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Trente ans après le déluge du Saguenay: «Quand j’y repense, j’ai de la peine»

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Trente ans après les inondations catastrophiques qui ont dévasté le Saguenay, un élu local affirme que cet événement a transformé la manière dont la région se prépare aux phénomènes météorologiques extrêmes, la rendant ainsi bien mieux équipée pour faire face à une nouvelle catastrophe naturelle.

« J’en suis convaincu », a soutenu lundi Luc Boivin, maire de Saguenay.

« Ce qu’on a vécu dans le passé sert aujourd’hui à ce qu’on soit mieux préparé. »

Entre le 19 et le 21 juillet 1996, des pluies torrentielles ont provoqué l’une des pires catastrophes naturelles du Québec, faisant 10 morts et contraignant environ 14 000 habitants à quitter leur domicile.

Plus de 155 mm de pluie sont tombés dans certaines zones en seulement 24 heures, transformant les rivières en torrents dévastateurs qui ont emporté des maisons, des routes et des ponts.

Des communautés entières se sont retrouvées coupées du monde lors de cette catastrophe qui a causé près d’un milliard de dollars de dégâts, selon l’Institut de la statistique du Québec en 2003. L’événement a entraîné des années de reconstruction, notamment la construction de nouveaux réservoirs, la modernisation de barrages et d’autres mesures de lutte contre les inondations.

«C’était terrifiant»

Pour France Roy, ces jours-là restent impossibles à oublier.

« C’est un souvenir qui reste gravé dans ma mémoire, a raconté lundi Mme Roy depuis son domicile à Chicoutimi. Quand j’y repense 30 ans plus tard, j’ai de la peine. »

Elle vivait dans le secteur rural de La Baie, près de Rivière-à-Mars, lorsque la rivière a débordé.

« J’ai vu la rivière monter dans notre entrée, s’est souvenue Mme Roy. L’eau était tellement bruyante, la rivière faisait tellement de bruit. »

Mme Roy raconte que sa sœur s’est précipitée pour l’avertir que la rivière était sur le point de déborder. Seule avec ses trois enfants, tous âgés de moins de sept ans à l’époque, elle a regardé le niveau de l’eau monter jusqu’à ce qu’un voisin les aide à s’échapper à bord de son autocaravane.

« On a dû emprunter de vieux sentiers, a-t-elle dit. C’était terrifiant. »

Lorsque les eaux se sont retirées, son sous-sol était inondé d’environ quatre pieds d’eau. La famille a passé trois semaines loin de chez elle avant de pouvoir rentrer. La Croix-Rouge canadienne a indiqué que 18 000 personnes avaient finalement reçu une aide à la suite de cette catastrophe.

Mme Roy se souvient encore d’avoir vu des maisons emportées et des arbres déracinés entraînés par le courant.

« C’était comme un film d’horreur, a-t-elle déclaré. On voyait des toits de maisons, d’énormes troncs d’arbres déracinés dans la rivière Saguenay […] ça m’a vraiment bouleversée. »

Un tournant dans la région

La catastrophe qui a bouleversé la vie de Mme Roy a également transformé la région. M. Boivin a expliqué que cette inondation avait marqué un tournant dans la manière dont le Saguenay gère les risques d’inondation et réagit aux situations d’urgence.

« Il y a eu la gestion avant le déluge et après le déluge sur la connaissance des phénomènes. Entre autres, la gestion des barrages, la gestion des zones à risque, les plans de mesure d’urgence », a-t-il affirmé.

Les enseignements tirés de cette catastrophe ont eu un retentissement bien au-delà de la région, a soutenu M. Boivin.

« Si on a un bon modèle aujourd’hui au Québec sur les schémas de couverture de risques, je dirais que le déluge a apporté une contribution certaine. »

Au cours des années qui ont suivi, les gouvernements ont investi des centaines de millions de dollars pour mieux protéger la région contre de futures catastrophes.

Une commission dirigée par l’ingénieur Roger Nicolet a par la suite recommandé des inspections plus strictes, une meilleure formation des opérateurs et un contrôle gouvernemental renforcé des barrages.

M. Boivin a vécu la catastrophe de près. Il avait 20 ans lorsque la route sous son camion s’est effondrée alors qu’il se rendait à son chalet.

« J’ai juste eu le temps de sortir du camion, puis le camion est parti dans la rivière. »

Il s’est ensuite porté volontaire en tant qu’opérateur radio amateur, aidant à relayer les informations, à localiser les habitants bloqués et à faciliter les évacuations.

M. Boivin a dit qu’il espérait que les jeunes générations comprennent que les ravages de 1996 ont contribué à préparer la région à de futures catastrophes.

« Oui il va y en avoir d’autres, mais parce qu’on a vécu ce déluge-là, aujourd’hui, quand il arrive des choses, on est bien préparés. On est capable de faire face au futur. »

Pour Mme Roy, cependant, les séquelles ont été d’ordre émotionnel.

« Le stress que ça m’a causé […] m’a vraiment affectée, a-t-elle raconté. Pendant des années, à chaque fois que je voyais des nouvelles dans les journaux sur des inondations, ça me faisait pleurer. »

Une image de cette catastrophe est depuis devenue le symbole de la résilience de la région : une petite maison blanche à Chicoutimi, qui a survécu bien qu’entourée par les eaux déchaînées. La maison a ensuite été préservée pour servir de musée commémorant l’inondation.

Mme Roy a expliqué que sa visite au musée, des années plus tard, lui a rappelé non seulement les ravages causés par la catastrophe, mais aussi la solidarité qui s’est manifestée dans toute la région.

« Les gens se sont entraidés, a-t-elle dit. C’est ce qui m’a le plus marquée. »

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