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Des travailleurs d'entrepôt en banlieue de Toronto marquent l'histoire : les 850 employés du centre de distribution de Walmart à Mississauga ont récemment ratifié une convention collective. Il s'agit du premier contrat négocié par un syndicat avec l'entreprise en Amérique du Nord.
L’entente de 2 ans prévoit, entre autres, des hausses de salaire de 5 $ l’heure la première année et de 3 % la deuxième année.
On a accompli quelque chose que personne ne croyait possible, mais on l’a fait.
Martin Gaouette, qui travaille chez Walmart depuis 26 ans, a lancé le premier appel au syndicat Unifor. Il raconte que certains employés en étaient à leur trentième année de travail chez Walmart, mais que leur taux horaire était resté à 24 $ l’heure.

Originaire de Kapuskasing, dans le nord de l'Ontario, Martin Gaouette a contacté Unifor en vue d'implanter le syndicat au centre de distribution de Walmart à Mississauga.
Photo : Radio-Canada / Derek Hooper
Le directeur du service de recrutement d’Unifor, Justin Gniposky, affirme que le secteur de l’entreposage est essentiel pour l’économie canadienne. Toutefois, les emplois sont instables, précaires, mal payés et les travailleurs subissent une surcharge de travail et des horaires irréguliers, ajoute-t-il.
Les négociations ayant commencé en 2024, il a fallu presque deux ans pour que le syndicat parvienne à conclure une entente. Justin Gniposky croit que Walmart a été délibérément lente lors des pourparlers.
Je pense que leur objectif était de prolonger le processus autant que possible, afin de miner la confiance des travailleurs envers le syndicat et d’affaiblir leur solidarité
Walmart Canada, de son côté, n'a pas répondu aux questions spécifiques de Radio-Canada. Dans une courte déclaration envoyée par courriel, la directrice des communications, Avneet Moondi, souligne que ce nouveau contrat assure aux syndiqués une rémunération équivalente à celle de leurs collègues dans des postes similaires au sein de l’entreprise ailleurs au pays.
Cette convention collective, ratifiée en mai dernier, garantit aussi des horaires de travail plus stables et des avis obligatoires avant l’implantation de nouvelles technologies.
Les employés voient déjà des résultats. Rodolfo Pilozo décrit ses superviseurs comme plus indulgents depuis la mise en place du nouveau contrat. Martin Gaouette, de son côté, remarque que ses patrons vont maintenant demander – plutôt qu’imposer – des heures supplémentaires aux travailleurs.

Ce centre de distribution à Mississauga est toujours le seul entrepôt de Walmart en Amérique du Nord où les travailleurs sont syndiqués.
Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny
Caroline Senneville, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), estime que ce développement profite à l’ensemble du mouvement syndical.
On espère qu'il y aura d'autres gens qui vont se syndiquer et c'est comme ça qu'on augmente notre rapport de force. Plus on est de gens qui sont syndiqués, plus on est nombreux, plus on est fort.
Il est rare de voir des multinationales américaines conclure de tels accords, souligne Gilles LeVasseur, professeur de gestion et de droit à l'Université d'Ottawa. Selon lui, les employeurs aux États-Unis préfèrent souvent gérer directement leurs employés, sans devoir passer par un intermédiaire.
Donc, quand ils viennent au Canada, ils appliquent la même philosophie, explique l’expert.
Cependant, la syndicalisation est encouragée dans le système canadien et ses avantages sont mis de l’avant.
Ça fait partie de la Charte canadienne des droits, le droit de s'associer, le droit de former un syndicat pour se donner un levier pour améliorer ses conditions de travail, affirme Mme Senneville.
Selon une étude du Centre for Future Work publiée en 2023, le taux de couverture syndicale au Canada (30 %) était trois fois plus importante qu’aux États-Unis (11 %).
Des actes antisyndicaux?
Selon Gilles LeVasseur, les multinationales craignent souvent que ces démarches syndicales créent un précédent : une fois qu’une convention collective est conclue dans l’un de leurs magasins ou entrepôts, les compagnies s’attendent à ce que d’autres emboîtent le pas.
Et voilà, la machine est partie et on n'est plus capable de l'arrêter, affirme le professeur.
Des experts dénoncent la fermeture de succursales par de grandes entreprises peu de temps après la syndicalisation de leurs employés.
Walmart, par exemple, a fermé son magasin à Jonquière en 2005, quelques mois après que les employés s’étaient syndiqués avec les Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC). M. LeVasseur affirme que, suite à cette fermeture, d'autres travailleurs de Walmart ont eu peur de se syndiquer, craignant pour leurs emplois.
En 2020, le service de livraison de repas Foodora a annoncé la fin de ses opérations au Canada, seulement quelques mois après qu’un tribunal ontarien ait autorisé la syndicalisation de ses livreurs.
En janvier 2025, les sept entrepôts d’Amazon au Québec ont fermé boutique après que ses travailleurs à Laval aient formé un syndicat avec la CSN. La multinationale nie toute allégation suggérant que la syndicalisation ait affecté leur décision. Amazon a expliqué à l’époque qu’elle peut mieux servir les Québécois en confiant les livraisons à des sous-traitants.

La présidente de la Confédération des syndicats nationaux, Caroline Senneville, affirme que la syndicalisation est davantage ancrée au Canada qu'aux États-Unis.
Photo : Radio-Canada / Frédéric Deschênes
La présidente de la CSN ne croit pas qu’Amazon dit la vérité : Ils avaient ouvert beaucoup d'entrepôts, ils avaient fait beaucoup d'investissements, et ce, jusqu’aux derniers mois menant à la syndicalisation.
Selon elle, la multinationale communiquait ouvertement à ses employés qu’il était préférable de ne pas inclure des intermédiaires dans le cadre des discussions avec l'entreprise.
Le géant américain a déjà été condamné pour ingérence et entrave antisyndicales par le Tribunal administratif du travail concernant son entrepôt à Lachine. L'entrepôt de Laval est actuellement au cœur d'un procès similaire.
En Colombie-Britannique, la Commission des relations de travail de la province a reconnu Amazon coupable d’avoir intimidé ses employés afin qu’ils ne rejoignent pas le syndicat. Ils continueront à enfreindre la loi et nous continuerons à leur tenir tête, dit Justin Gniposky d’Unifor.
Ils ont fait vraiment tout ce qui était en leur pouvoir pour empêcher la syndicalisation. Sauf qu’empêcher la syndicalisation au Québec et au Canada, c'est illégal, affirme Mme Senneville, de la CSN.
L'exemple de la Colombie-Britannique
Les lois provinciales affectent énormément le pouvoir des syndicats lorsque des employeurs, comme Walmart et Amazon, s’avèrent plutôt difficiles. Unifor tente toujours de négocier une convention collective pour les ouvriers d’un entrepôt d’Amazon en Colombie-Britannique, un processus qui s’étire depuis décembre 2025.
Nous allons faire en sorte que ces travailleurs obtiennent leur première convention collective en Amérique du Nord, que cela plaise ou non à Amazon, déclare Justin Gniposky.
Le Code du travail de cette province permet au gouvernement d'imposer un contrat si aucune entente n’est conclue, ce qui semble être la direction que les négociations prendront, selon le syndicat.
Le professeur Gilles LeVasseur décrit cette politique de la Colombie-Britannique comme réussie. En Ontario, c’est plutôt le contraire. Le processus d’accréditation pour les syndicats est rigoureux et restrictif.
On a peur que les grandes entreprises se déplacent dans les endroits plus simples à gérer leurs activités et utilisent simplement le camionnage pour tout déplacer, déplore-t-il.


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