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L’humour a du plomb dans l’aile. Et la «bataille culturelle» est bien souvent une bataille contre le public, regrette Laurent Firode, créateur de la chaîne YouTube Les films à l’arrache.
Causeur. En quels termes pourriez-vous vous présenter au lecteur qui ne vous connaîtrait pas encore ?
Laurent Firode. Je vais à l’encontre de toute pensée dominante. Je réagis à toutes les bêtises qu’on entend. Et le mieux, pour réagir, c’est de rire. L’obligation européenne d’attacher le bouchon à la bouteille en plastique par exemple, c’est hilarant. Mais ce qui est redoutable, c’est qu’il y ait tant de bêtise autour de nous.
C’est parce que vous critiquez cette bêtise que vous avez un statut d’outsider ?
Absolument. On n’en a pas le droit. Il faut que nous soyons soumis et crétins. Mais le Covid a été un détonateur, un coup d’accélérateur qui a ouvert les yeux à beaucoup de monde. Souvenez-vous de l’interdiction de boire un café au comptoir mais pas à table, avant que les bistrots ferment. On s’est vraiment foutu de notre gueule.
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Le grand public a découvert la « patte » Firode avec Le monde d’après, sorti en 2022. Avec un humour burlesque et acide, vous abordiez la crise du Covid justement, mais aussi le féminisme, l’islam, le wokisme… Y a-t-il eu pour vous un avant et un après Le monde d’après ?
Il n’y a pas eu de changement dans ma façon de voir le monde. Le changement majeur a plutôt été dans ma façon de faire des films. À côté des films que je réalisais avant pour le « système », telle France Télé, j’ai toujours gardé ma liberté en réalisant des courts métrages. Mais avec Le monde d’après, un long métrage sorti en salles, je me suis dit que je pouvais garder cette liberté pour tous types de films, des longs comme des sketchs.
Et votre dézingage du politiquement correct a rencontré le succès…
De façon inattendue. Entre deux confinements j’ai réalisé un sketch satirique sur la folie Covid. Et le film a été relayé des milliers de fois sur Twitter. J’ai compris que ce que je pouvais dire sur la folie du monde touchait les gens, alors j’ai continué !
Mais il y a une dizaine d’années encore, le public avait suffisamment de recul pour rire de lui-même. Je me souviens d’un court dans lequel je critiquais franchement les mesures écolos… qui a été sélectionné dans de nombreux festivals sur l’écologie. Je n’ai jamais reçu de prix, sauf en Russie mais passons (rires) ! J’ai aussi été invité pour ce film à Berlin, mais dans la Mecque de la bien-pensance il a fait scandale.
Comment expliquez-vous que le public n’ait plus ce recul pour rire de lui-même ?
Le public a le recul, ce sont les médias, ceux qui détiennent le pouvoir de censurer, qui n’ont plus ce recul.
Selon Charlie Hebdo vous êtes d’extrême droite. Ça vous fait quoi ?
Ces malheureux se sont fait assassiner et ils se soumettent. C’est désolant. Alors je suis ravi qu’ils me collent une étiquette de facho. Au moins je les fais réagir…
Et s’ils avaient raison ? N’auriez-vous pas un humour de facho face à un humour de gaucho ?
C’est certain qu’il y a un humour qui correspond à la pensée dominante de gauche, elle est absolument partout dans le milieu artistique et culturel. Normal : elle est soumise aux subventions. Quant à l’humour de droite, c’est la gauche qui le définit puisque pour elle tout ce qui n’est pas de gauche est de droite. Donc comme je ne suis pas de gauche, on me considère de droite, voire d’extrême droite bien entendu. Mais je suis apolitique, je ne fais pas de politique et je n’ai jamais voté.
J’aime qu’on laisse les gens libres, libres de rire, de penser. Je suis libertarien en somme.
Vous y croyez à la « bataille culturelle » ?
Ah, la fameuse bataille culturelle ! C’est surtout une bataille menée par la gauche pour conserver ses aides et ses subventions : elles permettent de continuer de bien vivre même si personne ne va voir vos films ou vos spectacles. Ce sont ces gens qui mènent cette bataille, et c’est finalement une bataille contre le public. Le milieu culturel, comme le milieu politique d’ailleurs, ne s’intéressent plus au peuple, aux gens. Ils ne s’intéressent qu’à eux-mêmes pour garder leurs privilèges. Et à l’approche des élections ils commencent à flipper. D’où le discours bien rôdé « si la droite passe la culture est en danger ». Mais de quelle culture parle-t-on ?
Vous évoquez le public. Votre chaîne YouTube (Les films à l’arrache) enregistre un nombre de vues impressionnant. Certaines de vos vidéos frôlent le million en quelques jours, vous l’expliquez comment ?
Ça veut dire que j’ai un public ! Les gens se reconnaissent dans mon propos. Et si je peux dire ce que je dis, c’est parce que je ne cherche pas de subventions. Je ne m’interdis rien, d’autant que je fais cela de façon très artisanale. J’écris et je tourne rapidement car maintenant que je suis bien identifié sur les réseaux, je dois réaliser beaucoup de films, en plus de ceux que je fais pour Canal+ et CNews, soit une trentaine par mois.
Vous avez été rattrapé par le système !
Bien entendu (rires). À une nuance près : Canal+ me laisse une liberté éditoriale absolue. Je fais vraiment ce qui me plaît. Les rares fois où ils refusent un sketch, c’est parce qu’ils ont l’Arcom sur le dos, ce que je comprends très bien : l’Arcom est un repaire de gauchistes qui a Canal dans le collimateur.
Selon Wikipédia, vous touchez aussi de l’argent de la part de Pierre-Édouard Stérin… Votre cas s’aggrave.
Ah ! Son nom est devenu synonyme du diable. Je l’ai rencontré, je ne le cache pas, mais il ne m’aide absolument pas pour ma chaîne YouTube. Il a tout simplement voulu faire ma connaissance après avoir vu Le monde d’après en DVD et me féliciter.
Vos prises de positions vous ont-elles fait perdre des amis ?
Non, car je n’ai jamais fait partie du système, même quand je travaillais pour lui. J’ai toujours fait du cinéma pour faire du cinéma, non pour entrer dans un milieu. Et le milieu du ciné ne m’a jamais trop plu. Aujourd’hui certains me disent : « Je regarde tes films, ils me font marrer mais je ne peux pas les liker. Mais je suis avec toi ! » Il y en a plein, et ce ne sont pas les moins connus.
« Zapper Bolloré », la pétition qui a enflammé le dernier festival de Cannes a aussi embarrassé vos confrères…
Ce qui a été vachement amusant ce sont tous les retournements de veste qui ont suivi. Jean-Pascal Zadi qui déclare : « j’ai signé mais je n’avais pas lu », ou Juliette Binoche qui affirme que « les mots ont été mal choisis ». Cette histoire résume très bien le cinéma français : tous à la gamelle ! Peu après j’ai lancé l’idée d’une pétition à signer par les cinéastes qui ne veulent être financés que par Vincent Bolloré, mais curieusement ça n’a pas pris… En même temps c’est resté à l’état de boutade.
Qu’est-ce que le rire, selon vous ?
Ce n’est pas le gag à tout prix. Tous mes sketchs ne sont pas obligatoirement « drôles ». Le rire se niche aussi dans l’ironie complice. Et lorsqu’on rit d’une chose, c’est qu’on la comprend. C’est donc pour moi un élément d’intelligence, c’est ce rire-là que je recherche.
Et y a-t-il un humour français ?
Il y a surtout eu un humour français. On le voit nettement dans les comédies des années 1960-70 (avec du bon, du mauvais et du très mauvais). Un humour gaulois, grivois. C’est peut-être pourquoi cet humour n’a pas pu s’exporter et qu’il a perdu de sa superbe avant de disparaître. Il y a aussi eu dans les années 1980-90 l’humour Canal+, avec Les Nuls. Mais de manière générale, l’humour a du plomb dans l’aile. Il suffit de voir les comédies américaines. Il y en a désormais très peu, et elles ne sont pas vraiment drôles : les gens ont tellement la trouille de heurter telle ou telle communauté qu’ils ne disent plus grand-chose. À l’inverse, l’humour du stand-up est hyper communautaire, une communauté tape sur une autre, ce n’est plus du rire mais du ricanement, et c’est souvent méchant.
Je disais que votre humour était parfois acide, où placez-vous la frontière avec la méchanceté ?
J’essaye de ne jamais être méchant. Je montre seulement des personnages englués dans leur idéologie et qui n’ont pas le courage intellectuel de s’en sortir. Ils ne font que répéter les mantras que la pensée dominante nous impose.
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Outre vos sketchs, le public peut voir en cette rentrée votre nouveau long métrage…
Jupiter 2, le retour. Cela se passe le jour de la réélection d’Emmanuel Macron en 2022. On suit différentes personnes le soir du second tour, avec des situations burlesques et absurdes dans l’esprit des comédies italiennes. Le film a été financé par une cagnotte, encore réalisé avec trois bouts de ficelle. Je sais donc qu’il ne passera jamais à la télé ni au cinéma. À voir donc sur YouTube !
Et en octobre on jouera sur scène Monsieur Konass, une pièce farfelue qui met en boîte l’idéologie woke. Après la création à Paris une tournée est prévue en France, puis elle devrait ensuite donner naissance à un film, cette fois produit par Canal+. Les distributeurs et les exploitants auront-ils le courage de le montrer ? Ce n’est pas gagné.
Le mandat d’Emmanuel Macron s’achève dans quelques mois : vous allez perdre une sérieuse source d’inspiration, quasiment un co-auteur.
Je ne pense pas ! Car le remplaçant risque d’être pas mal non plus. Quel qu’il soit. Et avant son élection nous allons revoir le même cirque du « barrage » de l’entre-deux tours, on le joue depuis vingt-cinq ans. On va encore rigoler.
Qui vous fait rire aujourd’hui, hormis nos hommes politiques ?
Vous placez la barre très haut (rires) ! Beaucoup de pseudos journalistes, penseurs, philosophes, sociologues. Iels sont très nombreux.ses à me faire rire…


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