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Le 26 avril 1970, trois jours avant les élections générales au Québec, neuf fourgons blindés de la Brink’s chargés de certificats de valeurs mobilières quittaient les bureaux montréalais du Royal Trust à destination de Toronto. Informé la veille de ce qui se tramait par un appel téléphonique anonyme, le quotidien The Gazette avait rapporté l’événement en primeur, et tous les autres avaient repris son article en première page le lendemain.

La semaine précédente, quatre sondages avaient enregistré une hausse marquée des intentions de vote pour le Parti québécois, qui talonnait maintenant les libéraux de Robert Bourassa. Le message était très clair : l’élection d’un gouvernement péquiste provoquerait une fuite massive de capitaux. Il a été bien compris : le Parti libéral du Québec a fait élire 72 députés avec 45 % des voix, le PQ devant se contenter de 7 sièges et de 23 % des voix.

René Lévesque avait immédiatement accusé Ottawa d’être responsable de ce coup tordu. Quarante ans plus tard, le photographe de la Gazette, Tedd Church, qui avait été le seul témoin, a révélé que direction de son journal et le bureau du premier ministre Trudeau s’étaient entendus pour ne pas publier ses photos, laissait ainsi entendre qu’Ottawa était parfaitement au courant de ce qui allait se produire.

***

Alors que le PQ a maintenant de sérieuses chances de former un gouvernement majoritaire (et d’éventuellement tenir un référendum), le Journal de Montréal a révélé, à 10 jours des élections du 5 octobre, que le gouvernement Trump a tenté de court-circuiter le fédéral en proposant au Québec de conclure un arrangement tarifaire séparé dans le but de semer la division au Canada.

La première ministre Christine Fréchette a reconnu que son équipe l’avait informée au printemps dernier des approches faites par les États-Unis, mais elle affirme avoir immédiatement fermé la porte, et le fédéral en a été informé. Elle a également confirmé qu’Ottawa l’a avertie « dans les derniers jours » qu’il y avait un sérieux risque d’ingérence américaine dans les élections en cours, et elle réclame une rencontre avec son homologue fédéral, Mark Carney, pour en savoir davantage.

Elle s’est bien gardée de souligner que Donald Trump a tout intérêt à favoriser l’élection d’un gouvernement péquiste et la tenue d’un référendum, mais cela semble une telle évidence que ce n’était pas nécessaire. Le chef du PLQ, Charles Milliard, a été moins subtil en laissant entendre que Paul St-Pierre Plamondon aurait pu avoir des contacts avec des groupes américains. À ce qu’on sache, PSPP n’a cependant pas effectué de récente visite aux États-Unis.

***

À deux jours du début du vote par anticipation, le chef péquiste s’est interrogé à bon droit sur le timing de ces révélations. Comme dans le « coup de la Brink’s », il est également difficile de croire qu’Ottawa n’a rien à voir dans cette remarquable coïncidence.

La guerre commerciale a provoqué au Québec un élan de solidarité canadienne tel que le moindre soupçon de collaboration avec le gouvernement Trump serait fatal au PQ. S’il y a un parti qui aurait tout à perdre d’une ingérence américaine, c’est bien lui. On comprend très bien son chef de craindre que le matamore de la Maison-Blanche ne « kidnappe » l’élection.

Il est également étonnant de voir refaire surface soudainement une analyse de la Defense Analyses and Research Corporation intitulée The Centrifugal Strategy, qui explique très explicitement la façon dont les États-Unis pourraient s’y prendre pour déstabiliser le Canada en encourageant les mouvements sécessionnistes, que ce soit au Québec ou en Alberta. Ce document, daté du 26 février dernier, n’a rien de secret. Il est disponible sur le site Internet du groupe de réflexion, et sa lecture est passionnante. On y fait une excellente analyse du débat constitutionnel canadien et du mouvement souverainiste québécois.

Son auteur propose même un intéressant scénario dans l’hypothèse d’une victoire du PQ le 5 octobre. Selon lui, Ottawa pourrait être tenté de proposer une nouvelle réforme de la constitution canadienne et une hausse substantielle des paiements de péréquation dans le but d’amadouer le Québec, ce qui aurait pour effet d’exacerber le ressentiment de l’Alberta.

Il ne semble cependant pas très au fait de la loi qui régit le financement des partis politiques quand il suggère d’apporter une aide financière au PQ. Il est vrai qu’il doit être difficile pour un Américain d’imaginer qu’on puisse établir des règles autres que celle du plus riche.

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