Tous les Diogène ne sont pas identiques. Il y a les passifs, qui se laissent ensevelir par leurs déchets ménagers et chez qui le débarras relève d’une opération coup de poing de nettoyage. Et il y a les actifs, qui récupèrent une montagne d’articles hétéroclites et chez qui le déblaiement exige un tri donnant le tournis. Passionné par les appareils de la modernité et l’idée de leur remise en état, Michel Godinat appartenait à la seconde catégorie. Qui n’exclut pas la dérive pathologique puisque, de 2013 à 2023, à la suite de son divorce et au départ de ses fils, le professeur de philosophie s’est noyé dans un océan de fatras jusqu’à négliger sa propre survie.
Mais l’intérêt de Ne jetez rien, récit que Julien Godinat vient de publier aux Editions Favre, consiste justement à donner de son père un profil nuancé. Sans dissimuler le travail colossal, repoussant, parfois même humiliant que la remise au net de la maison familiale a exigé, le trentenaire a cherché et trouvé une voie d’accès vers celui qui disait «je t’aime» à travers les objets. Il a aussi eu la bonne idée de publier des extraits du journal de son père qui raconte à quel point l’architecte philosophe qu’il était, voyait une âme dans chaque réalisation humaine.


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