thélème au milieu des vignes ne lasse pas de séduire. Et ce n’est pas la moindre des qualités de ce documentaire que de nous la faire visiter.


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