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En absorbant 30 % du CO2 mondial, les océans sont devenus si acides que les coquillages commencent à se dissoudre vivants

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Les coquilles se dissolvent en temps réel. Ce n’est pas une métaphore, ni une projection à l’horizon 2100. Des chercheurs de la NOAA ont observé des ptéropodes, ces minuscules escargots marins qui constituent la base de nombreuses chaînes alimentaires — dont les coquilles présentaient des piqûres et des signes d’érosion active dans le Pacifique Nord, là même où les eaux sont aujourd’hui les plus corrosives. « The shells are already dissolving » : c’est le constat, lapidaire, d’une chercheuse en océanographie de la NOAA lors d’une conférence de presse. Pas un avertissement. Un bilan.

À retenir

  • Les ptéropodes se dissolvent vivants : 50 % des populations étudiées présentent déjà des coquilles corrodées
  • L’acidification progresse 100 fois plus vite que lors de tout autre événement similaire en 20 millions d’années
  • Une boucle de rétroaction mortelle : moins d’océan pour capturer le CO2 = plus de réchauffement = plus d’acidification

Sommaire

  1. Un service gratuit que l’océan nous rend, et qu’on est en train de détruire
  2. Les coquillages en première ligne : une chimie qui mange le vivant
  3. Un effet domino jusqu’à nos assiettes
  4. Une limite planétaire franchie, un piège climatique qui se referme

Un service gratuit que l’océan nous rend, et qu’on est en train de détruire

Les océans absorbent entre 30 et 50 % des émissions anthropiques mondiales de CO2. Ce rôle de tampon climatique, l’humanité en bénéficie sans contrepartie depuis des siècles. Mais ce service a un coût chimique. Lorsque le CO2 atmosphérique se dissout dans l’eau de mer, il forme de l’acide carbonique par la réaction CO2 + H2O → H2CO3. Cette réaction, simple sur le papier, a des effets dévastateurs à l’échelle planétaire.

Dans les 150 dernières années, le pH des océans est passé de 8,2 à 8,1, soit une augmentation de 25 % de l’acidité. Un dixième d’unité, ça semble ridicule. Mais le pH est une échelle logarithmique : ce changement représente en réalité environ 30 % d’augmentation de l’acidité. Et la tendance s’emballe. Selon une étude publiée en novembre 2024 dans la revue Science Advances, près de 50 % de la progression de l’acidification sur les 100 premiers mètres de profondeur s’est produite au cours des 20 dernières années. La moitié du chemin parcouru en deux décennies, sur une dégradation qui s’étale depuis la révolution industrielle. La vitesse s’accélère.

L’acidification progresse 100 fois plus vite que lors de n’importe quel épisode similaire sur les 20 derniers millions d’années. Les espèces marines qui ont survécu aux grandes extinctions n’ont jamais connu un tel rythme. L’évolution, biologiquement, ne peut pas suivre.

Les coquillages en première ligne : une chimie qui mange le vivant

La présence accrue d’ions H+ dans l’eau océanique acidifiée peut causer la dissolution des coquilles déjà formées : le carbonate est arraché du calcium, laissant la coquille structurellement affaiblie. Ce mécanisme, touche en premier les organismes calcifiants comme les coraux et les coquillages, qui utilisent l’aragonite, une forme de carbonate de calcium, pour construire leurs coquilles et leurs squelettes.

D’après une étude de la NOAA, plus de 50 % des ptéropodes étudiés au large des côtes de Washington, de l’Oregon et de la Californie présentaient des coquilles dissoutes, et les jeunes huîtres n’y survivaient plus depuis 2005. Cinquante pour cent. La moitié d’une population entière, corrodée de l’intérieur. Des scientifiques ont également constaté que les coquilles de jeunes crabes Dungeness le long de la côte ouest américaine se dissolvaient à cause d’un pH plus bas, des dommages qui n’étaient pas attendus avant bien plus tard dans ce siècle.

Des expériences en laboratoire démontrent une réduction de 80 % de la calcification chez certaines espèces comme le maërl Lithothamnion corallioides. Et quand les coquilles ne disparaissent pas, elles se fragilisent. L’impact sur le développement des coquillages se répercute sur la conchyliculture : l’acidification limite la croissance de la coquille, dont la solidité est réduite, rendant les organismes plus vulnérables aux agressions. Les ostréiculteurs français, notamment en Bretagne et sur le bassin d’Arcachon, observent déjà ces signaux depuis plusieurs années.

Un effet domino jusqu’à nos assiettes

Ce qui se passe sous la surface de l’eau n’y restera pas. L’acidification affecte la capacité des phytoplanctons à croître et à se renouveler : si le pH est trop bas, ces espèces ne parviennent plus à structurer leur squelette calcaire, alors même qu’elles sont à la base de la chaîne alimentaire sous-marine et contribuent à la production d’oxygène. En clair : attaquer le plancton, c’est couper la base de la pyramide alimentaire océanique.

La réduction du nombre de certaines espèces de plancton pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble de la chaîne alimentaire océanique : les poissons qui s’en nourrissent, comme les anchois et les sardines, verront leurs populations diminuer, affectant à leur tour les espèces qui en dépendent, y compris les humains. L’alimentation d’environ trois milliards d’êtres humains pourrait s’en trouver menacée. C’est quarante fois la population française.

L’acidification trouble également les poissons en perturbant leur odorat et leur comportement, et peut même modifier la façon dont les sons se transmettent dans l’eau, rendant les environnements sous-marins plus bruyants. Une désorientation sensorielle à l’échelle d’un écosystème entier.

Une limite planétaire franchie, un piège climatique qui se referme

En 2025, l’acidification des océans est officiellement la septième des neuf limites planétaires à être franchie, d’après les travaux du Stockholm Resilience Centre. Le rapport du Planetary Health Check, publié par l’Institut de recherche sur le climat de Potsdam, confirme la détérioration croissante de la capacité des océans à maintenir des conditions chimiques compatibles avec la vie marine telle qu’elle s’est développée au cours de l’Holocène.

Le piège est mécanique. Une augmentation continue de l’acidification pourrait réduire la capacité des océans à capter le CO2, augmentant ainsi la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et accélérant le réchauffement climatique. L’océan, en s’acidifiant, devient moins efficace comme puits de carbone, ce qui aggrave le CO2 atmosphérique, ce qui acidifie davantage l’océan. Une boucle de rétroaction dont la seule sortie connue reste la même depuis vingt ans : réduire les émissions à la source.

Le dernier rapport du GIEC prévoit qu’en l’absence d’une réduction de nos émissions de CO2, le pH océanique pourrait baisser de 0,4 d’ici 2100. À ce niveau, le pH de surface atteindrait environ 7,8, un seuil que les océans n’ont pas connu depuis le Miocène moyen, il y a 14 à 17 millions d’années, quand la Terre était plusieurs degrés plus chaude et qu’un événement d’extinction majeure était en cours. Ce scénario n’est pas une fiction : c’est la trajectoire actuelle, si rien ne change.

Sources : notre-planete.info | bonpote.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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