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Un « super » El Niño se prépare : ce que les coraux des Galápagos révèlent sur son intensité

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L'information n'a pas pu vous échapper : un phénomène El Niño hors norme est en train de se développer dans le Pacifique. Les scientifiques alertent depuis plusieurs semaines, maintenant.

Allons-nous subir des trombes d'eau de manière récurrente cet hiver ? C'est ce que laissent penser les prévisions saisonnières. Illustration créée à l'aide d'un outil IA. © Xavier Demeersman, Futura

Super El Niño arrive en force : douceur, fortes pluies, tempêtes… voici ce qui attend la France

Après un été caniculaire et très sec, un automne qui s’annonce très humide, à quoi s’attendre cet hiver en France ? L’hiver météorologique débute le 1er décembre, et à trois mois d’échéance, il n’est bien-sûr pas possible d’avoir des prévisions météo précises. Cependant, les prévisions saisonnières peuvent déjà nous donner une tendance du scénario météo global qui se jouera cet hiver.... Lire la suite

Et selon les plus récentes modélisation du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF), cet El Niño pourrait atteindre une intensité sans précédent pour l'automne et l'hiver 2026.

L'Équateur vient d'ailleurs de déclarer l'alerte rouge sur l'ensemble de son territoire.

Les épisodes El Niño peuvent en effet avoir des conséquences majeures, particulièrement marquées dans certaines régions du monde. Ici, des vagues de chaleur et des périodes de sécheresse, là, des inondations. Le tout susceptible d'engendrer des milliers de milliards de dollars de dégâts.

El Niño 2026 : un monstre en formation

Mais s'agit-il là qu'un phénomène exceptionnel par son intensité ou devons-nous nous préparer à des épisodes El Niño de plus en plus puissants et destructeurs alimentés par le réchauffement climatique ? C'est la question que des chercheurs de l'université de Michigan (Etats-Unis) se sont posés. Et la réponse n'est pas si simple à donner.

El Niño warms global temperatures, with the strongest influence often felt in the year after it develops.
It brings wetter conditions to some regions and drought to others, though effects vary around the world.
Next update on 03 Sept!
Visit ???? https://t.co/cDfcnIth7Z pic.twitter.com/0VPteUKGxT

— World Meteorological Organization (@WMO) August 25, 2026

Les données d'observation d'épisodes El Niño ne remontent qu'à quelques décennies. Trop parcellaire pour confirmer l'hypothèse qu'avec le réchauffement de la planète, les épisodes El Niño gagneraient en intensité. Notamment parce qu'ils reposent sur des écarts de température de l'eau par rapport à la moyenne. Plus 2°C dans une zone du Pacifique central bien déterminée alimente un El Niño « très fort ». Les récents relevés sont à presque plus 3°C !

Face au manque de relevés, il a fallu ruser, trouver une autre manière de comprendre. C'est pourquoi l'équipe s'est rendu aux Galapagos, au cœur du phénomène, pour faire parler des témoins naturels millénaires de l'histoire climatique : les coraux.

Dans les squelettes de corail, une machine à remonter le temps climatique

Pour comprendre, il faut savoir que les coraux accumulent, année après année, des couches de squelette en carbonate de calcium. Ainsi, un peu comme les scientifiques peuvent le faire avec les cernes de croissance des arbres, il est possible de lire le passage du temps dans l'alternance de bandes de densité variable. L'historique des températures océaniques, quant à lui, est inscrit dans la composition chimique du squelette lui-même. Les chercheurs y accèdent en mesurant par exemple le rapport entre les isotopes lourds et légers de l'oxygène et le rapport strontium/calcium.

Une image de scanner (à gauche) et une photographie (à droite) d'un fragment de corail provenant de l'île Wolf révèlent l'« horizon de mort » : le moment où une chaleur extrême a provoqué le blanchissement, puis la mort, des coraux qui s'y trouvaient. La colonie corallienne a par la suite repoussé par-dessus la surface morte. © Julia Cole et al., Université du Michigan

Les chercheurs ont aussi travaillé sur des échantillons de coraux fossiles prélevés à travers l'archipel. Des coraux qui pouvaient dater d'il y a 4 500 ans.

Les analyses ont mis en évidence des cycles saisonniers s'étendant sur plusieurs décennies, ainsi que des années exceptionnellement chaudes ou froides, révélant ainsi une chronologie unique des épisodes El Niño et La Niña.

Les îles Galápagos abritent de nombreux grands coraux fossiles qui conservent l'historique des températures sur des millénaires. © Gerald et Buff Corsi, California Academy of Sciences

1 000 ans d’El Niño décryptés : ce que les coraux ont révélé

Ce que les résultats publiés dans la revue Science montrent surtout, c'est que les épisodes El Niño sont aujourd'hui de plus de 36 % plus intenses qu'avant le début de l'ère industrielle avec une hausse de 16 % rien qu'au cours des 40 dernières années. Comme une preuve de l'accélération du phénomène.

Plus généralement, les épisodes El Niño survenus au cours des 40 dernières années ont été plus puissants que ceux observés à toute autre période échantillonnée au cours du dernier millénaire. Une intensification qui va au-delà de ce que des causes naturelles peuvent provoquer, selon les modèles.

Dans le Pacifique, les satellites montrent une anomalie de température prête à bousculer notre climat pour plusieurs mois. Pendant que l’océan se réchauffe, les scientifiques étudient des idées pour le refroidir. © NOAA Satellites

Le Pacifique s’emballe : l’idée folle pour freiner El Niño

Un épisode El Niño hors norme se profile, et avec lui son lot de températures extrêmes et de sécheresses pour les uns et d’inondations pour les autres. Des chercheurs explorent pourtant une idée déroutante : éclaircir les nuages au-dessus du Pacifique pour tenter d’en atténuer les effets. Mais peut-on vraiment « désactiver » un phénomène aussi puissant sans faire de dégâts ?... Lire la suite

« Nous avons comparé nos données aux relevés de température mondiale et nous avons alors constaté que l'augmentation de l'intensité d'El Niño suit de près la hausse des températures liée aux activités humaines, comme la combustion d'énergies fossiles », souligne Julia Cole, paléoclimatologue à l'Université du Michigan et auteure principale de l'étude.

Quand El Niño semble s'emballer

Si les épisodes El Niño et La Niña doivent devenir plus puissants avec le réchauffement, nous irons vers des phénomène météorologiques extrêmes plus intenses et plus dévastateurs à l'échelle mondiale. Déjà, l'épisode de 1982 avait fait mourir plus de 95 % des coraux des Galapagos. Des inondations monstres ont été enregistrées au Kenya et au Pérou et des sécheresses mémorables en Indonésie et au Brésil. Pour un coût total pour l'économie mondiale de quelque 4 000 milliards de dollars selon certaines estimations. Un épisode tout aussi puissant en 1997-1998 a causé 23 000 décès dûs à des maladies et à des catastrophes climatiques.

Here's a review I wrote for PNAS about our state of knowledge about the impact of climate change on the El Niño phenomenon in the context of recent paleoclimate evidence. The short answer is that there is a LOT of uncertainty that still remains here:https://t.co/nGKM9kX4R2 pic.twitter.com/8PmYGdFx7G

— Prof Michael E. Mann (@MichaelEMann) August 21, 2026

El Niño plus fort… ou planète plus chaude ? Le débat qui divise (presque) les climatologues

Certains scientifiques remarquent toutefois que ces conclusions vont à l'encontre d'observations récentes réalisées sur place. Michael Mann, par exemple, le climatologue de l'université de Pennsylvanie (États-Unis) connu pour la célèbre courbe des températures en « crosse de hockey ». Ce qui est observé ne serait pas tant dû à une évolution d'El Niño qu'au réchauffement climatique lui-même. Ainsi une partie, au moins, de ce qui est interprèté comme un El Niño renforcé s'expliquerait surtout par un niveau de base océanique plus chaud, qui exacerberait les impacts sans nécessairement modifier la variabilité naturelle du phénomène.

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« Tu ne redémarres pas une planète crashée » : un climatologue mondialement reconnu démonte Bill Gates point par point

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Et c'est finalement sur ce point que tous se rejoignent : le changement climatique est une réalité, que le phénomène El Niño s'intensifie ou non. Le vrai problème est là. Nos sociétés vont devoir faire face à des extrêmes climatiques de plus en plus fréquents. Reste à savoir jusqu'où nous laisserons monter la température avant que les « super » El Niño ne deviennent la norme.

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