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Une colonie de macaques destinée à la recherche s’installera à l’Université Laval

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Une colonie de 60 macaques destinée à la recherche biomédicale, une première au Canada, vivra en permanence à l'Université Laval dans le futur Centre national de primatologie pour la préparation aux pandémies, dont l'ouverture est prévue en 2031.

La création d'un tel centre de recherche découle de la pandémie de COVID-19 et des défis rencontrés par le Canada en plein cœur de la crise, en particulier sur l'approvisionnement de primates non humains.

On se rend compte que l'accessibilité aux modèles animaux se bute aux problèmes d'arrivage, aux frontières qui se ferment, explique le Dr Jérôme Estaquier, professeur à l'Université Laval affilié au Centre de recherche en infectiologie.

L'aménagement du centre impliquera donc l'acquisition de quelques dizaines de primates non humains, lesquels vivront en permanence sur le campus. La nouvelle construction permettra l’hébergement d’une colonie de 60 macaques, précise l'Université Laval. Il s’agit de la première colonie de ce type au Canada.

Le coronavirus SRAS-CoV-2 vu au microscope.

La création du centre national découle de l'émergence du SRAS-CoV-2, à l'origine d'une pandémie mondiale en 2020. (Photo d'archives)

Photo : via reuters / NIAID-RML

En recherche biomédicale, les primates non humains sont notamment utilisés pour des tests vaccinaux et des tests de thérapie. Elles servent en quelque sorte de phases précliniques avant de réaliser des tests sur les humains (essais cliniques).

En l'absence d'une telle colonie au pays, les chercheurs canadiens devaient auparavant se tourner vers l'étranger, et bien souvent aux États-Unis. Le jour J, durant une pandémie, on risque d'être le second acteur en attente de pouvoir faire ses expérimentations, soutient le Dr Estaquier.

La création d’une colonie nationale de primates non humains permettra au Canada d’éviter les ruptures d’approvisionnement observées pendant la COVID‑19.

Une personne se faisant vacciner.

Les animaux sont notamment utilisés pour tester des vaccins pour les humains. (Photo d'archives).

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Le centre national bénéficiera en priorité aux besoins du Canada en contexte d'épidémie ou de pandémie. Il permettra de mener des études précliniques sur des agents infectieux émergents et ainsi accélérer sa capacité de réponse autonome lors de futures pandémies dans un contexte d’aléas géopolitiques.

Au quotidien, il sera connecté aux autres laboratoires de recherche à travers le monde et pourra profiter à l'ensemble de la communauté scientifique, qu'elle soit locale, nationale et internationale.

Le Dr Jérôme Estaquier rappelle que l'émergence et la résurgence de pathogènes infectieux sont régulières, commandant la création d'infrastructures prêtes à intervenir. Il cite la récente éclosion d'hantavirus en Afrique du Sud et l'actuelle épidémie d'une souche d'Ebola.

Enjeux éthiques

L'utilisation d'animaux pour la recherche scientifique soulève régulièrement des enjeux éthiques. À ce sujet, la direction universitaire assure que tout est en place pour respecter le bien-être animal.

À l'Université Laval ainsi que dans ses centres affiliés, aucun protocole de recherche ne peut être initié ni aucune modification apportée sans l’autorisation du Comité de protection des animaux, souligne-t-on. L’utilisation de primates non humains demeure strictement limitée aux situations où elle est scientifiquement indispensable.

Deux macques assis sur une branche avec leur bébé.

Les macaques vivront en permanence sur le campus. (Photo d'archives)

Photo : getty images/istockphoto / SantaGig

Les conditions de vie des animaux seront optimisées au maximum, ajoute la direction. Les primates non humains y vivront en groupes/familles dans des enclos enrichis imitant leur environnement naturel et non en cage, ce qui assurera leur bien-être et améliorera la qualité scientifique des données en réduisant le stress animal.

Pour le Dr Jérôme Estaquier, le recours aux primates comme les macaques demeure essentiel pour la recherche sur les maladies infectieuses. Il y voit une valeur ajoutée par rapport à des alternatives comme les cultures cellulaires ou les modélisations informatiques. Notre système immunitaire est très, très similaire à des primates non humains, dit-il.

Le bagage physiologique commun permet d'observer les relations entre les pathogènes infectieux et la réponse immunitaire. La proximité physiologique permet également d'observer le comportement des virus, des bactéries et des autres parasites dans le corps de l'hôte. Il y a un transfert de connaissances énorme.

Hautement sécurisé

Considérant la nature des activités à l'intérieur du centre de recherche, le laboratoire sera soumis à plusieurs protocoles afin d'assurer la sécurité du personnel et du public.

Le projet est suivi par l’Agence de la santé publique du Canada et l’Agence canadienne d'inspection des aliments pour s'assurer que toutes les normes en biosécurité et biosûreté sont suivies et respectées, affirme l'Université Laval.

Le Centre national de primatologie pour la préparation aux pandémies sera soumis à des normes de confinement de niveau 3. En comparaison, les laboratoires travaillant avec des virus mortels, comme des fièvres hémorragiques telles qu'Ebola, sont de niveau 4.

Les risques sont excessivement minimes sur l'échappement ou la transmission d'agents infectieux, soutient pour sa part le Dr Jérôme Estaquier. Tout commes les pathogènes à manipuler, la colonie de primates sera elle aussi sous un confinement de niveau 3. Les risques sont faibles, voire nuls.

Il existe par ailleurs déjà un autre laboratoire de niveau 3 dans la région, à savoir celui du Centre de recherche du CHU de Québec, inauguré en 2020.

Appel d'offres imminent

Le projet de Centre national de primatologie pour la préparation aux pandémies Le conseil d'administration de l'institution universitaire a récemment autorisé la direction à lancer la phase de planification du projet évalué à 72 millions $.

Cette étape permettra la réalisation des études complémentaires ainsi que l’élaboration des plans et devis. L’appel d’offres pour les services professionnels sera publié sous peu, confirme Simon La Terreur, porte-parole de l'Université Laval.

Lettrage de l'ULaval sur le campus de l'Université Laval.

L'Université Laval lancera l'appel d'offres au cours des prochains jours. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Le bâtiment devrait normalement être construit à l'ouest du campus, sur le boulevard Hochelaga, non loin de Place Ste-Foy.

Pour l’instant, le lieu visé est situé derrière le pavillon des Services de l’Université. Cet emplacement a notamment été retenu pour des raisons d’accessibilité et de coûts d’exploitation, de même que la facilité de raccordement aux infrastructures existantes.

La construction devrait débuter quelque part en 2028 pour une ouverture officielle à l'hiver 2031.

Le projet profitera de 42 millions $ provenant du Fonds d'infrastructure de recherche en sciences biologiques du Canada. Le financement de ce projet est complété par le gouvernement du Québec à hauteur de 29 millions $, alors que 1,5 million $ proviendront d'autres partenaires de l'Université Laval.

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