Depuis des décennies, les pays nucléaires stockent leurs déchets radioactifs dans des installations temporaires, faute de solution définitive. La Finlande est sur le point de changer cela. Le site d’Onkalo, creusé à 430 mètres de profondeur dans une roche vieille de 1,9 milliard d’années, attend son autorisation finale pour devenir le premier dépôt géologique permanent au monde — conçu pour tenir 100 000 ans.
Ce que vous allez apprendre
- Comment fonctionne le système de stockage à barrières multiples qui doit isoler les déchets radioactifs pendant cent millénaires
- Pourquoi aucun autre pays n’a encore réussi à passer de la théorie à la pratique sur cette question
- Quelles critiques persistent autour d’un projet pourtant salué comme le plus avancé au monde
Un trou dans la roche pour cent mille ans
À Eurajoki, dans le sud-ouest de la Finlande, des tunnels s’enfoncent à 430 mètres sous terre dans un socle granitique formé il y a 1,9 milliard d’années. C’est là qu’Onkalo — « grotte » en finnois — attend depuis vingt ans d’entrer en opération.
Le projet est développé par Posiva, société finlandaise de gestion des déchets nucléaires, pour un coût total estimé à un milliard d’euros. La construction a débuté en 2004. L’évaluation finale de l’autorité de sûreté nucléaire finlandaise, le STUK, est attendue avant la fin juin 2025. Si elle est positive, Onkalo pourrait commencer à recevoir du combustible usé dès fin 2026 ou début 2027.
Trois barrières entre les déchets et la biosphère
La logique d’Onkalo repose sur la méthode KBS-3, développée initialement en Suède. Son principe : multiplier les obstacles entre les matières radioactives et tout contact avec l’environnement, en combinant ingénierie et géologie.
Le combustible usé sera d’abord encapsulé dans des conteneurs en cuivre résistant à la corrosion. Chaque conteneur sera ensuite descendu dans des forages creusés directement dans la roche-mère, puis entouré d’argile bentonitique — un matériau qui gonfle au contact de l’eau et forme une barrière étanche contre les infiltrations. Les tunnels remplis seront finalement scellés par des structures en béton armé.
À chaque étape, une défaillance de l’une des barrières est supposée être compensée par les autres. L’installation est dimensionnée pour accueillir jusqu’à 6 500 tonnes de combustible usé issues des cinq réacteurs finlandais en exploitation.
Crédit : Dan Meyers
Le problème que personne d’autre n’a encore résolu
Ce qui rend Onkalo historique, c’est précisément son caractère inédit. La France, la Suède, le Canada, les États-Unis et une dizaine d’autres nations nucléaires étudient depuis des décennies le stockage géologique profond comme solution privilégiée. Aucune n’a encore ouvert d’installation permanente.
La plupart maintiennent leurs déchets hautement radioactifs dans des piscines de refroidissement ou des entreposages secs — des solutions provisoires conçues pour quelques décennies, pas pour cent millénaires. La question du stockage définitif est l’un des problèmes non résolus les plus anciens de l’industrie nucléaire civile.
Les critiques que le projet ne fait pas taire
Les partisans du stockage géologique arguent que les formations rocheuses stables offrent la meilleure garantie connue sur des échelles de temps aussi vastes. La roche d’Onkalo n’a pas bougé depuis presque deux milliards d’années.
Mais des groupes environnementaux soulèvent des objections que la science ne peut pas entièrement écarter : aucune garantie ne peut être donnée sur cent mille ans. Les changements climatiques futurs, les cycles de glaciation, la corrosion à très long terme des conteneurs — autant d’incertitudes que les modèles actuels ne peuvent que partiellement intégrer.
Ce débat ne sera pas tranché par l’autorisation d’Onkalo. Mais si la Finlande franchit ce cap, elle offrira au reste du monde quelque chose qu’aucune théorie ne remplace : un exemple réel, en fonctionnement.


1 day_ago
61



























.jpg)






French (CA)