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Alors que la guerre en Ukraine connaît son escalade la plus dangereuse depuis son déclenchement, les puissances européennes ont adopté lundi la plus vaste extension à ce jour des sanctions contre l’industrie russe de l’armement. Le président américain Donald Trump ayant conclu un accord sur le diesel avec Vladimir Poutine et réclamé ouvertement le départ du président ukrainien Volodymyr Zelensky, les gouvernements européens, eux, intensifient leur offensive de guerre économique et militaire contre la Russie.
Ces sanctions européennes s’inscrivent dans une stratégie visant à affaiblir le régime de Poutine et à préparer une guerre directe avec la Russie, afin d’imposer les propres intérêts impérialistes en Ukraine, dans toute l’Europe de l’Est et l’Eurasie. Dans le même temps, le conflit avec Washington s’aggrave, l’administration Trump poursuivant des objectifs géopolitiques et économiques de plus en plus divergents.
Lundi, le Conseil de l’UE a ajouté 1 569 personnes et entreprises à sa liste de sanctions: 826 entreprises russes et 743 de leurs dirigeants. Selon les chiffres de l’UE, les entreprises visées réalisent un chiffre d’affaires annuel d’au moins 20 milliards d’euros et emploient plus de 250 000 personnes.
Ces mesures visent l’épine dorsale industrielle de l’économie de guerre russe: les fabricants et fournisseurs de missiles, de drones et d’avions, ainsi que les producteurs de semi-conducteurs, d’électronique, de technologies radar et navigation, et de munitions. Leurs avoirs seront gelés et toute transaction financière ou économique avec eux sera interdite. Les dirigeants concernés seront en outre frappés d’interdiction de voyager. Au total, les listes de sanctions de l’UE comptent désormais près de 4 600 personnes et organisations.
Les nouvelles mesures intensifient une guerre économique complète. Selon le Conseil de l’UE, les interdictions commerciales portent sur des marchandises représentant 48 milliards d’euros d’exportations vers la Russie et 91,2 milliards d’euros d’importations en provenance de Russie, par rapport aux volumes d’échanges de 2021. Plus de 100 banques russes sont frappées d’interdictions de transactions. Quelque 210 milliards d’euros d’avoirs de la banque centrale de Russie sont gelés dans l’UE, les revenus tirés de ces avoirs servant à financer l’Ukraine.
La cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a déclaré: « Ce n’est pas le moment de relâcher la pression sur Moscou, mais de l’accroître. » Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), a parlé d’une « frappe de sanctions sans précédent contre l’économie de guerre de Poutine » et a annoncé que la Russie ne pouvait «pas gagner cette guerre et ne la gagnera pas. »
Ces déclarations font suite à de nouveaux avertissements nucléaires russes. Fin septembre, Moscou a menacé d’utiliser tout son arsenal, y compris les armes nucléaires, en cas de blocus de Kaliningrad par l’OTAN. Poutine a mis en garde contre un « point de non-retour fatal ». Le chancelier allemand Friedrich Merz a répondu non par une désescalade, mais en annonçant de nouvelles livraisons d’armes et le développement conjoint de systèmes d’armes d’une portée supérieure à 1 000 kilomètres, lors de sa visite à Kiev le 4 octobre.
Le général américain Alexus Grynkewich, commandant suprême des forces alliées en Europe, a montré lundi, au Forum de sécurité de Varsovie, à quel point les préparatifs de guerre de l’OTAN contre la Russie sont concrets. Sous le titre « Théorie de la victoire », il a présenté un plan en trois temps: intercepter une attaque ennemie (« block »), affaiblir les forces attaquantes (« blunt ») et, enfin, détruire le système de combat de l’ennemi (« break »).
Si l’ennemi poursuivait son attaque ou déployait des réserves, l’OTAN viserait « tout » ce qui « soutient, approvisionne et contrôle » ses forces armées. Grynkewich a présenté cela comme une réponse à une attaque contre le territoire de l’OTAN. En réalité, il décrivait des opérations qui pourraient s’étendre bien au-delà du champ de bataille immédiat, jusqu’au cœur de la Russie. L’OTAN était prête à « se battre dès ce soir », s’est vanté le général.
Hier mardi, a de plus commencé l’exercice nucléaire de l’OTAN Steadfast Noon. Y participent 17 pays et les procédures d’opérations nucléaires doivent être répétées en Italie, dont des opérations impliquant des avions de chasse capables d’emporter des armes nucléaires. Aucune arme nucléaire en état de frapper ne sera employée. L’OTAN présente cet exercice comme un entraînement de routine planifié de longue date, qui n’est dirigé contre aucun pays en particulier.
Mais étant donné la confrontation aiguë avec la Russie, ses récentes menaces nucléaires et l’expiration en février du traité New START qui limitait les arsenaux nucléaires stratégiques des États-Unis et de la Russie, le danger d’une escalade catastrophique et d’une erreur de calcul saute aux yeux. Sous l’étendard de la « dissuasion nucléaire », on répète des procédures qui serviraient à l’emploi effectif d’armes nucléaires dans un conflit réel.
Réactions furieuses à l’accord de Trump avec Poutine sur le diesel
Les préparatifs de guerre européens s’intensifient à mesure que la politique jusqu’ici largement coordonnée avec Washington se fracture de plus en plus.
Vendredi, Trump a annoncé la reprise des livraisons de diesel russe à la suite d’un entretien avec Poutine. Dans un premier temps, plus de 300 000 tonnes doivent parvenir aux marchés américain et international, d’autres livraisons devant suivre. Washington a suspendu jusqu’en avril 2027 les sanctions à cet égard. « C’est un accord énorme, et je tiens à remercier Vladimir Poutine », a déclaré Trump.
Peu après, il a exigé un nouveau président ukrainien, disposé à conclure un accord pour mettre fin à la guerre. Parallèlement, Washington exige l’arrêt des attaques ukrainiennes contre les raffineries russes. Selon le Financial Times, les négociateurs américains ont menacé de suspendre le partage de renseignements et les livraisons d’armes à Kiev. Cela affaiblirait gravement l’effort de guerre de l’Ukraine, qui dépend fortement de la technologie et du matériel américains.
Les réactions européennes ont été furieuses. Kallas a déclaré que les États-Unis restaient le plus important allié de l’Europe, mais que la guerre ne pouvait prendre fin que par « davantage de pression sur la Russie ». La ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, a exigé que l’UE accroisse son soutien et recoure aux avoirs russes gelés « quoi qu’il arrive avec les États-Unis ». Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Kęstutis Budrys, a évoqué l’« intérêt vital » de l’Europe à continuer de soutenir l’Ukraine.
Le quotidien économique allemand Handelsblatt a publié un commentaire sous le titre « Le pacte du diesel entre Trump et Poutine – une trahison de l’Ukraine et de l’Europe ». Un autre « Morning Briefing » du journal s’intitulait « Poutine et Trump – ils font cause commune contre l’Europe ». L’eurodéputé des Verts Sergey Lagodinsky a lui aussi parlé de « trahison ». Le gouvernement allemand s’est abstenu de critiquer ouvertement Trump, mais a insisté pour dire que « Le soutien à l’Ukraine dans sa lutte défensive [restait] inébranlable. »
Alors que Washington autorise de nouveau les livraisons de diesel russe et presse Kiev de faire des concessions, les gouvernements européens insistent sur l’isolement économique de la Russie et la poursuite de la guerre.
Le cours suivi par Trump n’a bien entendu rien à voir avec un amour pour la paix. Il obéit aux intérêts d’une fraction de l’impérialisme américain. Confrontée à la flambée des prix de l’énergie, notamment du fait de la guerre des États-Unis contre l’Iran, la Maison-Blanche cherche, peu avant les élections de mi-mandat, une entente avec Moscou qui préserve les intérêts économiques américains. Les puissances européennes voient leurs propres objectifs géopolitiques menacés par cette évolution.
Les intérêts impérialistes de l’Europe
Contrairement à la propagande officielle, les gouvernements européens ne se soucient pas de défendre la souveraineté ukrainienne et encore moins la démocratie. Ce sont d’énormes intérêts économiques et stratégiques qui sont en jeu en Ukraine: matières premières, voies d’acheminement de l’énergie et de transport, terres agricoles, marchés et un futur rapport de forces en Europe de l’Est.
Pour l’Allemagne, l’Ukraine revêt une importance centrale en raison de sa situation géographique et de ses ressources. Elle se trouvait déjà au cœur de la guerre impérialiste et de la politique de grande puissance de l’Allemagne durant la Première et la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, son intégration économique et militaire dans la sphère d’influence européenne vise à repousser la Russie et à ouvrir de nouvelles sphères d’influence aux groupes européens.
En juin, le Conseil européen a expressément déclaré: « L’Europe a un rôle clé à jouer dans tout futur règlement de paix et est prête à défendre ses intérêts. » Berlin, Bruxelles et Paris craignent que Trump ne conclue par-dessus leur tête un accord avec Poutine qui sape leurs ambitions stratégiques.
Merz s’est rendu à Kiev début octobre accompagné non seulement d’officiers et de diplomates, mais aussi de la ministre de l’Économie Katherina Reiche et de représentants de groupes allemands comme Siemens Energy, Hensoldt, Diehl Defence et Quantum Systems. Berlin poursuit l’intégration des industries allemande et ukrainienne de l’armement. Wadephul a déclaré expressément que l’industrie allemande de la défense devait profiter de l’aide militaire.
Parallèlement, la guerre sert la réorientation fondamentale de l’impérialisme allemand. Confronté à la crise de son modèle exportateur, aux conflits commerciaux avec les États-Unis et à la concurrence de la Chine, Berlin se lance dans un réarmement massif. Quelque 140 milliards d’euros sont prévus pour la Bundeswehr (armée allemande) et la défense en 2027. L’Allemagne entend devenir la première puissance militaire d’Europe afin de faire valoir ses propres intérêts indépendamment de Washington et, à l’avenir, y compris contre Washington.
Politique de guerre et opposition intérieure
L’agressivité de la politique de guerre est indissociable de tensions sociales et politiques explosives. Tandis que les gouvernements dépensent des milliards pour la guerre, ils détruisent des emplois et réduisent les prestations sociales. En France, près d’un demi-million de travailleurs et de jeunes ont manifesté le 6 octobre; plus de 6 600 personnes ont été arrêtées au cours du mouvement. En Espagne, des centaines de milliers de personnes ont protesté contre la flambée des loyers et les expulsions. Les grèves et les manifestations gagnent d’autres pays européens.
Dans ces conditions, la propagande selon laquelle la Russie mène déjà la guerre contre l’Europe prend toute sa signification. Le chef du Service fédéral de renseignement (BND), Martin Jäger, a récemment déclaré que la Russie menait contre l’Allemagne une « guerre de l’ombre ». Wadephul a justifié les nouvelles sanctions en invoquant des « attaques hybrides contre des États membres de l’UE » prétendument en augmentation, et a évoqué une tentative d’attaque par drone à l’aéroport de Leipzig/Halle.
L’affirmation que la confrontation a été imposée à l’Europe vise à justifier sa propre escalade au nom de la légitime défense et à discréditer l’opposition intérieure. Les préparatifs de guerre vont de pair avec le renforcement des services de renseignement, l’extension de l’appareil policier et de surveillance et les attaques contre les droits démocratiques.
La guerre n’est pas simplement une diversion face à la crise politique intérieure. Le militarisme, les coupes sociales et les formes de gouvernement autoritaires proviennent des mêmes contradictions fondamentales du capitalisme. Mais la classe dirigeante exploite la confrontation extérieure pour exiger l’unité nationale, imposer des sacrifices et réprimer l’opposition sociale grandissante.
Les nouvelles sanctions, les plans de guerre de l’OTAN et l’exercice nucléaire en cours montrent comment chaque étape de l’escalade prépare la suivante et accroît le danger d’un affrontement dévastateur entre puissances dotées de l’arme nucléaire. Dans ce contexte, la construction d’un mouvement socialiste indépendant contre la guerre, qui unisse à l’échelle internationale l’opposition des travailleurs et des jeunes à la guerre, aux coupes sociales et à la répression, est de la plus grande urgence.


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