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Notre flore intestinale renferme des trésors... Une étude publiée dans la revue Cells Report Medicine vient (encore une fois !) de le prouver. Des chercheurs de l'Institut du cancer UF Health (États-Unis) ont découvert qu'un petit composé produit naturellement par des bactéries intestinales pouvait doubler la réponse au traitement d'immunothérapie du cancer du poumon chez la souris.
La molécule pourrait, à l'avenir, devenir un médicament utilisé comme thérapie combinée aux traitements d'immunothérapie déjà utilisés actuellement.
L'immunothérapie est un traitement qui agit sur le système immunitaire d'un patient pour l'aider à lutter contre sa maladie. Dans le cas d'un cancer, les médicaments d'immunothérapie ne s'attaquent pas directement à la tumeur. Ils stimulent les cellules du système immunitaire impliquées dans la reconnaissance et la destruction des cellules tumorales.
Seulement 20 % des patients traités par immunothérapie y répondent
Autrement dit, l'immunothérapie booste nos défenses naturelles, de façon ciblée, pour mieux combattre le cancer. Cependant, de nombreux patients atteints de cancer ne répondent pas à l'immunothérapie.
« Pour tous les cancers confondus, seulement 20 % environ des patients traités par inhibiteurs de points de contrôle immunitaire y répondent, contre 80 % qui n'y répondent pas. Par conséquent, tout traitement susceptible d'améliorer la réponse immunitaire représente une avancée majeure », explique Rachel Newsome, docteure en sciences, chercheuse postdoctorale au sein du laboratoire du docteur Christian Jobin (Floride) et première auteure de l'étude.
La découverte de ce précieux composé dans notre flore intestinale a pris du temps. Pendant des années, des chercheurs du laboratoire de recherche de Jobin (Floride) se sont intéressés à la relation entre les micro-organismes, notamment les bactéries, vivant dans l'intestin et notre système immunitaire.
L'immunothérapie est un traitement prometteur, mais son efficacité reste encore limitée dans le cancer. De nombreux scientifiques cherchent à trouver des moyens d'augmenter ses effets sur les cellules cancéreuses. © RFBSIP, Adobe Stock
En 2018, une collaboration du laboratoire avec le Moffitt Cancer Center (Centre de cancérologie et Institut de recherche) a permis aux chercheurs d'accéder aux selles de patients participant à un essai clinique évaluant l'efficacité de médicaments d'immunothérapie. Pour rappel, l'analyse des selles permet aux chercheurs d'étudier la composition du microbiote intestinal. L'essai clinique a consisté à collecter les selles de patients à l'aide d'un conservateur permettant la préservation des bactéries vivantes.
Lorsque les chercheurs ont transplanté des selles de patients ayant répondu à l'immunothérapie à des souris n'y ayant pas répondu, ces dernières ont réagi au traitement. Cette découverte a démontré que le microbiote intestinal joue un rôle déterminant dans la réponse à l'immunothérapie.
Pour mieux comprendre comment les bactéries intestinales agissent sur l'efficacité de l'immunothérapie, l'équipe de chercheurs a ensuite reconstitué le microbiote complexe pour isoler des bactéries individuelles. Rachel Newsome a identifié six souches bactériennes parmi plus de 180 qui, administrées à des souris atteintes de tumeurs pulmonaires, ont renforcé leur réponse à l'immunothérapie.
Développer des médicaments à partir de la molécule Bac429
La docteure en sciences et son équipe ont constaté que ces six souches bactériennes avaient en commun un composé, un métabolite appelé Bac429. Ils ont décidé d'administrer ce composé à des souris souffrant d'un cancer du poumon. « Lorsque nous avons injecté du Bac429 dans les tumeurs de souris atteintes d'un cancer du poumon très résistant, la croissance tumorale a été réduite de 50 % après l'immunothérapie », a déclaré le Dr Newsome.
Le Dr Rachel Newsome et le Dr Christian Jobin développent actuellement des dérivés médicamenteux du Bac429 naturel tout en essayant d'identifier le mécanisme thérapeutique exact. Selon eux, l'interaction de cette molécule naturelle avec les cellules immunitaires se produirait dans l'intestin, ces dernières migrant ensuite vers les tumeurs.
Ces travaux se sont concentrés sur le cancer du poumon, le plus mortel et l'un des moins sensibles à l'immunothérapie. Néanmoins, les chercheurs estiment que la molécule pourrait être efficace contre d'autres cancers.
En parallèle, le laboratoire du Dr Jobin étudie également l'influence de l'alimentation, et plus particulièrement de l'apport en glucides, sur la fonction de la molécule Bac429. Ces recherches pourraient permettre des interventions diététiques ciblées pour améliorer la réponse aux traitements anticancéreux.


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