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Une diplomatie amoindrie

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Le premier ministre Mark Carney a de grandes ambitions internationales pour le Canada. Il veut faire du pays une superpuissance énergétique, une puissance diplomatique de premier rang, un point de ralliement pour ceux qui redoutent d’être les victimes collatérales de l’affrontement en cours entre la Chine et les États-Unis. Pour y arriver, il a deux outils à sa disposition : le militaire et la diplomatie. Malheureusement, il favorise l’un au détriment de l’autre.

Le premier budget Carney, déposé en novembre dernier, a tracé les bases de la politique étrangère et de défense du premier ministre fraîchement élu. La sécurité prime la diplomatie. La Défense nationale, dont le budget pour cette année devrait atteindre 62 milliards, obtiendra 20 milliards supplémentaires chaque année d’ici 2030, un saut quantitatif stupéfiant. Pour sa part, Affaires mondiales Canada (la structure qui regroupe les Affaires étrangères, le Commerce international et le Développement international) verra son budget réduit de plusieurs milliards de dollars au cours des prochaines années.

C’est à Davos, en janvier, que le premier ministre a expliqué plus en détail le contexte entourant cette orientation. Il a tracé un portrait sombre de la situation mondiale actuelle et il ne s’est pas montré plus optimiste pour l’avenir. Face à ce constat, le Canada ne peut rester sans réagir. « Nous acceptons pleinement le monde tel qu’il est », a-t-il dit, ce qui amène le Canada à resserrer ses liens militaires avec les Européens et à atteindre les objectifs de l’OTAN en matière de dépenses en la matière.

Sur les plans commercial et diplomatique, Ottawa a conclu un partenariat stratégique avec l’Union européenne et a, au cours des six derniers mois, signé 12 ententes avec des pays sur quatre continents. Le gouvernement négocie présentement des accords de libre-échange avec le Mercosur, l’Association des nations du Sud-Est asiatique, l’Inde, la Thaïlande et les Philippines. Tout cet activisme militaire, diplomatique et commercial se déroule sous la bannière d’une diplomatie que le premier ministre caractérise comme étant « à géométrie variable ».

Carney a raison d’être ambitieux. Il voit juste et large, mais pourquoi donc réduire les ressources consacrées à sa diplomatie, l’instrument même de sa volonté de voir le Canada exister sur la scène internationale ? Selon les estimations financières du gouvernement, le budget d’Affaires mondiales Canada, qui s’élève actuellement à 7,2 milliards, sera réduit de 560 millions cette année, de 747 millions l’an prochain et de 1,1 milliard en 2028-2029. Il est prévu que ces réductions des dépenses entraîneront une diminution de 1240 postes d’ici 2029, sur un total de 12 647.

En plus d’éliminer du personnel, le gouvernement va « rationaliser », « recentrer » et « consolider » son dispositif diplomatique à l’étranger. En clair, il sera réduit alors que le Canada fait déjà pâle figure face à ses partenaires du G7. En effet, l’Italie, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, le Japon et les États-Unis ont tous plus de 200 représentations à l’étranger. Le Canada, quant à lui, en maintient seulement 157, selon le Lowy Institute, un centre de recherche basé en Australie.

Le gouvernement justifie ces réductions par la nécessité pour chaque ministère de participer à l’effort collectif de réduction du déficit. Il va toutefois protéger la catégorie d’employés de niveau inférieur pour ne pas diminuer la capacité d’Ottawa de reconstituer progressivement ses effectifs diplomatiques. C’est une bonne décision. Ce sont donc les niveaux supérieurs qui vont écoper. Cela pourrait sembler normal, sauf que les dizaines de diplomates qui seront invités à partir représentent la mémoire politique et historique du ministère à un moment où leur expérience et leurs connaissances sont plus que jamais nécessaires.

Malgré ces changements, le gouvernement promet de « faire progresser les priorités et l’action internationale du Canada ». On peut en douter. Il n’est pas vrai que l’on puisse faire plus ou même autant avec moins. Il vient un moment où l’institution étouffe et s’enraye, ses employés s’épuisent. Les tâches administratives vont s’alourdir au détriment du nécessaire travail de réflexion propre à l’action diplomatique.

Déjà, les employés d’Affaires mondiales Canada souffrent. Avant même l’annonce des réductions de dépenses, leur syndicat, l’Association professionnelle des agents du service extérieur, a réalisé un sondage auprès de ses membres dont les résultats sont révélateurs. À la question leur demandant quels facteurs les inciteraient à quitter leur employeur, 72 % ont répondu « les exigences d’une charge de travail déraisonnable ».

La diplomatie canadienne a besoin d’un financement robuste et stable pour affronter ces temps incertains. Car, comme le disait le chancelier allemand Otto von Bismarck, si « la diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments », l’action internationale du Canada risque d’être encombrée d’instruments et de manquer de diplomates pour jouer dans l’orchestre.

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