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Le chant des oiseaux, perdu dans le tumulte de la ville

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Ils sont petits, mais ils sont là. On les entend plus qu’on ne les voit. Et leur pépiement a plus d’effets sur les humains qu’on le soupçonne. Une étude parue il y a quelques années, dans la revue Ecological Economics, a établi qu’être entouré de 14 espèces d’oiseaux de plus apporte autant au bien-être humain qu’une hausse de salaire de 150 dollars américains, soit 210 dollars canadiens, par mois.

L’argument a de quoi faire réfléchir, dans un monde où la biodiversité aviaire recule chaque année devant le développement. C’est en grande partie, il est vrai, le fait de la destruction des habitats, notamment à travers l’agriculture et à cause de l’utilisation de pesticides. Mais le bruit de l’espèce humaine, puissant, omniprésent, a lui aussi une incidence sur cette biodiversité.

« En ville, les oiseaux doivent chanter plus aigu et plus fort pour conquérir une femelle ou pour défendre leur territoire », indique Antoine Ouellette, compositeur et biologiste, qui a signé il y a plusieurs années un livre intitulé Le chant des oyseaulx. Dans un contexte urbain, l’animal mettra davantage d’énergie à marquer de ses vocalises le territoire ou, au contraire, rétrécira son champ d’action pour en assurer la protection.

Le chant des oiseaux est un élément indispensable à leur survie. « Chez les oiseaux, la territorialité et la reproduction sont basées sur le chant plutôt que sur la vue », explique Michel Leboeuf, biologiste, qui a écrit un livre sur le sujet nommé Les chants perdus de la nature.

Un orchestre naturel

Dans un boisé, par exemple, les différentes espèces de parulines se partagent l’espace pour être assurées d’être entendues par leur partenaire. La paruline à croupion jaune, dont le trille est plus grave, vit au ras du sol, où son chant circule mieux. La paruline à poitrine baie niche au milieu des arbres pour les mêmes raisons, et la paruline à gorge orangée, qui chante le plus aigu, s’installe au sommet. Sur la grande partition sonore de la forêt, chaque espèce devrait trouver l’espace sonore pour se reproduire et pour défendre son territoire. « Les parulines sont un bel exemple forestier où chaque espèce s’est trouvé une strate dans les hauteurs de la canopée forestière », soutient Michel Leboeuf.

Mais dans le vacarme tonitruant généré par l’espèce humaine, certaines espèces n’arrivent plus à trouver leur compte. Et en ville, les oiseaux doivent chanter plus fort et plus aigu pour subvenir à leurs besoins primaires. Antoine Ouellette relève que les basses fréquences, omniprésentes, sont les plus nocives pour les humains comme pour les oiseaux. « Les basses fréquences sont souvent reliées à l’anxiété. Et j’ai vu des études selon lesquelles, pour remédier à ce “whom” constant en milieu urbain, les oiseaux ont tendance à chanter plus haut et plus fort », dit-il.

Cette nécessité de s’égosiller a pour effet d’épuiser les oiseaux, qui auront ainsi moins d’énergie pour subvenir à leurs besoins vitaux.

Les espèces qui vivent dans un bruit ambiant permanent « vont dépenser beaucoup plus d’énergie à chanter sur une plus longue période pour essayer de trouver des femelles ou pour défendre leur territoire. Si l’individu n’est pas capable de se faire entendre par une partenaire sexuelle, le mâle va passer son été ou son mois de juin à chanter et il ne trouvera personne », explique Michel Leboeuf.

Fait à noter, durant la pandémie de COVID-19, alors que bien des avions s’étaient tus et que le transport urbain s’était retrouvé réduit, les espèces d’oiseaux qui avaient haussé le ton pour survivre ont retrouvé leur registre d’origine, relève Antoine Ouellette.

L’incidence du bruit sur le comportement des oiseaux est de plus en plus prouvée. Des études ont établi que lorsqu’il est exposé à des bruits constants reliés à l’exploitation gazière ou au trafic routier, le tétras des armoises, qui vit dans l’Ouest américain, produit 16,7 plus de cortisol, l’hormone du stress. Une étude japonaise a aussi démontré que le bruit d’une autoroute à proximité diminuait de 90 % les aptitudes de chasse des hiboux et des chouettes. Le bruit ambiant peut également rendre les individus plus vulnérables à l’égard des prédateurs, qu’ils ne peuvent plus entendre venir.

D’autres espèces, pour leur part, vont tirer profit du paysage sonore ambiant. C’est le cas du moqueur polyglotte, cet ineffable cabotin, qui imite le plus de sons possible pour séduire sa partenaire. Il ne se contente pas pour y arriver d’imiter les chants de ses congénères, mais compte aussi dans son répertoire des imitations de sonneries de téléphone, de klaxons ou de poulies qui grincent.

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