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Un impact comme celui-là n’arrive qu’une fois tous les 132 ans : un projectile capable de raser un immeuble de plusieurs étages a frappé la Lune sans déclencher la moindre alerte

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Imaginez un projectile capable de raser un petit immeuble de plusieurs étages, fonçant sur la Lune à une vitesse vertigineuse, et personne, absolument personne, ne s’en aperçoit. Pas un radar, pas un télescope, pas une alerte. Pendant plus d’un an, cet événement cosmique majeur est resté totalement invisible aux yeux de la science, jusqu’à ce qu’un chercheur tombe dessus presque par hasard en épluchant des images de routine. Ce qui aurait pu rester une simple anecdote spatiale s’est transformé en découverte scientifique de premier plan, avec en prime une énigme thermique qui laisse aujourd’hui les astronomes perplexes.

À retenir

  • Le cratère McGetchin, formé entre avril et mai 2024 sur la Lune, n’a été repéré qu’en octobre 2025 par un chercheur d’Intuitive Machines analysant des images de la sonde LRO.
  • Avec 222 mètres de diamètre et 43 mètres de profondeur, cet impact d’une rareté exceptionnelle (un tel événement survient tous les 132 ans environ) constitue le plus grand cratère nouvellement formé jamais identifié dans le système solaire.
  • Une zone froide de 7 km autour du cratère, où les températures nocturnes sont 8 à 9 degrés plus basses, s’explique par le régolithe meuble projeté lors de l’impact, moins apte à retenir la chaleur que la roche compacte environnante.

Un cratère invisible pendant 17 mois : comment la NASA a raté l’impact du siècle

 comment la NASA a raté l'impact du siècleCrédit : © NASA / Intuitive Machines

Tout commence entre le 11 avril et le 22 mai 2024, quelque part sur le bord oriental de la Lune. Un objet venu de l’espace, probablement une roche errante ou une comète glacée, percute la surface lunaire à une vitesse suffisante pour creuser un véritable gouffre. Sans atmosphère pour le ralentir ou le désintégrer, l’impacteur frappe directement le sol, sans filtre, sans friction. Un phénomène impossible à reproduire sur Terre, où l’air joue précisément ce rôle protecteur.

Pourtant, il faudra attendre le 24 octobre 2025 pour que la trace de cet impact soit enfin identifiée. C’est Robert Wagner, chercheur chez Intuitive Machines, qui repère l’anomalie en analysant les clichés de la caméra LROC embarquée sur l’orbiteur LRO de la NASA, lors d’un contrôle qualité pourtant tout à fait ordinaire. Un détail qui donne le vertige : LRO tourne autour de la Lune depuis plus de 17 ans et a déjà permis d’identifier au moins 1 000 nouveaux cratères d’impact, sans compter les 100 000 changements de surface repérés au fil des années. Malgré cette surveillance minutieuse, l’un des impacts les plus significatifs jamais observés est passé entre les mailles du filet pendant plus d’un an.

Deux terrains de football et trois bus empilés : l’ampleur réelle du cratère McGetchin

Une fois repéré, le cratère révèle des dimensions qui interpellent immédiatement la communauté scientifique. Baptisé McGetchin en hommage à Tom McGetchin, géologue de terrain des missions Apollo, il s’étend sur 222 mètres de diamètre, soit à peu près la longueur de deux terrains de football mis bout à bout. Sa profondeur atteint quant à elle 43 mètres, une hauteur comparable à trois autobus scolaires empilés verticalement, ou presque à celle de l’Arc de Triomphe.

Ces proportions ne sont pas anodines. Selon les modèles de production de cratères utilisés par les chercheurs, un impact d’une telle ampleur ne se produit sur la Lune qu’une fois tous les 132 ans, voire moins fréquemment encore. Autrement dit, il s’agit d’un événement que la plupart des scientifiques n’observeront jamais de leur vivant. McGetchin est ainsi considéré comme le plus grand cratère nouvellement formé jamais identifié dans le système solaire, une découverte publiée dans la revue Science Advances.

Une zone froide de 7 kilomètres : l’anomalie qui n’a rien à voir avec la glace ou l’ombre

C’est là que l’histoire prend une tournure inattendue. Après la découverte visuelle du cratère, les scientifiques ont braqué sur la zone l’instrument Diviner Lunar Radiometer Experiment, spécialisé dans la mesure des températures de surface. Le résultat a de quoi surprendre : une véritable zone froide s’étendant sur environ 7 kilomètres autour du point d’impact, où les températures nocturnes sont inférieures de 8 à 9 degrés à celles du reste du paysage lunaire environnant.

Sur Terre, on aurait spontanément pensé à une plaque de glace ou à une simple zone d’ombre projetée par le relief. Mais sur la Lune, ces explications ne tiennent pas la route. Il n’y a ni couverture nuageuse, ni humidité persistante, et rien ne justifie une ombre aussi étendue et aussi froide. L’anomalie reste donc localisée précisément autour du site de l’impact, comme une empreinte thermique laissée par la collision elle-même.

Régolithe déplacé, chaleur perdue : ce que révèle vraiment le sol lunaire autour du cratère

L’explication la plus solide avancée par les chercheurs tient en un mot : le régolithe. Cette fine poussière lunaire, brassée et projetée lors de l’impact, se comporte très différemment de la roche compacte qui l’entourait auparavant. Moins dense, plus meuble, elle retient nettement moins bien la chaleur emmagasinée durant la journée lunaire, ce qui explique la chute de température observée la nuit venue tout autour du cratère.

Pour vérifier cette hypothèse, les scientifiques ont comparé l’ensemble des nouveaux cratères de plus de 20 mètres de diamètre recensés par LRO. Résultat : cet effet de refroidissement se répète systématiquement au-delà d’une certaine taille, confirmant que le phénomène n’est pas propre à McGetchin mais bien lié à la manière dont le sol lunaire réagit aux impacts les plus violents. Reste que la Lune continue de livrer ce type de surprises à un rythme soutenu : rien qu’en tenant compte des plus petits cratères détectables, environ 140 nouveaux impacts d’une dizaine de mètres se formeraient chaque année sur notre satellite.

En cet automne où l’actualité spatiale continue de nous rappeler à quel point notre voisine céleste reste mystérieuse, la découverte du cratère McGetchin illustre parfaitement cette idée : même un corps céleste que l’on scrute depuis des décennies peut encore cacher des phénomènes inédits. Entre un impact d’une rareté exceptionnelle et une anomalie thermique qui a nécessité une véritable enquête scientifique pour être comprise, cette histoire rappelle que la Lune n’a probablement pas fini de nous surprendre. Reste à savoir combien d’autres cratères de ce type attendent encore, quelque part sur sa surface, d’être enfin remarqués.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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