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«Une société sans fiction est une société malade», estime Marie Kremer au festival de la fiction de La Rochelle

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ENTRETIEN - Présidente du jury de la compétition francophone de la 27e édition du festival, la comédienne et scénariste rappelle l’importance de la fiction dans un contexte vecteur de nombreuses interrogations.

Révélée au grand public dans la grande saga historique sur l’Occupation de France 3, Un village français, cocréée par Frédéric Krivine, applaudie l’année dernière pour sa participation à l’écriture de L’Affaire Laura Stern, sur les violences faites aux femmes, prix de la meilleure série dramatique au festival de la fiction de La Rochelle 2025, Marie Kremer appartient à cette catégorie d’artistes qui ne font pas de vague.

À 44 ans, elle dessine peu à peu sa trajectoire, entre cinéma, écriture, télévision, engagement et parentalité. toujours à La Rochelle, elle est cette année la présidente du jury de la compétition francophone. Une première pour elle, si discrète lors de la cérémonie d’ouverture, sur la scène de La Coursive, mais si généreuse dans sa manière de parler de la fiction.

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LE FIGARO-TV MAGAZINE. - Vous sembliez mal à l’aise, sur scène, le soir de la cérémonie d’ouverture. Est-ce par timidité ou est-ce une posture ?
Marie KREMER. - Je suis désolée… Ce n’est pas du tout une posture. J’espère simplement que je n’avais pas l’air bête. Je savais ce que je voulais dire et n’est sorti que : «et voilà». Je voulais dire que je me sentais plus du côté des gens qui créent que du côté du jury, que je me sentais à côté des créateurs et plutôt dans la salle que sur scène et que je participerai au jury de cette manière-là. Avec cette pensée-là. Je ne me sens absolument pas jury de quoi que ce soit. Après, c’est une reconnaissance, un honneur. Peut-être la continuité du prix que nous avons reçu pour L’Affaire Laura Stern, l’année passée. Mais depuis que j’écris, je ne me suis jamais sentie aussi près des créateurs et des gens qui font. Et si je juge quoi que ce soit, c’est en ayant à l’esprit que c’est déjà fou qu’un projet existe. Parce ce que je sais maintenant à quel point c’est dur de le faire exister. Il faut donc déjà célébrer le fait qu’il existe. Tout ça pour dire que non, ce n’est pas une posture d’humilité. C’est juste que je ne suis à l’aise sur scène que quand je joue. Et que j’ai conscience de la tâche qui m’incombe.

Que représente ce festival de La Rochelle pour vous ? 
Le tout début de ma carrière. J’ai d’abord fait beaucoup de cinéma. J’ai eu tellement de chance. J’ai joué avec Claude Rich, avec Michel Piccoli. Costa-Gavras a été mon mentor. Il est devenu ma famille, longtemps. Ce sont des gens qui m’ont portée au début. Je ne me rendais pas compte. Je n’avais pas cette culture-là. Mon père est architecte. Ma mère fait des maths. J’ai grandi en Belgique. Et j’ai fait beaucoup de théâtre avant d’être happée par le cinéma, puis par la télévision avec, d’abord, Une fille de ferme, de Maupassant, dans cette très belle collection de France 2, puis avec un unitaire fabriqué en Belgique en quinze jours et grâce auquel nous avons eu un prix du meilleur unitaire, ici, et avec Un Village français. La Rochelle, c’est tout ça pour moi. Sans compter qu’ils m’ont toujours respectée, soutenue. Les comédiens apparaissent puis disparaissent pendant longtemps parfois. Il n’y a jamais eu de jugement sur ça. Ils sont toujours là et contents qu’on le soit. Je remercie Pauline Hertault (la directrice du festival, NDLR.) pour cela.

Laura Stern est l’exemple même d’une fiction qui sert

Marie Kremer

Peut-on revenir un instant sur L’Affaire Laura Stern ? La minisérie a-t-elle connu le rayonnement que vous lui souhaitiez ?
L’affaire Laura Stern, c’est… Tout à coup je ne suis plus actrice et c’est un sujet qui m’est nécessaire. Je le fais, mais je ne le dis pas avant que ça existe. Et Pauline Hertault m’appelle… Et elle est là, presque dans l’ombre, et me soutient. Comme elle soutient toutes les femmes qui tentent de se faire une place dans le paysage audiovisuel. Il y avait d’ailleurs beaucoup de femmes sur scène, lors de l’ouverture. Et c’est bien. Ça avance. Il faudrait que cela avance partout de la même manière, dans notre métier, dans les autres et dans la vie en général. Il y a des femmes magnifiques. Il y en a depuis longtemps, en fait. Depuis toujours, même. On a tellement besoin de ça. Et L’Affaire Laura Stern n’est qu’un tout petit caillou dans un océan de choses à faire. C’est un outil. La fiction sert à parler de la vie et de la société. Une société sans fiction, sans livre, sans art, c’est une société malade. La fiction sert à déclencher la conversation. J’espère de tout cœur que ces fictions particulières vivent le plus longtemps possible de sorte à lancer le plus de conversations possibles. Dans des cercles de femmes, dans des écoles… Plus que jamais dans le contexte actuel où certaines personnes disent que les artistes, les arts, la fiction, ça ne sert à rien. Laura Stern est l’exemple même d’une fiction qui sert. N’était-ce à libérer la parole.

Vous parlez du contexte politique et de la présidentielle à venir ?
On est en fait tous très inquiets pour la culture. Le climat actuel me fait peur par rapport à la liberté de sujet. Par rapport à la nécessité que la fiction existe, que le service public existe et que l’on puisse, comme avec Laura Stern, continuer d’aborder des questions de société aussi nécessaires que les violences faites aux femmes en poussant les curseurs suffisamment loin pour les publics voient et entendent. Laura Stern tue pour provoquer un débat de société. Pour que le spectateur se retrouve dans une zone de gris suffisamment inconfortable pour qu’il se pose la question de ce qu’il aurait fait à sa place. Ce sont ces fictions-là qui m’intéressent aujourd’hui. Mon métier, aujourd’hui, c’est de faire des fictions comme celle-là. On ne peut pas attaquer les femmes de cette façon. On ne peut pas toucher aux enfants de cette façon. Alors moi j’en parle. Je fais des recherches. Je les transforme en fiction. Afin que tous ensemble on se pose des questions.

Et justement, quelle suite pour vous ? 
Je ne sais pas si je dois être honnête. Je voudrais pouvoir vous dire que c’est super. Que tout va bien. J’ai presque 45 ans. Je sais que ces carrières sont irrégulières. Que ces métiers sont difficiles. On travaille parfois des années sans que personne le sache. Je me sens plus fragile que quand j’avais dix-huit mais en même temps beaucoup plus forte car ce qui m’importe désormais c’est la vie. Les enfants que j’élève. Le monde dans lequel on vit. Alors j’ai envie de réaliser, d’écrire, de jouer, de retourner à la fac, de travailler sur l’enfance. J’écoute le juge Durand. Je rêve de travailler avec lui. Mais je sais que c’est de plus en plus compliqué. Je suis bien entourée.

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