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Un jean neuf coûte entre 7 500 et 10 000 litres d’eau douce, et 9 dixièmes partent dans le champ de coton

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Un jean neuf n’affiche qu’un prix en euros sur son étiquette. Changez de monnaie, et le même vêtement coûte entre 7 500 et 10 000 litres d’eau douce, selon les estimations les plus citées du Water Footprint Network, le réseau fondé par les chercheurs Arjen Hoekstra et Ashok Chapagain. La fabrication d’un jean classique engloutit en moyenne entre 7 500 et 10 000 litres d’eau. Sur ce volume, neuf dixièmes ne servent ni à la teinture, ni au lavage industriel, ni au transport : ils partent dans le champ, avant même que la fibre ne devienne du tissu.

Le coupable, c’est la plante elle-même.

Un jean pèse environ un kilo de fibre de coton une fois fini. Selon le Water Footprint Network, il faut environ 10 000 litres d’eau pour produire 1 kg de fibres de coton. Traduit en objets du quotidien, 7 500 litres représentent l’équivalent d’une cinquantaine de baignoires remplies à ras bord. C’est aussi, à raison de 1,5 à 2 litres bus par jour, près de dix années de la ration hydrique d’un adulte, ou trois ans de douches quotidiennes pour une seule personne.

À retenir

  • La production d’un jean consomme entre 7 500 et 10 000 litres d’eau douce.
  • Neuf dixièmes de cette eau vont à l’irrigation du coton, pas à la teinture ou au lavage.
  • L’empreinte hydrique du coton varie de 6 000 litres en Chine à 22 500 litres en Inde par kilogramme.
  • Prolonger la durée de vie d’un jean divise par deux son impact hydrique total.

Sommaire

  1. La carte de l’eau volée
  2. Le lavage compte, mais à peine
  3. Ce qui fait réellement baisser le total

La carte de l’eau volée

Cette eau n’est pas de la pluie qui tombe gentiment sur les champs. Dans les grandes régions cotonnières, elle est pompée, canalisée, détournée de rivières et de nappes qui ont d’autres usages. La plupart des importations concernent des produits agricoles tels que le coton, qui sont souvent cultivés dans des régions du monde où les ressources en eau sont déjà très limitées, notamment en Inde et au Pakistan. L’écart entre origines est d’ailleurs énorme : Mekonnen et Hoekstra chiffrent l’empreinte eau du coton fabriqué en Inde à 22 500 litres par kilo, contre 6 000 litres par kilo pour celui fabriqué en Chine.

Le cas le plus documenté reste celui de la mer d’Aral.

L’irrigation massive des cultures de coton, via le détournement de l’Amou-Daria et du Syr-Daria, a privé la mer d’Aral de plus de 90 % de son volume depuis les années 1960. Cette politique décidée à Moscou visait à faire de l’Asie centrale soviétique le grenier à coton de l’URSS, sans se soucier du fleuve qui alimentait la mer. Le canal de Karakoum, le plus long du monde avec plus de 1 350 kilomètres, capte l’essentiel de l’Amou-Daria à plus de 800 kilomètres de la mer depuis 1956. Le résultat se voit encore aujourd’hui depuis l’espace : le fond marin asséché, devenu le désert d’Aralkoum, s’étend sur environ 60 000 km² et concentre sel, engrais et résidus de pesticides que les vents dispersent, à raison de 43 millions de tonnes par an.

L’Ouzbékistan n’a pourtant pas renoncé au coton. Il en reste aujourd’hui l’un des grands exportateurs, avec des millions d’hectares toujours cultivés à quelques kilomètres d’une mer qui a disparu. Le même schéma d’irrigation intensive dans des zones structurellement en tension hydrique se retrouve au Pakistan et dans le nord de l’Inde, deux bassins cotonniers majeurs où l’eau prélevée pour les champs entre directement en concurrence avec l’eau potable des populations voisines.

Le lavage compte, mais à peine

Face à ces volumes agricoles, tout le reste paraît anecdotique. Selon Fluence Corporation, spécialiste des solutions de traitement de l’eau, l’irrigation de la plante est responsable de 92 % de l’empreinte hydrique d’un jean. La teinture, le délavage à la pierre ponce et les lavages domestiques se partagent donc les quelques pour cent restants.

Ce chiffre se multiplie par milliards de pièces vendues.

Quelque 2 milliards de jeans sont vendus dans le monde chaque année, soit une bonne soixantaine par seconde. Une partie finit, une fois passée de mode ou jamais vendue, dans les circuits de la seconde main mondiale, dont le désert d’Atacama, au nord du Chili, est devenu la destination la plus visible. Environ 60 000 tonnes de vêtements abandonnés forment là-bas une montagne visible depuis l’espace via des images satellites.

Ce qui fait réellement baisser le total

Réduire la fréquence des lavages ne change presque rien à l’addition, puisque l’essentiel du coût en eau est déjà consommé avant même que le jean n’arrive en magasin. Ce qui pèse vraiment, c’est le nombre de fois où le vêtement est porté avant d’être jeté. Porté 50 fois, un jean de 20 euros environ consomme l’équivalent de 7 000 litres d’eau, tandis qu’un jean plus haut de gamme porté 102 fois consomme près de 3 500 litres. Diviser par deux le nombre de lavages ne divise l’empreinte que d’une fraction marginale ; multiplier par deux la durée de vie du vêtement, en revanche, coupe littéralement le total en deux. Acheter d’occasion revient, mécaniquement, à ne payer aucune goutte supplémentaire pour un jean déjà produit.

Un même kilo de fibre peut ainsi coûter 22 500 litres d’eau s’il vient d’Inde ou 6 000 litres s’il vient de Chine, sans que l’étiquette du magasin en dise jamais rien.

Sources : tameteo.com | touspourleau.fr

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