Quatre-vingt-dix. C’est le nombre de signalements d’effets indésirables analysés par l’Anses chez des personnes ayant consommé des compléments alimentaires à base de mélatonine. Céphalées, vertiges, cauchemars, tremblements : la liste surprend, surtout pour un produit que l’on trouve aussi facilement qu’une tisane, en pharmacie comme en grande surface. Car la mélatonine, présentée depuis des années comme la solution douce et naturelle contre les insomnies, n’a rien d’un simple extrait de plante apaisant. Il s’agit bel et bien d’une hormone, produite par l’organisme lui-même, et dont l’action dépasse largement la simple régulation du sommeil. De quoi inviter à reconsidérer ce petit comprimé avec un peu plus de sérieux.
À retenir
- L'Anses a recensé 90 signalements d'effets indésirables (maux de tête, vertiges, cauchemars, tremblements) liés aux compléments à base de mélatonine
- Les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants, les adolescents et les personnes souffrant de maladies inflammatoires ou auto-immunes doivent totalement éviter ces compléments
- En cas de traitement médicamenteux, d'épilepsie, d'asthme ou de troubles de l'humeur, un avis médical est nécessaire avant toute prise, et un usage ponctuel est recommandé plutôt que prolongé
Une hormone qui ne se limite pas au sommeil
Dans l’organisme, la mélatonine est sécrétée naturellement la nuit, et joue un rôle central dans l’endormissement. C’est cette fonction qui lui a valu sa réputation de « somnifère naturel », vendue sans ordonnance dans de nombreux compléments alimentaires. Pourtant, réduire la mélatonine à ce seul rôle serait une erreur. Cette hormone agit également sur l’humeur, sur le système immunitaire, sur la régulation de la température corporelle et même sur la motricité intestinale. Elle possède en outre des propriétés vasodilatatrices, vasoconstrictrices et pro-inflammatoires, ce qui signifie concrètement qu’elle peut influencer le diamètre des vaisseaux sanguins et participer à certains processus inflammatoires. Autant de mécanismes discrets, mais bien réels, qui expliquent pourquoi cette petite molécule mérite davantage d’attention qu’un simple « coup de pouce » pour mieux dormir.
Des effets indésirables recensés par l’Anses
C’est justement parce que la mélatonine agit sur autant de fonctions de l’organisme que des effets indésirables ont pu être observés. Le dispositif national de nutrivigilance, piloté par l’Anses, a analysé 90 cas d’effets indésirables signalés à la suite de la consommation de compléments alimentaires contenant cette hormone. Parmi les symptômes rapportés figurent des maux de tête, des vertiges, une somnolence, des cauchemars, ou encore de l’irritabilité. D’autres signalements font état de troubles plus spécifiques, comme des tremblements ou des migraines, ainsi que de troubles digestifs tels que des nausées, des vomissements ou des douleurs abdominales. Chaque cas a été étudié individuellement par l’agence, qui a ensuite partagé ses conclusions avec les personnes concernées et les fabricants. Ces effets surviennent selon le contexte de consommation ou en interaction avec d’autres substances, ce qui souligne que la mélatonine, même en vente libre, n’est pas sans conséquence pour tout le monde.
Les populations qui doivent s’abstenir totalement
Face à ces constats, l’Anses a identifié des profils pour lesquels la consommation de compléments alimentaires à base de mélatonine est fortement déconseillée, voire à éviter totalement. Il s’agit notamment des femmes enceintes et allaitantes, des enfants et des adolescents, mais aussi des personnes souffrant de maladies inflammatoires ou auto-immunes. L’agence recommande également une grande prudence pour toute personne devant exercer une activité nécessitant une vigilance soutenue, dans la mesure où les effets sédatifs de la mélatonine peuvent altérer la concentration ou les réflexes. Ces recommandations ne relèvent pas du simple principe de précaution théorique : elles s’appuient directement sur l’analyse rétrospective des signalements reçus et sur une revue de la littérature scientifique disponible.
Quand un avis médical devient indispensable
Au-delà des populations devant s’abstenir complètement, d’autres situations imposent de solliciter l’avis d’un médecin avant toute prise de mélatonine. C’est le cas des personnes épileptiques, asthmatiques, ou souffrant de troubles de l’humeur, du comportement ou de la personnalité. Mais le point de vigilance le plus important concerne sans doute les personnes suivant un traitement médicamenteux. En effet, la mélatonine peut interagir avec d’autres substances, et ses propriétés sur le système immunitaire, les vaisseaux sanguins ou l’inflammation peuvent modifier l’efficacité ou la tolérance de certains médicaments. Un détail qui passe souvent inaperçu quand le produit est acheté sans ordonnance, presque par réflexe, comme on attraperait un flacon de vitamine C.
Compléments alimentaires et médicaments : une distinction essentielle
Il existe en France plusieurs formes d’utilisation de la mélatonine : des médicaments, des préparations magistrales et des compléments alimentaires. Or, ces statuts ne sont pas équivalents. Les compléments alimentaires, en vente libre, répondent à une réglementation différente de celle des médicaments à base de mélatonine, lesquels sont prescrits par un professionnel de santé pour des indications médicales précises et à des dosages contrôlés. Cette distinction est loin d’être anecdotique : elle explique pourquoi un même principe actif peut être perçu, à tort, comme totalement inoffensif sous forme de complément, alors qu’il fait l’objet d’un encadrement strict lorsqu’il est délivré comme médicament. C’est justement ce flou qui a poussé l’Anses à clarifier les choses et à rappeler que la mélatonine, quelle que soit sa forme, reste une substance active.
Les recommandations pour un usage raisonné
Sur la base de cette évaluation des risques, l’Anses a formulé des recommandations à destination de trois publics : les consommateurs, les fabricants et les professionnels de santé. L’idée directrice est simple : privilégier un usage ponctuel de la mélatonine plutôt qu’une consommation prolongée, faute de données suffisantes sur ses effets à long terme. Pour résumer les points de vigilance à garder en tête avant d’envisager une prise de mélatonine, on peut retenir les éléments suivants :
- éviter totalement les compléments en cas de grossesse, d’allaitement, chez les enfants et adolescents, ou en cas de maladie inflammatoire ou auto-immune
- demander un avis médical en cas d’épilepsie, d’asthme, de troubles de l’humeur ou de la personnalité
- être particulièrement vigilant en cas de traitement médicamenteux en cours, à cause du risque d’interactions
- privilégier une utilisation ponctuelle plutôt qu’un usage prolongé, en l’absence de données suffisantes sur le long terme
Ce qu’il faut retenir avant d’en prendre
La mélatonine n’a donc rien d’un simple geste de confort pour mieux dormir. C’est une hormone à part entière, dotée d’une influence bien plus large qu’on ne l’imagine sur l’organisme, et dont les compléments alimentaires ne devraient pas être consommés sans un minimum de recul. Pour les personnes concernées par une pathologie, un traitement en cours ou simplement un doute, l’avis d’un professionnel de santé reste le meilleur réflexe avant de glisser ce petit comprimé dans sa routine du soir.


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