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À Tournai, Pinocchio ira-t-il à l'église ? Telle est la question qui agite la "ville aux cinq clochers". "Le Noël de Pinocchio", spectacle proposé par Luc Petit et son équipe des Nocturnales, sera joué dans plusieurs villes wallonnes cet hiver, mais pas à Tournai. Luc Petit pensait pouvoir proposer ce spectacle dans l'église Saint-Quentin comme l'an dernier ou dans l'église Saint-Jacques, mais sa demande n'a pas obtenu l'accord de l'Évêché.
Mgr Rossignol, évêque du lieu, n'entend pas chasser la culture ni l'art des églises, mais il rappelle que celles-ci "restent avant tout des lieux où l'on vit une expérience du sacré, de la transcendance. Cette expérience peut passer par de la musique, des conférences, des débats ou encore des spectacles, mais si l'église devient un lieu de pur divertissement, elle perd sa fonction sacrée." Voilà pour le principe, rappelé par communiqué. "À partir de là, poursuit l'évêque, il s'agit de discerner ce qu'il convient d'accepter ou non dans les églises". Sans évoquer explicitement "Le Noël de Pinocchio", il souhaite "que soit évité le syncrétisme, c'est-à-dire créer une forme de confusion entre les valeurs de l'Évangile et tous les messages positifs issus d'autres influences." En ce sens, l'évêché promet de n'émettre aucun "jugement sur la qualité artistique des œuvres proposées, mais uniquement sur la pertinence d'un lieu de culte pour les accueillir". Il a donc proposé que le spectacle soit joué dans l'église Saint-Nicolas qui ne sert plus pour des offices religieux.
L'argumentation, assez classique dans le catholicisme, n'a pas convaincu Luc Petit. "Je rappelle que ce spectacle a été imaginé avec Michel Teheux, prêtre et théologien, a-t-il fait savoir auprès de l'agence de presse Belga. Nous ne comprenons pas cette décision, alors que nous avons toujours été respectueux envers l'Église et les lieux dans lesquels nos artistes évoluent. C'est d'autant plus surprenant quand on sait que nos spectacles attirent des gens de toutes les générations, qu'ils ont l'adhésion du public et que de nombreuses églises ont tendance à se désertifier. Nous avons été mis devant le fait accompli. C'est un coup difficile à accepter, assez violent."
On n'arbitrera pas ici la difficile question de ce qui peut ou non trouver sa place dans un édifice religieux dont la gestion repose notamment sur des deniers publics. La réponse diverge d'ailleurs au sein même de l'Église puisque le spectacle pourra être joué dans la collégiale Sainte-Waudru de Mons, ayant reçu l'imprimatur de la Fabrique d'église locale. Désormais, c'est aussi au niveau politique que ce débat se jouera.
"Quand j'ai compris que c'était le nonce qui m'appelait pour devenir évêque, la terre s'est dérobée sous mes pieds"Comme le mentionnait L'Avenir, des conseillers provinciaux se sont abstenus de voter les comptes 2025 de la fabrique d'église de la cathédrale de Tournai pour exprimer leur incompréhension. Le député wallon Bruno Lefebvre (PS) a également interpellé le ministre des Pouvoirs locaux, François Desquesnes (Les Engagés), sur l'accès aux édifices religieux pour les manifestations culturelles. Ce dernier, précise encore le journal, compte travailler à une nouvelle législation relative aux lieux de cultes. Elle aura notamment pour objectif d'encadrer les usages non cultuels des édifices religieux.
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