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Chili : des grèves paralysent les plus grandes mines de cuivre du monde

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Escondida, dans le nord du Chili, la plus grande mine de cuivre du monde [Photo: BHP]

Deux des plus grandes exploitations de cuivre du monde sont désormais paralysées par la grève, alors que la lutte des classes éclate dans le secteur qui est le poumon de l’économie chilienne. À la mine de Centinela, vaste complexe d’extraction de cuivre et d’or à ciel ouvert que possède Antofagasta Minerals, le groupe de la famille Luksic, 709 travailleurs des syndicats de la mine Esperanza et du district de Centinela sont en grève depuis le 7 octobre. À la mine d’Escondida, la plus grande mine de cuivre du monde, exploitée par le géant anglo-australien BHP, le Syndicat n° 2 des superviseurs et du personnel, qui compte 1 020 membres, a annoncé une grève pour le mercredi 14 octobre, après que 94,8 pour cent de ses membres ont rejeté l’offre finale de l’entreprise.

Ces grèves sont l’expression saisissante d’une crise qui secoue l’ensemble de l’industrie minière chilienne, une crise marquée par la chute de la production, la hausse des prix et la multiplication des décès, et par une classe ouvrière qui commence à se dresser contre l’appareil syndical néocorporatiste qui joue le rôle de gendarme depuis quatre décennies.

Dimanche, un nouvel accident grave à la division El Teniente de Codelco a coûté la vie à deux travailleurs de l’entreprise sous-traitante Aura Ingeniería S.A. Un glissement de terrain dans le secteur Rajo Sur de l’exploitation a piégé des opérateurs mécaniciens de l’entreprise sous-traitante qui effectuaient une inspection. Les deux travailleurs, âgés de 34 et 53 ans, ont été ensevelis sous les débris et ont été retrouvés morts à l’issue des opérations de recherche et de sauvetage. Cette dernière tragédie porte à 11 le nombre total de décès dans les mines cette année.

Les deux conflits montrent à quel point la lutte s’est éloignée du terrain traditionnel de la « prime de fin de conflit ». À Centinela, la revendication centrale n’est pas une augmentation de salaire, mais l’élimination de ce que les syndicats appellent la « discrimination systématique », c’est-à-dire les écarts de salaires et d’avantages entre des travailleurs qui accomplissent des tâches identiques mais appartiennent à des syndicats différents. L’entreprise a répondu que ces différences découlent de conventions collectives « négociées à des moments différents » et ne résultent d’aucune décision de sa part. Elle a proposé une augmentation réelle des salaires de 2 pour cent, une prime de règlement d’environ 23 000 dollars par travailleur et un prêt à conditions avantageuses.

À Escondida, le conflit porte sur la volonté de l’entreprise d’imposer un système de rotation 14×14 et la « polyvalence », c’est-à-dire l’obligation pour les superviseurs de conduire des engins lourds lorsque les opérateurs habituels ne sont pas disponibles. Le président du syndicat, Alexis Barrera, a dénoncé ces mesures comme une menace directe pour la sécurité : « Les superviseurs ne connaissent pas ces équipements lourds. Il y a un problème de certification [...] Ce qu’ils veulent, c’est obtenir plus de travail avec moins de monde. » BHP a retiré les deux clauses les plus contestées durant la médiation, mais refuse de modifier son offre financière, que le syndicat estime inférieure d’environ 69,5 millions de dollars à ses revendications.

Comme l’a fait observer le 10 octobre la publication spécialisée Chile País Minero, « ce sont des revendications difficiles à régler avec de l’argent seulement. Une prime de fin de conflit peut être substantielle et ne pas répondre pour autant à ce que les travailleurs perçoivent comme un traitement inégal ou une menace pour leurs conditions de travail. » La conclusion de la publication est lourde de sens : « le conflit ne peut plus se résoudre avec une prime ».

Des prix records, une extraction qui s’effondre

Les grèves se déroulent sur fond d’une crise profonde de l’industrie elle-même. Le cuivre s’échangeait à environ 14 680 dollars la tonne le 9 octobre, et son cours moyen annuel atteint environ 13 470 dollars, soit une hausse de 40,4 pour cent par rapport à 2025. En août, le métal a atteint un sommet historique d’environ 14 860 dollars la tonne. Pourtant, ce même mois, le Chili a produit 369 500 tonnes – soit 13 pour cent de moins qu’un an plus tôt, son pire résultat mensuel depuis février 2011.

Tel est le paradoxe central de l’économie chilienne : le pays ne parvient pas à produire du cuivre alors que son prix atteint le plus haut niveau de l’histoire. Manuel Viera, président de la Chambre chilienne des mines, a déclaré à El Mercurio Online : « Je qualifierais cela de crise de gestion et d’approvisionnement, et non de crise de marché. Personne ne nous achète moins ni ne nous paie moins. Nous ne parvenons pas à produire, même au meilleur prix de l’histoire, et un pays minier ne peut pas se le permettre. »

Les chiffres sont éloquents. De janvier à août, la production a totalisé 3,25 millions de tonnes, soit 8 pour cent de moins qu’à la même période l’an dernier. Trois entreprises – la société d’État Codelco, Escondida et Spence – expliquent 91 pour cent de ce recul. El Teniente, de Codelco, a reculé de 27 pour cent en raison des restrictions imposées après l’accident de juillet 2025 qui a coûté la vie à six travailleurs ; Chuquicamata a reculé de 22 pour cent ; Ministro Hales, de 21 pour cent. Escondida a perdu 73 500 tonnes entre janvier et juillet en raison de la baisse de la teneur du minerai. Centinela a reculé de 16,8 pour cent.

Le ministre de l’Économie et des Mines, Daniel Mas, prévoit un recul de 6,6 pour cent de la production minière en 2026, à environ 5 millions de tonnes. L’estimation du dirigeant de la Chambre chilienne des mines, Manuel Viera, est plus pessimiste encore : 4,95 millions de tonnes, le niveau le plus bas depuis 2003, avec une perte potentielle de 6 milliards de dollars d’exportations et d’environ un point de croissance du PIB si les grèves se prolongent.

La crise minière est indissociable de la détérioration plus générale de l’économie chilienne. L’indice mensuel de l’activité économique (Imacec) a reculé de 1 pour cent en août, deuxième contraction mensuelle consécutive, entraîné vers le bas par l’effondrement de 17,4 pour cent de la production minière, la pire baisse mensuelle en 15 ans. Le ministre des Finances, Jorge Quiroz, a relevé que la dernière contraction d’une telle ampleur dans le secteur minier remontait à la grève de 44 jours à Escondida, en 2017.

Le chômage est monté à 9,6 pour cent, son plus haut niveau depuis 2021, le chômage féminin atteignant 10,3 pour cent. L’inflation reste obstinément élevée, en partie à cause de la décision du gouvernement Kast de mettre fin au mécanisme de stabilisation des prix des carburants, ce qui a fait flamber les prix du diesel.

Six régions sont entrées en récession technique au premier semestre 2026. La contraction se fait sentir le plus durement dans les régions minières d’Antofagasta (6,3 pour cent), de Tarapacá (4,5 pour cent) et d’O’Higgins (4,2 pour cent). Le recul économique global a été atténué par une légère croissance dans la région métropolitaine (1,6 pour cent), qui représente près de la moitié du PIB du pays.

Cette crise est gérée par le gouvernement d’ultradroite de José Antonio Kast, dont le budget 2027 démantèle l’éducation publique, la santé et la culture tout en comblant d’avantages fiscaux les monopoles miniers. Le gouvernement Kast est étroitement lié à l’administration Trump, qui y voit un modèle pour son projet « Bouclier des Amériques ».

Cinq morts en deux semaines

Le coût humain de la course au profit s’écrit dans le sang. Cinq mineurs sont morts en un peu plus de deux semaines. Outre les deux dernières victimes du glissement de terrain de dimanche à Escondida, Carlos Rodríguez Soto a été tué le 23 septembre dans un accident de maintenance sur la même mine. Le 1er octobre, Waldo Alexis Castillo Barraza, mécanicien de 49 ans employé par l’entreprise sous-traitante Berliam SpA, est mort écrasé alors qu’il changeait une poulie sur un convoyeur à la mine Radomiro Tomic de Codelco. Le 6 octobre, Nelson Torres Parra, 46 ans, opérateur de forage, a été retrouvé mort à côté d’une foreuse à la mine Los Colorados, à Vallenar.

Ces cinq décès, et les 11 recensés jusqu’ici en 2026, font suite aux 20 morts de l’an dernier, le chiffre le plus élevé depuis 2014, année où 27 décès avaient été signalés. Au moins quatre des victimes récentes étaient des travailleurs sous-traitants, la partie de la main-d’œuvre jugée remplaçable. Le WSWS a montré en août comment les six travailleurs tués à la mine El Teniente de Codelco en juillet 2025 avaient été victimes d’une chaîne de commandement qui avait systématiquement ignoré les alertes sismiques, dissimulé les conditions dangereuses au contrôleur et falsifié les rapports de sécurité. La même logique est à l’œuvre à Escondida, où Sernageomin a révélé qu’une inspection de février 2026 avait ordonné 31 mesures correctives, sept mois avant la mort de Rodríguez Soto. Sernageomin, l’organisme chargé de réguler le secteur, ne dispose que de neuf inspecteurs pour environ 1 700 installations minières à Antofagasta.

Ces décès surviennent alors que les profits atteignent des niveaux records pour l’exercice budgétaire 2026. BHP a réalisé une production de cuivre record lors de l’exercice budgétaire 2025, Escondida produisant 1,2 million de tonnes, son plus haut niveau en 17 ans. Les profits après impôts d’Escondida ont atteint 6,732 milliards de dollars à l’exercice budgétaire 2026, contre 4,237 milliards $ l’année précédente.

D’après les calculs mêmes du syndicat, le coût total de ses revendications dans la négociation collective pourrait être couvert par quatre jours de production. Pendant ce temps, la fortune d’Iris Fontbona, matriarche du clan minier Luksic, a bondi de 91 pour cent en une seule année pour atteindre 55,6 milliards de dollars. Mike Henry, PDG mondial de BHP, a perçu une rémunération totale de 8,5 millions de dollars.

Telle est la réalité qui se cache derrière l’insistance des entreprises à affirmer que « la production prévue reste inchangée » et leurs offres d’augmentations réelles de salaire de 2 pour cent. Les barons du cuivre tirent d’énormes profits de la rareté même que leur propre grève de l’investissement a engendrée, tout en exigeant que les travailleurs acceptent l’intensification de l’exploitation – postes plus longs, polyvalence, érosion de la sécurité – comme prix à payer pour maintenir leur emploi.

L’« unification » des syndicats : un piège, pas une victoire

La formation de la FESIN BHP-Chile, fédération regroupant plus de 5 000 travailleurs d’Escondida et de Spence, a été saluée comme un pas en avant historique. Le journal centriste El Porteño y a vu « l’embryon d’une organisation politique de classe dans un secteur stratégique de l’économie nationale ». La Izquierda Diario, organe moréniste, a relayé les déclarations de la fédération dénonçant la « crise de la sécurité » chez BHP. Ces deux tendances assimilent les syndicats à la classe ouvrière. C’est faux dans les faits. Les syndicats ne sont pas des organes de la classe ouvrière ; ce sont des intermédiaires, une couche de fonctionnaires interposée entre le capital et le travail. Leur position sociale est définie par leur rôle dans la gestion de la vente de la force de travail dans le cadre du système capitaliste. Historiquement, ils ont intérêt au maintien du droit bourgeois et de l’État capitaliste, et non à leur renversement. La bureaucratie syndicale vit de l’ordre même qu’elle prétend combattre : ses fonctions, ses cotisations, sa reconnaissance légale, ses sièges à la table des négociations dépendent tous de la survie du système d’exploitation.

La mondialisation a rendu ce rôle plus cru encore. À l’ère de la production mondialisée, les syndicats sont devenus les policiers des entreprises sur le lieu de travail. Ils siègent dans des tables rondes tripartites néocorporatistes aux côtés de l’État et du patronat et imposent à leurs propres membres les diktats du patronat et du gouvernement. Ils négocient les régimes de sous-traitance qui ont précarisé une large part de la main-d’œuvre minière. Ils gèrent le système de la « prime de fin de conflit », qui substitue des versements ponctuels à des hausses de salaire permanentes. Ils font la police au sein des effectifs entre deux conventions collectives, étouffant les grèves sauvages et faisant respecter la discipline de production.

C’est précisément ce que fait la FESIN BHP-Chile. Elle publie des communiqués. Elle témoigne devant des commissions parlementaires, comme l’a fait Alexis Barrera devant la commission des Mines de la Chambre des députés, réclamant « un contrôle renforcé » et « zéro décès » à l’État même qui garantit les profits des entreprises. Elle organise des actions de protestation symboliques devant les sièges des entreprises à Santiago, avec grèves de la faim et campements dans le quartier financier. Mais elle ne mobilise jamais la puissance sociale de la classe ouvrière. Elle n’appelle pas les 2 300 membres du Syndicat n° 1 à se joindre à la grève des superviseurs. Elle n’unit pas les salariés directs et les travailleurs sous-traitants qui meurent dans les mines. Elle ne relie pas la lutte des mineurs au combat plus large contre le gouvernement Kast. Toute son activité vise à cantonner la lutte dans le cadre légal de la négociation au niveau de l’entreprise et à livrer un contrat de trahison au moment décisif.

Les deux expressions politiques du révisionnisme ont pour fonction de maintenir la classe ouvrière attachée à ces organisations. Les morénistes font office de satellites des partis qui dominent les syndicats – le Parti communiste stalinien, le Parti socialiste, le Frente Amplio – leur emboîtant le pas à chaque manœuvre tout en se posant en critiques de gauche. La Izquierda Diario dénonce la « bureaucratie qui ne veut pas lutter » pour mieux entretenir l’illusion qu’une pression sur la bureaucratie peut la contraindre à lutter, liant ainsi plus étroitement les travailleurs à l’appareil même qui les trahit. Le centrisme latino-américain, pour sa part, en appelle à l’unité de la gauche – l’unité des travailleurs avec les partis bourgeois et petits-bourgeois et leurs fonctionnaires syndicaux – comme condition préalable à toute lutte. El Porteño présente la fédération comme un « bond en avant dans l’unité des travailleurs » alors qu’elle est en réalité une consolidation de l’appareil de collaboration de classe. Les deux tendances glorifient la spontanéité des travailleurs tout en les enchaînant à ces vieilles organisations bureaucratiques d’une époque révolue, en ramenant leur colère dans l’impasse de l’ordre existant et en les désarmant avant l’affrontement décisif.

Les syndicats néocorporatistes du Chili sont depuis 40 ans un pilier essentiel de la stabilité capitaliste. Ils mettent un terme aux grèves au moment décisif, comme l’a montré la lutte d’Escondida en 2018, lorsque le syndicat a imposé une prolongation de 18 mois de la convention à des travailleurs qui avaient voté à une écrasante majorité en faveur de la grève. Le bilan de la grève de 2024 à Escondida, menée par le Syndicat n° 1, beaucoup plus important, est tout aussi instructif. Comme l’a rapporté le World Socialist Web Site, le syndicat « a utilisé à maintes reprises de telles grèves limitées comme soupape de sécurité pour étouffer l’opposition et imposer des contrats de capitulation ». Il a refusé de rallier les travailleurs sous-traitants non syndiqués, d’organiser des piquets de grève ou de faire appel à des couches plus larges de travailleurs, isolant ainsi la grève et faisant de la défaite un fait accompli.

Le fait le plus accablant dans les négociations en cours du Syndicat n° 2 est ce qui en est absent. Au fil des cycles de négociation de 2017, 2020 et 2023 à Escondida, il n’y a eu aucune augmentation permanente du salaire de base. Les gains ont été entièrement structurés sous forme de primes uniques de fin de conflit, de prêts à conditions avantageuses et d’améliorations des avantages sociaux. Le vice-président de BHP lui-même, Pablo Pisani, a admis lors de la médiation de 2026 qu’« au cours des trois dernières années, les rémunérations ont augmenté de plus de 26 pour cent, compte tenu des ajustements à l’IPC et des augmentations individuelles ».

Voilà la distinction cruciale. La loi chilienne garantit que le salaire de base est automatiquement ajusté à l’inflation à chaque renouvellement. Ce que BHP présente comme une « hausse de 26 pour cent » correspond essentiellement au cumul des ajustements à l’IPC et des augmentations individuelles au mérite, et non à un relèvement structurel de la base salariale collective. La plainte du syndicat sur l’« augmentation zéro » a un sens précis : la convention collective n’a jamais négocié de hausse supérieure à l’IPC, ce qui signifie que les travailleurs n’ont pas profité des profits élevés alors que les prix sont à des niveaux records.

L’évolution de la prime de fin de conflit en dit long : 7,7 millions de pesos chiliens (7 854 dollars) en 2017, 15 millions en 2020, 17,8 millions en 2023, et 23,5 millions dans l’offre actuelle de BHP. Ce versement unique, qui va croissant, est le mécanisme préféré de l’entreprise parce qu’il ne coûte rien de façon permanente et repart de zéro à chaque négociation.

Les grèves de Centinela et d’Escondida ne doivent pas être vues comme des conflits de négociation collective isolés, mais comme une composante de la combativité montante de la classe ouvrière internationale. Elles font suite à la vague de grèves qui a déferlé sur les usines automobiles, les systèmes de santé et les réseaux logistiques d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie. Ces grèves et ces protestations sont alimentées par un coût de la vie impossible à supporter et par un conflit grandissant avec l’appareil syndical corrompu.

Les syndicats néocorporatistes – y compris la FESIN-BHP – sont experts dans l’art de contenir la radicalisation et ne chercheront qu’à étouffer et à trahir cette combativité. Leur fonction est de ramener la colère des travailleurs dans l’impasse de la négociation au niveau de l’entreprise, d’isoler chaque lutte et d’imposer des contrats de capitulation au moment décisif. Les morénistes de La Izquierda Diario et les centristes d’El Porteño sont complices de cette trahison. Ils glorifient la spontanéité des travailleurs tout en refusant d’apporter la moindre direction politique, et ils entretiennent l’illusion qu’une pression sur la bureaucratie syndicale peut la forcer à lutter.

La classe ouvrière ne peut avancer qu’en construisant des organes de lutte indépendants. Le WSWS appelle à la création d’« organisations de la base indépendantes, démocratiques et combatives des travailleurs dans les usines, les écoles et les lieux de travail, à l’échelle internationale, comme nouveaux organes de lutte ». Ces comités doivent unir les salariés directs et les travailleurs sous-traitants – la division entre eux est l’arme centrale des compagnies minières – et doivent relier les revendications économiques des mineurs à la lutte politique contre le gouvernement Kast et contre l’ensemble de l’ordre capitaliste.

Les travailleurs chiliens ont une longue histoire d’initiatives précisément de ce type. Sous le gouvernement d’Unité populaire de Salvador Allende, les Cordones Industriales, ceintures industrielles de conseils ouvriers, ont émergé comme des organes embryonnaires du pouvoir ouvrier, coordonnant la production et la lutte à travers les usines et les mines. Ils ont été trahis par le Parti communiste stalinien et le Parti socialiste, qui ont subordonné la classe ouvrière à la « bourgeoisie nationale progressiste » et, dans le cas de la grève d’El Teniente, ont déployé des troupes pour écraser des travailleurs qui échappaient au contrôle du gouvernement. Le résultat a été le coup d’État de 1973 et la dictature de Pinochet.

La leçon de cette défaite n’est pas que le pouvoir ouvrier est impossible, mais qu’il exige une direction révolutionnaire. Le WSWS écrivait à l’occasion du 50e anniversaire du coup d’État : « La leçon fondamentale de la défaite chilienne était que la classe ouvrière était disposée et apte à prendre le pouvoir politique, mais qu’elle manquait de l’élément décisif d’une direction révolutionnaire, d’un parti fondé sur le trotskysme et sur l’assimilation des leçons amères du XXe siècle. »

Les mineurs de Centinela et d’Escondida combattent les sociétés les plus puissantes de la planète, soutenues par l’État chilien et les puissances impérialistes. Leur lutte ne peut être gagnée qu’en s’unissant à leurs frères et sœurs de classe à travers le Chili et à l’échelle internationale, en construisant des comités de base qui arracheront la lutte des mains de la bureaucratie syndicale, et en se battant pour exproprier les mines et les placer sous le contrôle démocratique de la classe ouvrière. Les ressources existent pour assurer à chaque Chilien une vie décente. Ce qui manque, ce n’est pas l’argent, mais l’indépendance politique de la classe ouvrière à l’égard des partis et des syndicats qui servent d’instruments de la domination capitaliste.

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