De 1951 à 1958, le Fonds national juif a vidé le lac Houla, une nappe de 12 à 14 km² au nord du lac de Tibériade. L’objectif était double : chasser les moustiques du paludisme et gagner des terres agricoles. Le pari a réussi sur le papier, mais la tourbe mise à nu s’est mise à brûler, sous les pieds des agriculteurs.
Des feux souterrains, que personne ne savait éteindre.
À retenir
- La tourbe mise à nu après le drainage du lac Houla s’est enflammée spontanément, créant des incendies souterrains impossibles à éteindre.
- Trois espèces de poissons endémiques et le discoglosse peint ont disparu définitivement de la planète.
- Israël a réinondé partiellement la vallée à partir des années 1990, ramenant oiseaux migrateurs et grenouilles, mais sans restaurer l’écosystème original.
Sommaire
Quand l’eau était le seul pare-feu
Au fond du lac, des générations de végétaux morts s’étaient accumulées en sédiments, et ce matériau porte un nom : la tourbe. Tant qu’elle baignait, elle ne risquait rien. Une fois le lac drainé, cette matière organique s’est retrouvée à l’air libre, et elle s’est enflammée spontanément. Les feux couvaient en profondeur, difficiles à atteindre, et certains ont duré des mois selon le Fonds national juif (KKL-JNF).
L’intuition populaire veut qu’un terrain détrempé soit ignifugé, et pendant des siècles elle a eu raison pour ce marais. C’est en retirant l’eau qu’on a créé le combustible. Des chercheurs de l’université Bar-Ilan rapportent que les gestionnaires de la vallée ont dû maintenir la nappe phréatique assez haut pour empêcher ces incendies, qui pénalisaient l’agriculture sur une partie des anciens fonds du lac.
Le vent, les engrais et les poissons
Privée de sa végétation naturelle, la terre s’est envolée : le vent a emporté la tourbe asséchée. Dans le même temps, les engrais de cette nouvelle zone de culture intensive ont filé vers le lac de Tibériade, la principale réserve d’eau douce du pays. Le marais jouait auparavant le rôle de filtre en amont de ce lac, et personne n’avait chiffré ce service gratuit avant de le détruire.
La facture écologique a été lourde pour la faune locale. Trois poissons endémiques ont disparu : Mirogrex hulensis, Nun galilaeus et Tristramella intermedia. Ils n’existaient nulle part ailleurs, si bien que leur extinction est définitive à l’échelle de la planète. Une vallée qui abritait des centaines d’espèces animales et servait d’escale à des dizaines d’espèces d’oiseaux migrateurs a perdu l’essentiel de son rôle.
En 1996, l’UICN a classé le discoglosse peint de la Houla « éteint à l’état sauvage ».
C’était le premier amphibien à recevoir ce statut. Le drainage d’une seule vallée avait suffi à faire entrer cette petite grenouille dans les registres de l’extinction.
Réinonder pour réparer
Au début des années 1990, après de fortes pluies, une partie de la vallée a été volontairement remise sous l’eau. Ce fut l’origine de l’Agamon Houla, un plan d’eau créé au sein d’un programme de réhabilitation plus large, mené de 1994 à 2006 selon une publication scientifique consacrée à la biodiversité de la vallée. Israël défaisait ainsi l’un de ses projets nationaux les plus célébrés.
Le retour de l’eau a ramené les oiseaux. Le Times of Israel comptait environ 42 500 grues à l’hiver 2016, soit à peu près la moitié de la capacité du Stade de France. En décembre 2025, le KKL-JNF en annonçait environ 20 300. Ces deux chiffres viennent de comptages différents, à des dates différentes, et ils ne permettent pas de conclure à un déclin.
Quant à la grenouille « éteinte », elle a été retrouvée en 2011.
La restauration reste partielle : l’Agamon ne couvre qu’une portion de l’ancien territoire du lac, et le reste de la vallée demeure cultivé. Sur ces terres agricoles, la nappe doit rester haute pour tenir la tourbe à distance du feu. Le marais, lui, n’a pas retrouvé son étendue d’origine, qui atteignait 13 km² de lac et 47 km² de marais saisonniers au début du XXe siècle selon l’université Bar-Ilan.


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