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La France a tenu 18 trous de silo en alerte pendant 25 ans sous un plateau de Provence : ce qui les a fermés en 1996 n’était ni une panne ni un traité

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À première vue, le plateau d’Albion ressemble à un paysage paisible de Provence. Des champs de lavande, quelques forêts, des villages perchés et des routes tranquilles. Rien ne laisse deviner qu’entre 1971 et 1996, ce territoire a abrité l’une des composantes les plus secrètes et les plus redoutables de la dissuasion nucléaire française.

Sous plusieurs dizaines de mètres de béton et de roche, 18 missiles nucléaires S2 puis S3 attendaient en permanence un ordre qui, heureusement, n’est jamais arrivé. Leur mission n’était pas de faire la guerre, mais d’empêcher qu’elle n’éclate.

À retenir

  • Entre 1971 et 1996, la France a déployé 18 missiles nucléaires dans des silos enterrés sur le plateau d’Albion, entre le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence.
  • Chaque missile pouvait être lancé en quelques minutes et emportait une tête thermonucléaire d’une puissance largement supérieure à celle de la bombe d’Hiroshima.
  • Aucun de ces missiles n’a jamais été tiré : leur seule présence constituait un élément de la stratégie française de dissuasion nucléaire.

Une forteresse invisible creusée sous la Provence

À la fin des années 1960, la France souhaite disposer d’une force nucléaire totalement indépendante.

En pleine Guerre froide, le général de Gaulle considère que la sécurité du pays ne peut reposer uniquement sur les États-Unis ou l’OTAN. Il décide donc de développer une véritable force de frappe nationale, composée d’avions, de sous-marins… mais aussi de missiles enfouis dans le sol.

Le choix se porte sur le plateau d’Albion, vaste territoire calcaire situé entre le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence.

Sous chaque site est construit un silo profondément enterré, protégé par plusieurs mètres de béton armé et fermé par une lourde dalle blindée capable de résister aux effets d’une explosion nucléaire à proximité.

En surface, presque rien ne trahit la présence de ces installations militaires.

Des missiles prêts à décoller à tout moment

Les premiers missiles S2 entrent en service en 1971.

Ils seront progressivement remplacés par les plus modernes S3, capables d’atteindre des objectifs situés à plusieurs milliers de kilomètres.

Chaque missile mesure plus de 13 mètres de haut, pèse près de 25 tonnes et transporte une tête thermonucléaire d’environ 1,2 mégatonne, soit une puissance des dizaines de fois supérieure à celle de la bombe larguée sur Hiroshima.

Les équipages vivent en permanence à proximité des silos.

En cas d’ordre présidentiel, le lancement peut intervenir en quelques minutes seulement.

Le système est conçu pour fonctionner même après une attaque nucléaire contre la France.

Une arme conçue pour ne jamais servir

C’est tout le paradoxe du plateau d’Albion.

Pendant vingt-cinq ans, ces missiles restent opérationnels vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Ils sont entretenus, testés, modernisés.

Pourtant, aucun ne sera jamais lancé.

C’est précisément l’objectif de la dissuasion nucléaire.

Le principe est simple : convaincre un adversaire qu’une attaque entraînerait une riposte immédiate et dévastatrice.

Plus cette menace est crédible, moins elle a de chances d’être mise en œuvre.

Les missiles du plateau d’Albion n’étaient donc pas destinés à faire la guerre, mais à empêcher qu’elle n’ait lieu.

La fin d’une époque

Après la chute de l’Union soviétique, le contexte géopolitique change profondément.

En 1996, le président Jacques Chirac annonce la disparition de la composante terrestre de la dissuasion nucléaire française.

Les dix-huit silos sont désactivés puis démantelés.

La mission est désormais assurée principalement par les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, beaucoup plus difficiles à localiser qu’une installation fixe.

Aujourd’hui, le plateau d’Albion a retrouvé son apparence paisible.

Pourtant, sous ces paysages provençaux se cachent encore les vestiges d’une époque où la France se préparait au pire.

Une page méconnue de la Guerre froide

L’histoire du plateau d’Albion rappelle à quel point la Guerre froide a profondément marqué le territoire français.

Pendant un quart de siècle, des missiles nucléaires sont restés prêts à décoller à tout instant, sans jamais quitter leur silo.

Cette stratégie peut sembler paradoxale : construire des armes d’une puissance inouïe dans l’espoir de ne jamais les utiliser.

Mais c’est précisément cette logique qui a guidé la dissuasion nucléaire française.

Et c’est peut-être là le plus étonnant : l’une des armes les plus puissantes jamais déployées par la France a rempli sa mission… sans avoir été tirée une seule fois.

Source : Frstratégie

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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