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Un Kényan qui avait contracté Ebola en République démocratique du Congo est mort à Nairobi le 5 octobre, ce qui constitue le premier cas de la maladie au Kenya. Au 11 octobre, 149e jour de l’épidémie, le Congo comptait 9 000 cas et 4 339 décès confirmés, soit un taux de létalité de 48,2 pour cent. Le nombre de cas confirmés est environ six fois supérieur à celui enregistré au même stade de l’épidémie de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest et le dernier rapport de situation publié par le ministère de la Santé au 9 octobre montre à quel point le virus devance le décompte officiel.
Le Kényan vivait au Congo depuis sept ans et, selon le ministre kényan de la Santé, Aden Duale, il y est tombé malade environ un mois avant son départ. Il s’est rendu par la route de Beni à Kampala, en Ouganda, le 2 octobre, puis a pris l’avion pour Nairobi le lendemain. Le ministère ougandais de la Santé a indiqué qu’il avait une « température normale » lors du contrôle effectué à Entebbe, et les autorités kényanes cherchent à déterminer si un médicament avait masqué ses symptômes lors du contrôle à son arrivée. Il est mort au Nairobi Hospital le 5 octobre, et le Kenya a confirmé l’infection par le virus Ebola ‘Bundibugyo’ le lendemain.
Au 11 octobre, le ministère kényan de la Santé faisait état de 122 contacts retrouvés, dont 108 en quarantaine sous surveillance quotidienne, aucun ne présentant de symptômes. Il s’agissait du seul résultat positif parmi les 293 échantillons analysés. Le Kenya accueille déjà, sur la base aérienne de Laikipia, un centre d’isolement financé par les États-Unis et réservé aux citoyens américains exposés, et la police a tué trois personnes qui manifestaient contre ce centre en juin.
Dans la province de l’Ituri, le 9 octobre, 25 des 47 nouveaux résultats positifs provenaient de prélèvements effectués sur des cadavres. Dans la zone de santé de Mandima, 14 des 15 décès enregistrés sont survenus dans la communauté, et dans l’ensemble du pays 30 des 40 décès confirmés de la journée ont eu lieu en dehors des centres de traitement. Stéphanie Hoffmann, qui coordonne le centre de traitement de Médecins sans frontières (MSF) à Butembo, a déclaré le 5 octobre que plus de 60 pour cent des morts liées à Ebola surviennent toujours dans la communauté. Les auteurs du bulletin ont néanmoins jugé « encourageante » la baisse du taux de positivité, passé de 20,4 pour cent le 2 octobre à 16,0 pour cent.
La recherche des vivants est tout aussi éprouvante. Sur 473 cas suspects validés le 9 octobre, 219 ont été transférés vers un centre de transit ou de traitement, et le bulletin ne dit pas ce qu’il est advenu des autres. Les équipes ont vu 83,1 pour cent des contacts répertoriés, contre 74,7 pour cent le 26 septembre, mais en deçà de l’objectif de 95 pour cent, qu’aucune province n’a atteint. En Ituri, 26 des 91 inhumations sécurisées n’ont pas pu être réalisées en raison de la résistance de la communauté.
Lorsque des patients suspects sont trouvés, il n’y a souvent nulle part où les placer. Au point de contrôle de Mabakese, dans la zone de santé de Mambasa, un cas suspect encore en vie n’a pas été orienté vers le centre de traitement faute de places disponibles. Au Nord-Kivu, les lits de traitement et de transit sont occupés à 87,2 pour cent, et 148 patients, soit près d’un tiers des personnes mises en isolement, sont maintenus dans des structures extérieures aux centres de traitement. « C’est comme lutter contre un mégafeu », a déclaré Hoffmann.
Dans la zone de santé de Ganga, dans la province du Bas-Uélé, deux patients nouvellement confirmés n’avaient pas été isolés. Le stock de vaccin Ervebo de la province est épuisé, avec 1 500 personnes vaccinées pour un objectif de 13 202. L’Ervebo a été mis au point contre l’espèce Zaïre d’Ebola, et son utilité contre le Bundibugyo fait encore l’objet d’études. Au Nord-Kivu, trois des 30 cas récemment confirmés étaient des agents de santé, deux à Katwa et un à Butembo.
L’épidémie s’étend désormais de l’Ituri et depuis le Nord-Kivu vers l’ouest jusqu’à Kisangani, sur le fleuve Congo, et jusqu’à Bulu, dans le Sud-Ubangi, à environ 1 150 kilomètres de Bunia. Les sept provinces touchées couvrent environ 679 000 kilomètres carrés, soit plus que la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone réunis, qui totalisent environ 429 000 km². L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a ajouté Alimbongo, au Nord-Kivu, à la liste des zones touchées le 8 octobre, et MSF a indiqué que la province concentre près de 40 pour cent des nouveaux cas confirmés à l’échelle nationale, contre 24 pour cent fin août.
L’épidémie d’Afrique de l’Ouest en 2014-2016 était la plus vaste enregistrée jusque-là. Au 147e jour, à compter de la notification par l’OMS de l’apparition de l’épidémie en Guinée, le 23 mars 2014, elle comptait environ 1 400 cas confirmés et 800 décès confirmés, selon les points de situation de l’OMS de l’époque, contre 8 914 et 4 315 au Congo. Même le total des cas confirmés, probables et suspects en Afrique de l’Ouest ne représentait pas le tiers du nombre de cas confirmés au Congo. Cette épidémie s’est achevée avec 28 616 cas toutes catégories confondues en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, dont 15 227 confirmés en laboratoire, et 11 310 décès.
Depuis Bunia, le 6 octobre, le journaliste congolais Akilimali Chomachoma, qui avait lui-même été testé dans un centre de traitement voisin, a déclaré au site d’information Democracy Now! que les autorités affirmaient que la situation était sous contrôle alors qu’il n’en voyait aucun signe. Il a salué le personnel, mais a décrit les patients qu’il voyait mourir autour de lui et a comparé les conditions à celles d’une « prison ». Lydia Combe, du Syndicat des journalistes de l’Ituri, a déclaré au site qu’ il n’y avait « aucune présence de journalistes locaux, y compris ceux qui vivent à Bunia ou dans la province de l’Ituri » pour répondre, ce qui, selon elle, créait «une certaine méfiance au sein de la communauté ». À Beni, le responsable communautaire Alberto Lusenge a déclaré à Al Jazeera que la méfiance pouvait dissuader les gens de signaler la maladie.
Les forces de l’État ont elles-mêmes aggravé le danger. Le soir du 29 septembre, un centre de transit pour les malades d’Ebola a été incendié dans le camp de déplacés de Kigonze, à la périphérie de Bunia, qui abritait environ 19 000 personnes, après que des soldats sont entrés dans le camp à la recherche d’armes et de membres présumés de groupes armés non étatiques. Un haut responsable de l’Organisation des Nations unies (ONU) a déclaré à l’Associated Press que les soldats avaient incendié le site, et que des milliers de personnes déplacées avaient fui. « Quand nous perdons un centre, cela signifie que nous perdons des capacités, que nous perdons un investissement, et qu’il nous faut tout recommencer », a déclaré Julien Harneis, coordinateur principal de l’ONU pour Ebola.
Les attaques contre les intervenants se poursuivent. Le 9 octobre, des habitants ont agressé une équipe chargée des inhumations dans le quartier de Bundji, au Nord-Kivu, et des équipes du Bas-Uélé ont eu besoin d’une escorte de sécurité pour se rendre à Dakwa. À Butembo, Marie-Celestin Karondwa, responsable local du parti au pouvoir qui avait appelé à la prévention d’Ebola à la radio, est mort le 27 septembre après que des habitants l’ont roué de coups et ont incendié sa maison. À Bunia, des agents de santé ont protesté contre des salaires impayés pour août et septembre. « La raison de notre frustration, c’est que les autorités ont toujours une dette envers nous », a déclaré Biongi Beiza, enquêteur dans la zone de santé de Bunia, qui a ajouté qu’une indemnité de transport de l’OMS couvrant 75 jours n’avait pas été versée.
Au sud de Butembo, sur le lac Édouard, le mouvement rebelle AFC-M23, soutenu par le Rwanda, a agi par décret. Le 5 octobre, Éphrem Kabasha, l’administrateur qu’il a installé dans le territoire de Rutshuru, a suspendu la pêche à Vitshumbi et à Nyakakoma ainsi que tout déplacement sur le lac, et fermé des routes jusqu’à nouvel ordre, invoquant pour seule justification des « mesures préventives ». Cet ordre est intervenu trois jours après la confirmation des premiers cas dans la zone voisine d’Alimbongo. « Nous allons avoir du mal à nous procurer de la nourriture. C’est un cauchemar », a confié un habitant de Vitshumbi à Friends of the Congo.
Au mois d’août, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré qu’au rythme actuel l’épidémie « éclipserait » celle d’Afrique de l’Ouest, Harneis a qualifié sa progression d’« exponentielle » et le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, Mohamed Janabi, a lancé un appel à une trêve humanitaire d’au moins six mois. Jean Kaseya, directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), affirme désormais que l’épidémie ne sera maîtrisée qu’« une fois que la dernière chaîne de transmission aura été rompue ». Le bulletin du 9 octobre montre que ces chaînes passent par des décès dans la communauté, des contacts non retrouvés et des lits pleins.
Craig Spencer, médecin urgentiste à l’université Brown, qui avait survécu à Ebola en 2014, a déclaré à Democracy Now! que les États-Unis, longtemps au cœur des ripostes à Ebola, s’étaient en pratique retirés dans les jours qui avaient suivi l’entrée en fonctions de la seconde administration Trump, lorsque l’Agence américaine pour le développement international (USAID) avait été vidée de sa substance. Le personnel des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), a-t-il dit, restait «dans la capitale ou loin [des événements]» et s’appuyait sur des informations de seconde main.
Les donateurs ont promis quelque 2,9 milliards de dollars depuis la déclaration de l’épidémie le 15 mai, dont environ 700 millions de dollars lors d’une réunion convoquée à New York le 23 septembre, et 886 millions de dollars venant des seuls États-Unis. Deux jours plus tard, l’administration Trump a bloqué une déclaration de l’ONU sur la préparation aux pandémies. Argent promis n’est pas argent versé. Le 4 octobre, Africa CDC réclamait toujours que «chaque dollar puisse être retracé, de l’engagement du donateur aux services fournis aux communautés ».
Depuis cinq mois, les responsables de l’OMS et de l’ONU multiplient les mises en garde et récitent des formules tandis que les puissances impérialistes retiennent les ressources qui permettraient de mettre, là où meurent les gens, des lits, des vaccins, des agents de santé rémunérés et des laboratoires. L’argent lui, existe tout comme la capacité de production nécessaire pour répondre aux besoins. Ce qui est absent, c’est une quelconque volonté des gouvernements capitalistes de subordonner leurs profit et intérêts stratégiques dans les mines du Congo à la vie des populations. Mettre fin à cette épidémie et prévenir les futures pandémies exige d’enlever l’industrie pharmaceutique des mains du privé et de bâtir un système mondial de santé publique organisé autour des besoins de la société. La seule force sociale capable de mener à bien cette tâche est la classe ouvrière internationale.


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