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Des scientifiques de l'Université de l'Alberta se lancent dans une mission cruciale : mesurer la quantité de carbone relâchée dans l'atmosphère par le dégel du pergélisol. Les données doivent permettre de mieux saisir, et peut-être d'enrayer, l'accélération du réchauffement climatique provoquée par ce dégel.
Cette initiative canadienne s'inscrit dans le cadre d'un effort international pour comprendre à quel endroit le dégel du pergélisol est susceptible d'être le plus rapide.
Outre les chercheurs albertains, les autres proviennent du Northwest Territories Geological Survey, de l'Aurora Research Institute, à Yellowknife, et de l'Université de l'Alaska Fairbanks.
Le but de cette recherche est de nous donner une idée d'où nous en sommes, explique Suzanne Tank, professeure en sciences biologiques à l'Université de l'Alberta.
L'initiative vise aussi à dresser un état des lieux clair des émissions actuelles de carbone.
Élargir et quantifier
Selon un chercheur ayant participé à une étude internationale de 2022 sur le pergélisol et le changement climatique, le dégel pourrait libérer dans l'atmosphère une quantité de gaz à effet de serre équivalente à celle émise par un grand pays industrialisé d'ici la fin du siècle.
Les équipes internationales entendent identifier les zones où le dégel sera le plus rapide et mesurer avec précision les émissions de dioxyde de carbone.
Il y a eu des études qui ont examiné cela à des échelles relativement petites, indique Suzanne Tank, qui est également titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biogéochimie terre-océan.
Cette capacité... à extrapoler et à comprendre comment l'Arctique change dans son ensemble, c'est... c'est un grand défi, n'est-ce pas ? Et donc [cela] nécessite cette approche interdisciplinaire.
Près de la moitié du Canada est couverte de pergélisol, qui reste gelé pendant des années.
Le pergélisol sert de fondation à de nombreuses infrastructures dans le Nord, comme les maisons et les routes.
Le sol et la glace emprisonnent également des milliers d'années de micro-organismes et de carbone. Avec le dégel du pergélisol, ce carbone est libéré, alimentant ainsi le changement climatique. Cependant, la quantité exacte de carbone relâchée demeure incertaine.
Un financement conséquent
L'équipe de l'Université de l'Alberta a obtenu un financement d'un million de dollars deSchmidt Sciences, une organisation à but non lucratif. Ce montant s'inscrit dans un effort international plus vaste de 45 millions de dollars soutenu par Schmidt Sciences.
Le travail de terrain au Canada se concentrera sur les paysages de pergélisol dans et autour du delta du Mackenzie, la vallée centrale du Mackenzie, Fort Simpson, Norman Wells et Yellowknife.
En plus des chercheurs albertains, les autres proviennent du Northwest Territories Geological Survey, de l'Aurora Research Institute, à Yellowknife, et de l'Université de l'Alaska Fairbanks.
Nous nous intéressons principalement à la représentation des caractéristiques du pergélisol par la cartographie , souligne Steve Kokelj, le scientifique principal, spécialiste du pergélisol au Northwest Territories Geological Survey.
Et l'autre façon dont nous le faisons également, c'est que nous suivons l'évolution de ces différents environnements par des levés répétés de la façon dont le paysage change.
Steve Kokelj a déclaré que des travaux de drone seront effectués pour suivre de grandes zones afin d'avoir une idée plus large des changements sur le territoire.
Le pergélisol est la partie du sol ou du sous-sol gelée tout au long de l'année, dans les régions polaires et en haute altitude.
Approche collaborative
Les chercheurs soulignent également la nécessité de travailler avec les communautés du Nord, étant donné que les impacts du dégel du pergélisol et du changement climatique sont ressentis le plus fortement par ces populations.
D’ailleurs, le travail est effectué en partenariat avec des organisations autochtones et des utilisateurs du territoire.
Nous dépendons beaucoup du travail avec les gens des communautés, dit Steve Kokelj.
Il affirme souhaiter qu'il y ait une relation réciproque permettant aux communautés d'accéder aux données pour aider à éclairer leur mode de vie et à atténuer les impacts croissants du dégel du pergélisol.
Les résidents des communautés qui vivent sur le pergélisol disent qu'ils observent les changements depuis des décennies.
Robert Charlie-Tetlichi, président du conseil d'administration et chef de la bande autochtone d'Inuvik, située dans les Territoires du Nord-Ouest, a déclaré que des incidents, comme une maison qui a basculé en 2009 en raison du pergélisol qui a cédé soudainement, ont mis en évidence l'une des nombreuses façons dont le changement climatique a affecté la communauté.
Mais nous savions, avant même cela, qu'il y avait des chasseurs et des trappeurs qui disaient qu'ils remarquaient des changements sur le territoire, poursuit Robert Charlie-Tetlichi.
Depuis lors, la fonte augmente. Nous voyons beaucoup d'impacts climatiques différents qui affectent les gens qui vivent dans cette région, et globalement.
D'autres infrastructures comme les autoroutes sont également touchées par la fonte du pergélisol, soutient-il.
Les données de la recherche seront utilisées dans le cadre du budget carbone (Global Carbon Budget), un outil scientifique utilisé par les gouvernements pour fixer des cibles de réduction d’émissions de gaz à effet de serre.
Avec les informations de Mrinali Anchan


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