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«À Marseille, on a fermé les yeux face au trafic de drogue», affirme Vincent Hérissé, réalisateur de Narcorama

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ENTRETIEN - Le réalisateur de Narcorama, il était une fois une histoire de Marseille tente, à travers six épisodes, de comprendre la prégnance des liens entre le narcotrafic et la cité phocéenne, jusqu’à arriver à la situation préoccupante d’aujourd’hui.

De notre correspondante à Marseille,

49 morts. 118 blessés. Alors que 2023 s’achève, le procureur de la République de Marseille Nicolas Bessone fait les comptes, et ils sont inquiétants. L’année 2023 est la plus meurtrière à Marseille en matière de narcobanditisme. Comment la deuxième ville de France est devenue le théâtre d’affrontements d’une grande violence liée au narcotrafic ? Et surtout, comment le trafic de drogue a prospéré au point d’en arriver à cette extrémité ? Dans une série documentaire de six épisodes disponibles depuis le 18 septembre sur la plateforme France.tv, Vincent Hérissé se plonge dans le passé sombre de Marseille dont l’histoire semble, au gré des décennies, avoir toujours été ponctuée par le trafic de drogue et ses guerres. Des Corses du Panier aux narchomidicides d’aujourd’hui, de la French Connection au règne du cannabis… Entretien avec le réalisateur Vincent Hérissé sur l’emprise qu’exerce la drogue sur la ville de Marseille.

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LE FIGARO. - Pourquoi ce titre de Narcorama
Vincent HÉRISSÉ. - Le titre s’est imposé assez tôt dans la série car il correspondait bien à l’idée originelle de faire un panorama large de l’histoire de Marseille à travers le prisme de la drogue. La naissance de la série part d’une question simple : comment en est-on arrivé là ? Et quand on remonte le temps, on se rend compte que ce qui passe aujourd’hui dans le trafic de drogue remonte à très loin. Le mode de trafic et le produit ont changé. Mais il y a une sorte de continuité. La drogue n’a jamais quitté Marseille depuis le début du XXe siècle.

Tout a commencé par l’opium… 
Effectivement, puis ça a très vite basculé vers l’héroïne que le marché était émergent. Au moment de la French Connection, le trafic s’est développé en toute impunité parce que les jeunes qui mourraient étaient des Américains. Mais l’argent était ici. Dans le documentaire, je trouve ça intéressant que des magistrats et des policiers racontent que cette question n’intéressait pas politiquement. Ça ne touche pas la France donc on s’en fiche. Mais, lorsque Marseille est touchée par l’épidémie d’héroïne, arrive également d’un seul coup, une loi répressive.

Est-ce là un des points de bascule ? 
L’attention politique, policière et médiatique a démarré sur les morts. Quand arrivent en France les premiers morts liés à l’héroïne, on se rend compte que dès qu’il y a eu des moyens, on a démantelé en quatre ans les principaux réseaux. Il y a eu un petit manque de volonté politique et judiciaire et on a l’impression de revivre ça de nos jours.

Aujourd’hui, entendre des politiques culpabiliser les consommateurs avec des formules à l’emporte-pièce, je trouve cela un minimum un peu gonflé quand on sait la tolérance qu’il y a eue face au trafic de cannabis. Une magistrate dans le documentaire indique que ce trafic a été volontairement sous-estimé. L’appréciation est dans les termes. Politiquement, ce n’était pas rentable d’aller chambouler tout ça au nom d’une sorte de stabilité sociale. À Marseille, on a fermé les yeux face au trafic de drogue, dans un mélange d’aveuglement et de laisser faire.

Certaines personnes ont peur de nous parler et ne veulent pas témoigner

Vincent Hérissé

La période actuelle est marquée par une grande violence liée au narcotrafic. Est-ce nouveau ? 
J’ai démarré cette enquête au paroxysme de la violence liée au narcotrafic à Marseille, en 2023. Mais effectivement, au cours des entretiens, l’enquête révèle que dès les années 1980 déjà, on était confronté à une violence à son paroxysme à Marseille avec l’assassinat du juge Michel. Aujourd’hui, on parle de victimes collatérales. Mais quand on regarde dans le passé, avec par exemple la tuerie du bar du Tanagra, il y a eu quatre morts mais seulement une personne visée. En 1986, à un mort près, il y a eu autant de morts à Marseille liés au narcotrafic qu’en 2023. La violence liée au narcotrafic n’est pas nouvelle. Il y a juste eu des recompositions. Aujourd’hui, la drogue est très lucrative, mais elle était déjà l’activité criminelle la plus rentable au moment de la French Connection.

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Vous avez tourné peu de temps avant la mort de Mehdi Kessaci. L’actualité a-t-elle eu une influence sur le tournage ? 
L’actualité nous a télescopés, puisque j’ai interviewé Amine Kessaci et sa maman juste avant l’assassinat de Mehdi. Dans le documentaire, la mère d’Amine Kessaci se dit prête à pardonner aux tueurs présumés de son fils aîné (lors du procès en octobre prochain devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence, NDLR). Mais elle a prononcé cette phrase avant la mort de son autre fils. Pour moi, ça ne remettait pas en cause le témoignage qui portait sur la mort de Brahim Kessaci. Actuellement, nous sommes en tournage d’une seconde saison, qui est plus centrée sur l’actualité. Et il est vrai que, cette fois-ci, certaines personnes ont peur de nous parler et ne veulent pas témoigner.

La série documentaire Narcorama, il était une fois Marseille, réalisée par Vincent Hérissé, est visible sur la plateforme france.tv à partir du 18 septembre.

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