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Bruno Marchand dénoncé pour ses « préjugés » sur l’itinérance

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Des propos de Bruno Marchand sur les personnes en situation d'itinérance passent mal dans le milieu communautaire. Le maire de Québec est invité à éviter les « généralisations qui alimentent les préjugés » et à trouver des « alternatives aux approches fondées sur la répression ».

Le maire Marchand s'est vigoureusement défendu mardi de manquer d'humanité dans sa gestion de l'itinérance à Québec.

Son administration est critiquée pour sa politique de tolérance zéro sur les campements et le recours au déplacement forcé de personnes qui fréquentent certains lieux publics du centre-ville. Des pratiques dont Radio-Canada a rapporté les effets plus tôt cette semaine.

Un policier surveille deux employés municipaux faisant le ménage sur la rue du Parvis.

Les corvées de ménage se font sous surveillance policière dans certains lieux publics de Québec. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / David Remillard

Accusé d'être dans le déni par le milieu communautaire, qui constate une intolérance croissante sur le terrain, le premier magistrat a déclaré que des règles existent pour tout le monde, y compris pour les itinérants.

Ce n'est pas parce qu'on est une personne itinérante qu'on a le droit de tout faire, a-t-il lancé, leur associant certaines incivilités et nuisances pour le voisinage.

Qui pense aux voisins? Qui pense au quartier? [...] Ce n'est pas parce qu'on souffre dans la vie que nos actions peuvent déborder notre cadre personnel et [en] faire souffrir d'autres, a déclaré l'ancien patron de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches.

Préjugés et polarisation

Ces déclarations et bien d'autres au cours du même point de presse ont choqué des intervenants travaillant auprès des personnes en situation d'itinérance.

Nombre d'organismes ont pris la parole mercredi pour les dénoncer. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou par déclaration officielle, le milieu a exprimé sa déception. La réplique est notamment venue du Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), qui compte 50 organismes membres.

Le choix des mots importe. Les personnes en situation d’itinérance vivent déjà une forte stigmatisation. Le débat public gagnerait à éviter les généralisations, qui alimentent les préjugés et la polarisation, et à se concentrer sur les solutions, peut-on lire dans un texte envoyé à Radio-Canada.

Personne ne soutient que les personnes en situation d’itinérance ont le droit de tout faire.

Un regroupement de personnes en situation d'itinérance sur une place publique.

La place de l'Université-du-Québec était fréquentée par des personnes en situation d'itinérance il y a quelques semaines. L'endroit est aujourd'hui vide après les interventions de la Ville et de la police. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Unir plutôt que diviser

Selon le milieu communautaire, il faut éviter de créer des camps au sein de la population. Les propos du maire laissent sous-entendre que l’occupation de l’espace public est un enjeu qui oppose les droits des citoyens en situation d’itinérance à ceux des citoyens logés, déplore-t-on.

Or, il s'agit d'un faux dilemme, selon le regroupement. Bien que nous reconnaissions la complexité de la situation, nous estimons qu’il est de la responsabilité de la Ville de concilier ces différentes réalités, plutôt que de les présenter comme incompatibles.

L'organisme insiste à l'effet que les personnes en situation d'itinérance et les résidents logés bénéficient des mêmes droits fondamentaux, dont le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité.

L'église Saint-Roch en été.

Le parvis de l'église Saint-Roch est l'un des rares endroits encore accessible aux personnes en situation d'itinérance, selon les intervenantes et les personnes rencontrées par Radio-Canada. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / David Remillard

Même son de cloche à L'Engrenage St-Roch. On ne gagne rien à opposer les besoins des uns et des autres ou à faire comme si la situation était simple, déclare sa directrice générale, Marie-Noëlle Béland, en réaction aux propos de Bruno Marchand.

Cette dernière croit qu'il est essentiel de considérer la qualité de vie de l'ensemble des citoyens pour en arriver à des solutions qui puissent répondre aux besoins de tous.

On ne devrait pas en être là collectivement, c'est difficile pour beaucoup de monde.

Comme d'autres intervenants l'ont fait dans les dernières semaines, Mme Béland plaide pour un changement d'approche au sein de la Ville.

Les pratiques actuelles posent problème sur le plan du droit à la vie et à la sécurité, complexifient le travail d'accompagnement des personnes en situation d'itinérance et génèrent plus de détresse, expose-t-elle.

Peu d'alternatives adaptées

Le maire Bruno Marchand a aussi affirmé mardi qu'il existait plusieurs alternatives à la rue pour les personnes en situation d'itinérance. On vient d'ouvrir un répit de nuit, il y a des refuges, il y a Lauberivière, on a des maisons. [...] Il y a en a des alternatives, a-t-il martelé.

Les organismes communautaires ne sont pas d'accord.

Les ressources d’hébergement fonctionnent à pleine capacité, plusieurs personnes ne trouvent pas de réponse adaptée à leurs besoins et les alternatives demeurent insuffisantes. Les 30 places ajoutées cet été vont aider, mais ne vont pas régler l'ensemble de la situation, disent-ils.

Le véritable enjeu n’est donc pas d’être pour ou contre les campements, mais de reconnaître que des personnes doivent actuellement dormir à l’extérieur faute de solutions suffisantes et adéquates, écrit le RAIIQ.

En chiffres...

  • 1084 personnes en situation d'itinérance visible ont été dénombrées à Québec en 2025
  • 17 % d'entre eux passaient la nuit dehors
  • Les taux d'occupation des ressources frôlaient les 100 % en 2025

Sources : Ministère de la Santé et des Services sociaux, RAIIQ

Reconnaître le problème

Mardi, M. Marchand a balayé l'idée selon laquelle la Ville employait des méthodes répressives envers les pesonnes en situation d'itinérance, quelques semaines après avoir demandé à la police de resserrer la vis dans le quartier Saint-Roch. Il y a de la répression de l'itinérance à Québec?, a-t-il demandé.

À ce sujet, la réponse au maire est sans équivoque. Nous invitations la Ville à mettre en place rapidement des alternatives aux approches fondées sur la répression, le déplacement et l'exclusion.

La Ligue des droits et libertés - Section Québec est aussi de cet avis. Dans une déclaration sur les réseaux sociaux, l'organisme affirme que les pratiques de la Ville sont, au mieux, complètement contre-productives.

Deux policiers interviennent auprès d'un itinérant sur le parvis de l'église Saint-Roch.

L'équipe MULTI est composée de 30 policiers et de 3 sergents. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Le RAIIQ réitère finalement son souhait de travailler avec tous les acteurs concernés afin de développer des réponses collectives plus humaines.

Mais s'il souhaite avancer dans cette avenue, le maire doit d'abord reconnaître les impacts des interventions municipales en matière de gestion de l’espace public et de l’approche de tolérance zéro à l’égard des campements sur les personnes en situation d’itinérance, conclut le regroupement.

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