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Un ancien scientifique fédéral accusé d’avoir voulu transférer des milliers de documents à la Chine

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Un nouveau dossier d’ingérence étrangère vient raviver les inquiétudes concernant la protection des informations sensibles au sein de l’appareil fédéral canadien. Selon CBC News, un ancien scientifique de Ressources naturelles Canada fait face à plusieurs accusations criminelles après avoir prétendument copié des milliers de documents gouvernementaux alors qu’il s’apprêtait à prendre sa retraite.

Dennis Lu, aujourd’hui âgé de 65 ans, a travaillé pendant des décennies au Centre de la technologie de l’énergie et des minéraux de Ressources naturelles Canada, où il se spécialisait notamment dans le captage du carbone et les technologies de décarbonation. Il a été congédié durant la semaine où il devait officiellement prendre sa retraite, en août 2023. Selon CBC News, il est accusé de deux chefs d’utilisation non autorisée d’un ordinateur et d’un chef d’abus de confiance en lien avec ses fonctions publiques.

Plus de 2 400 documents copiés

Toujours selon CBC News, les documents déposés devant les tribunaux allèguent que Dennis Lu aurait copié 2 414 documents d’un serveur partagé de Ressources naturelles Canada sur un appareil externe le 7 juillet 2023, puis 188 documents supplémentaires le 9 août suivant.

Les enquêteurs soutiennent également qu’il aurait transféré près de 2 000 courriels de son adresse professionnelle vers son adresse personnelle alors qu’il se trouvait en Chine.

Les autorités précisent toutefois qu’elles ne disposent d’aucune preuve démontrant que ces documents ont effectivement été transmis aux autorités chinoises. L’accusation soutient plutôt que les éléments retrouvés sur les appareils électroniques saisis au domicile de Lu démontreraient une intention de partager ces informations avec la Chine, notamment en raison de liens présumés avec des entreprises, universités et chercheurs chinois.

Ces allégations n’ont pas encore été prouvées devant les tribunaux.

Le SCRS avait déjà sonné l’alarme

L’un des aspects les plus marquants de cette affaire est que, selon les documents judiciaires obtenus par CBC News, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) aurait averti Ressources naturelles Canada à plusieurs reprises au sujet de Dennis Lu.

Le premier signalement remonterait à l’an 2000, puis d’autres suivraient jusqu’en 2021.

À la suite d’une présentation du SCRS au chef de la sécurité du ministère en février 2021, Ressources naturelles Canada aurait lancé une enquête interne au début de 2023 afin de surveiller les activités informatiques de l’employé et de vérifier la crédibilité des préoccupations soulevées par les services de renseignement.

Une arrestation après un séjour d’un an en Chine

Selon CBC News, Dennis Lu a pris un congé en février 2023 pour voyager à Taïwan et en Chine avant d’annoncer son intention de prendre sa retraite quelques semaines plus tard.

Après son départ de la fonction publique, il aurait passé environ un an à vivre en Chine avant de revenir au Canada.

Il a finalement été arrêté en 2024 par l’équipe INSET d’Ottawa, une unité dirigée par la GRC spécialisée dans les enquêtes liées à la sécurité nationale et aux menaces d’ingérence étrangère.

Libéré sous caution, il doit notamment respecter plusieurs conditions, dont l’interdiction de quitter l’Ontario ou de demander un passeport sans autorisation judiciaire.

Son procès devant jury est prévu en janvier prochain à Ottawa.

La défense conteste les méthodes de l’enquête

Les avocats de Dennis Lu soutiennent que Ressources naturelles Canada agissait déjà comme prolongement des forces policières lorsqu’il a commencé à surveiller leur client, ce qui, selon eux, aurait dû lui garantir certaines protections constitutionnelles.

Ils font également valoir que le serveur partagé auquel il a accédé ne nécessitait pas de mot de passe particulier, qu’il disposait des autorisations nécessaires pour consulter ces documents et que l’utilisation de clés USB afin de poursuivre du travail à domicile était une pratique courante au ministère.

La défense affirme aussi que le ministère collaborait régulièrement avec des chercheurs étrangers, y compris chinois, et que Dennis Lu participait depuis longtemps à des projets scientifiques internationaux.

Un contexte de vigilance accrue envers Pékin

Cette affaire s’inscrit dans un contexte où les autorités canadiennes multiplient les mises en garde concernant les activités d’espionnage et d’ingérence attribuées au régime chinois.

Comme le rappelle CBC News, la poursuite cite notamment une évaluation du Centre de la sécurité des télécommunications (CST) selon laquelle la Chine représente aujourd’hui la menace cybernétique la plus importante pour le gouvernement canadien, ayant déjà compromis plusieurs réseaux gouvernementaux au cours des dernières années.

La Couronne invoque également un rapport du SCRS affirmant que Pékin utilise régulièrement des moyens clandestins afin d’obtenir des technologies avancées et de recruter des experts canadiens possédant des connaissances jugées stratégiques.

Bien que la culpabilité de Dennis Lu reste entièrement à déterminer devant les tribunaux, cette nouvelle affaire vient alimenter une série de dossiers qui ont récemment placé les questions d’ingérence étrangère, d’espionnage économique et de protection des infrastructures gouvernementales au cœur du débat public canadien.

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