Aucun vigneron ne goûte un nouveau cru après avoir mâché un chewing-gum. Pour les auteurs de jeux de société, il paraît que c’est pareil. Ils doivent adopter l’état d’esprit le plus neutre possible pour bien évaluer la maturité de leur création. «C’est presque un travail de comédien», compare Tanguy Gréban, le fondateur du Board Game Campus (BGC), à Bruxelles. «Parfois, il m’arrive d’être crevé ou pas bien dans ma vie, mais je fais l’effort de switcher en mode léger pour favoriser la réflexion et la créativité.»
Ce mercredi matin, debout face à une quinzaine d’élèves, bras le long du corps ou index pointé sur sa tablette, d’une voix calme et posée, ce jeune quinqua ne perd pas de temps. En à peine une dizaine de minutes, il a déjà débriefé les récents événements auxquels ses étudiants ont participé, annoncé les suivants et lancé ses protégés sur une tâche: créer de toutes pièces une nouvelle version du grand classique Cartagena. «Ils jouent, chantent et rigolent, mais ils travaillent aussi», assure Tanguy quelques instants plus tard, son doigt désormais coincé dans l’anse d’un café allongé. «Dans ce genre d’exercice, chaque élève doit accumuler essais et erreurs, compiler dans sa tête tout ce qui se passe, ce qu’il aime comme ce qui l’ennuie, pour arriver à élaborer un système qui suscite des émotions… En réalité, la conception d’un jeu comporte des aspects très psychologiques.»


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