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Dimanche soir, Ulrich Siegmund exultait : son parti venait, selon lui, d'"écrire l'Histoire". La formule est juste, mais pas dans le sens qu'il croit. Ce que l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) vient d'écrire, avec 44 % des suffrages en Saxe-Anhalt, c'est une réécriture de l'Histoire. Celle d'un pays qui n'a pas réglé son passé du 3e Reich.
Il faut nommer les choses. Le programme que porte ce candidat au sourire aussi soigné que sa communication prévoit la remigration, une police de l'immigration calquée sur l'ICE américaine, une refonte de l'enseignement de l'histoire jugé trop centré sur la culpabilité du Troisième Reich, une mainmise sur l'audiovisuel public, une politique de soins réservée et confiée aux seuls Allemands, un raidissement culturel tourné vers la glorification du passé, l'arrêt des subventions aux associations d'éducation politique et aux programmes de lutte contre le réchauffement climatique. La liste est longue – on passe le chapitre économique, lui aussi sidérant. Aucun de ces points n'est anecdotique.
L'écrivain autrichien Stefan Zweig décrivait en 1942, dans Le Monde d'hier, la stupeur de voir un peuple cultivé basculer dans une haine collective d'une intensité inédite, et des mensonges énormes avalés par des millions de gens. Plus de quatre-vingts ans après, le vertige est le même. Mais ces 44 % ne sont pas un accident.
Le fait qu'une part croissante de la population ressente une forme de déclassement social et économique (même sans tomber dans la précarité), la colère contre les partis traditionnels qui n'entendent pas – ou font semblant d'écouter – les préoccupations des gens, la peur d'une immigration incontrôlée… Ces constats sont exploités par l'extrême droite, qui nourrit cette protestation, parvient à transformer les peurs et les frustrations en conquêtes politiques. Face à cela, les partis traditionnels n'ont su ni convaincre ni rassurer. Pire : en croyant siphonner l'AfD par des surenchères sécuritaires, ils n'ont fait que la légitimer. Ils devraient enfin en tirer les leçons. Car il ne s'agit plus de s'indigner en boucle après chaque scrutin ou de se déclarer "choqué". Il s'agit, pour les partis démocratiques, de cesser de surfer sur la vague qu'ils ont eux-mêmes nourrie, et de construire enfin des ponts avec les citoyens. Et d'apporter des solutions à leurs besoins et préoccupations.
La victoire de l'AfD en Saxe-Anhalt réjouit les uns aux États-Unis et en Europe, désole les autresPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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